« Le Centre propose aux victimes un soutien multiforme »
Gabon

« Le Centre propose aux victimes un soutien multiforme »


Libreville, Jeudi 24 Novembre 2022 (Infos Gabon) – Sylvia Bongo Ondimba, première dame du Gabon et promotrice du Centre de protection et de promotion sociale pour la prise en charge des femmes victimes de violences inauguré ce 24 novembre 2022 à Libreville. Lire l’intégralité de l’entretien accordé au quotidien L’Union.

L’Union : Le 1er septembre 2022
à Libreville, le gouvernement a entériné un projet de décret pour la création
d’un centre de protection et de promotion sociale pour la prise en charge des
femmes victimes de violences. Le centre d’accueil ouvrira ses portes dans
quelques jours. Peut-on parler de promesse tenue ? Que représente ce centre
pour vous-même et pour les femmes qui y seront accueillies ?

Sylvia Bongo Ondimba : Il est
important que les engagements pris soient respectés. Il en va de la crédibilité
de la parole publique et de la confiance que les Gabonaises et les Gabonais
peuvent avoir vis-à-vis des institutions. Lors de la restitution officielle de
la Stratégie Gabon Égalité en septembre 2020, le Président de la République,
S.E.M Ali Bongo Ondimba, avait fermement instruit le Gouvernement de mettre en
œuvre avec diligence les 33 mesures contenues dans le plan d’action. L’une des
mesures-phares était ce centre d’accueil « Gabon Egalité » qui a pour vocation
d’écouter, d’accompagner, d’héberger et de réinsérer les femmes victimes de
violences.

Les violences basées sur le genre
constituent un véritable obstacle au développement socio-économique de notre
pays. Grâce au dynamisme de la société civile, et avec le soutien des autorités
gouvernementales, le Gabon a énormément progressé en matière de droits des
femmes ces dix dernières années. Au point d’être reconnu aujourd’hui comme l’un
des pays les plus protecteurs des droits des femmes en Afrique.

Mais pas question pour autant de
nous reposer sur nos lauriers. Tel Sisyphe poussant continuellement son rocher,
cet effort doit être poursuivi dans la durée et même intensifié. Il est aussi
important, en ce domaine comme en d’autres, d’être concret. C’est pour ces
raisons que nous avons proposé et obtenu la création de ce centre de protection
et de promotion sociale pour la prise en charge des victimes de violences.

A mes yeux, ce centre représente
l’espoir pour les personnes qui y résideront. L’espoir de se reconstruire,
physiquement et psychologiquement, et de rebâtir leur vie, sur les plans
familial et professionnel, après des expériences de vie traumatisantes.

Avec un centre d’accueil Gabon
Égalité, qu’est-ce qui change fondamentalement pour le Gabon ?

Au Gabon, nous faisons en sorte que
les droits soient mieux respectés, que toutes les formes de violence
régressent. Plus spécifiquement, en matière de lutte contre les violences
faites aux femmes, le droit a énormément progressé. Les réformes législatives
successives visent à prévenir ces violences en les dissuadant et à les
sanctionner très sévèrement quand elles se produisent. Mais la réponse pénale,
si elle est nécessaire, ne peut pas être la seule, ni même la principale. Il
faut également et surtout s’occuper des victimes. Ce dont celles-ci ont besoin,
c’est d’être accompagnées, y compris sur les plans psychologique, social et
économique. En ce domaine, il faut se doter d’outils efficaces. C’est cette
logique qui a présidé à la création du Centre Gabon Egalité.

Quelles vont être les capacités
d’accueil de ce centre, quel personnel sera chargé de sa gestion, le dispositif
général, ainsi que les structures et institutions partenaires pour la prise en
charge des victimes ?

Pouvant héberger jusqu’à 90
victimes et 60 enfants, le Centre « Gabon Égalité » est placé sous la
tutelle du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales mais d’autres
ministères interviennent pour la mise à disposition de certains services aux
personnes victimes de violences. Le Centre a 4 vocations principales. Il se
veut tout d’abord un lieu d’écoute pour les personnes victimes de violences. Il
est également un lieu d’accueil, offrant un hébergement d’urgence pour les
femmes en danger, et un hébergement plus long pour les femmes en réinsertion.
Par ailleurs, avec la clinique juridique organisée par les agents de police du
Ministère de l’Intérieur et les conseilleurs juridiques du Ministère de la
Justice, le Centre propose aux victimes un soutien multiforme lors du dépôt de
plainte, et les accompagne ensuite dans la préparation de leur projet de vie.

Enfin, le Centre prépare les femmes à leur réinsertion à
travers un programme de formation en collaboration avec la société civile et
des organismes internationaux, ce qui leur permet de participer à des activités
génératrices de revenus, et de bénéficier d’un suivi post-formation.

Quel bilan peut-on faire, à ce
niveau, de la campagne « He For She » lancé en avril dernier ?

Le déploiement de la campagne He
For She Gabon a eu pour objectif de faire participer les hommes gabonais au
combat pour l’égalité des genres en les encourageant à prendre des mesures à
chaque niveau de leur vie quotidienne et de la société contre les inégalités.
La campagne He For She a permis d’accélérer la prise de conscience sur le fait
que l’égalité des droits n’était pas uniquement un sujet de femmes. C’est un
sujet de droits humains et les hommes, en tant que père, frère, voisin,
collègue, ont leur rôle à jouer pour protéger et soutenir les droits des femmes
dans la sphère familiale, civique ou professionnelle. Il faut le répéter, il
faut le marteler. Il faut encourager les hommes à s’engager, comme l’ont fait à
l’occasion de cette campagne des hommes politiques, chefs d’entreprises, et
étudiants. Nous avons besoin de tout le monde.

Vous avez lancé récemment à
Ntoum la caravane de sensibilisation du programme gouvernemental Gabon-Egalité,
à cause de l’impact qu’il peut avoir sur la société. L’ouverture du centre
d’accueil est l’occasion de revenir sur cette caravane. Quelles seront les
prochaines étapes ?

Comme vous l’avez si bien dit, le
Gabon ne se limite pas à sa capitale. Avec le Premier Ministre, Madame Rose
Christiane Ossouka Raponda, nous avons décidé de lancer cette caravane afin d’échanger
avec les communautés rurales et urbaines et de les sensibiliser sur les
nouveaux droits dont elles disposent dans le cadre du programme Gabon Égalité.
Dans les prochains mois, je sillonnerai, aux côtés de l’équipe gouvernementale,
les autres provinces car il est important que la population comprenne que Gabon
Égalité ne se limite pas à Libreville mais couvre l’entièreté du pays.

Grâce au programme
gouvernemental Gabon-Egalité, on note un grand nombre d’innovations en faveur
des femmes dans les secteurs de la santé, de l’Éducation, de l’économie. Et,
des réajustements du code civil, l’adoption des nouvelles lois. Doit-on
s’attendre à d’autres projets pour atténuer ces violences ?

La lutte contre les violences
basées sur le genre et surtout la promotion de l’égalité des genres est un
combat de tous les jours. A ce stade, notre priorité n’est pas d’amener de
nouveaux projets mais plutôt de pérenniser les droits nouvellement acquis et
les réformes structurelles entreprises depuis la publication de la Stratégie
Gabon Égalité. Car, comme disait Simone de Beauvoir, « N’oubliez jamais
qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les
droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis.
Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Nous avons entamé, avec
fougue et détermination, cette marche vers l’égalité. Mais ces progrès ne sont
pas inéluctables. Nous avons le devoir de protéger ces acquis pour les
générations futures. Et, à ce titre, je compte sur les acteurs de la société
civile pour continuer à remplir leur rôle de gardien des droits et de garde-fou
démocratique.

La troisième édition, le Prix
Agathe Okumba d’Okwatsegue cette année s’est portée sur la promotion de
l’égalité des genres en milieu scolaire. Pourquoi le choix de ce thème et quel
bilan en tirez-vous ?

Il est important d’inculquer la
valeur de l’égalité des genres dès le plus jeune âge. C’est souvent à l’école
que les premières discriminations apparaissent. Pour les jeunes filles, cela se
traduit souvent par le fait qu’on leur dit ou qu’on leur laisse penser qu’elles
sont inférieures aux garçons, qu’elles n’ont pas les mêmes capacités, ou encore
qu’elles ne peuvent occuper les mêmes places dans la vie sociale ou
professionnelle. Ces idées reçues, qui sont le produit à la fois d’une longue
histoire et de contingences, il faut les déconstruire.

Par ailleurs, on constate ces
dernières années une augmentation des violences en milieu scolaire. Qu’elles
soient de nature sexuelle, verbale, physique, psychologique ou économique, ces
violences sont la source d’innombrables inégalités qui risquent de mettre en
péril l’avenir de nos enfants. Nous avons le devoir de trouver des réponses
adaptées et pérennes à ces problématiques.

Il en va de l’intérêt des jeunes filles et des futures femmes. Mais pas uniquement. Comme le rappelle souvent le Président de la République, l’égalité des genres bénéficient à toute la société car les meilleurs ne sont plus seulement recrutés sur la base du genre, soit 50 % de la population, mais de leurs compétences exclusivement. C’est pourquoi nous avons mis en avant la promotion de l’égalité des genres en milieu scolaire à l’occasion de la troisième édition du Prix Agathe Okumba d’Okwatsegue qui vient d’être décerné.

FIN/INFOSGABON/SM/2022

Copyright Infos Gabon



Avec Info Gabon

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.