Rwanda: Kigali brille pour le Commonwealth, mais tout le monde ne participe pas à la fête
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Rwanda: Kigali brille pour le Commonwealth, mais tout le monde ne participe pas à la fête



Rwanda: Kigali brille pour le Commonwealth, mais tout le monde ne participe pas à la fête

Rwanda: Kigali brille pour le Commonwealth, mais tout le monde ne participe pas à la fête

Rues et hôtels rénovés, drapeaux déployés, circulation limitée: Kigali s’est endimanchée pour accueillir la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM), écartant loin des regards la population la plus pauvre et tout ce qui pourrait venir ternir son image. La capitale rwandaise – dont les rues propres et organisées impressionnent déjà les visiteurs en temps normal – a redoublé d’efforts à l’occasion du plus grand événement officiel organisé sur son sol.

Les routes arborées ont été dégagées de tout trafic non-essentiel, les écoles fermées, les grandes avenues jalonnées des drapeaux des 54 Etats membres du Commonwealth, dont le sommet culmine vendredi et samedi.

Autour du centre de conférence, le KCC, qui accueillera ces prochains jours des milliers de participants venus du monde entier, seuls résonnent le bourdonnement des tondeuses à gazon et des arroseurs destinés à maintenir gazon et jardins dans un état impeccable.

Initialement prévu en juin 2020 et reporté à deux reprises en raison de la pandémie de coronavirus, le CHOGM était attendu avec impatience.

Le gouvernement du président Paul Kagame n’entend pas voir ce prestigieux événement gâché, ni par les accusations sur son bilan en matière de droits de l’homme, ni par le récent regain de tension à une centaine kilomètres à l’ouest, à la frontière avec la RDC qui l’accuse de soutenir des groupes armés sur son sol.

Les rues sont quadrillées de patrouilles de police en armes et vêtues de noir. « Il est impossible de conduire trois minutes sans voir un groupe de policiers. Ils sont partout », raconte Geoffrey, un homme d’affaires de Kigali qui ne veut pas donner son nom de famille.

Ce lustrage de la capitale pour accueillir les participants au CHOGM – parmi lesquels le prince Charles qui représentera de la reine Elizabeth II et qui sera accompagné par son épouse, Camilla, duchesse de Cornouaille ou encore les Premiers ministres britannique Boris Johnson et canadien Justin Trudeau – a coûté 4,7 millions de dollars (quatre millions d’euros), selon le gouvernement.

Les infrastructures de conférence et les plus beaux hôtels de Kigali ont fait peau neuve, les routes ont été modernisées et embellies et des spots promotionnels – avec en vedette le quadruple champion olympique d’athlétisme britannique Mo Farah – diffusés dans le monde entier.

Avec plus de 5.000 participants attendus, le CHOGM est une aubaine pour le secteur touristique, après deux ans de Covid-19.

« Cet événement est vraiment une bénédiction (…) Nous n’avons jamais été complets comme ça », affirme la directrice d’un hôtel de Kigali, Ines Umamariya.

Mais loin des rues et hôtels reluisants, certains habitants ont raconté à l’AFP qu’il leur avait été demandé de s’habiller correctement, voire de ne pas paraître dans la rue.

Chauffeur de moto-taxi, Alex Rwiza affirme qu’on lui a ordonné de ne pas sortir dans la rue pour la durée du CHOGM parce que son véhicule était trop vieux et présentait mal.

« On est indésirables et on le sait », lâche-t-il: « Lors d’événements comme le CHOGM, le gouvernement devrait trouver des solutions pour ceux d’entre nous qui ne gagnent pas beaucoup ».

Selon Human Rights Watch (HRW), prostituées, sans-abri et vendeurs de rue ont été arrêtés et l’ONG a appelé à la fermeture d’un centre de détention situé à quelques kilomètres seulement du lieu où se déroule le CHOGM.

« Ils cherchaient essentiellement des enfants des rues et des travailleuses du sexe (…), quiconque semblait pouvoir perturber la ville ou donner une mauvaise image », raconte Chantal Uwamariya, une travailleuse du sexe, évoquant une récente descente de police.

« Ils arrêtent tous ceux qu’ils considèrent comme oisifs ou source de problèmes. Même les gens qui rentrent du travail sont arrêtés s’ils portent des pantoufles ou des sandales dans la rue », explique un SDF de 28 ans, John Peter Dushimimana.

Selon le responsable de l’Afrique centrale à HRW, Lewis Mudge, le Rwanda a une longue histoire d’enfermement des personnes considérées comme « sales », dont l’existence remet en question l’image irréprochable qu’il veut projeter.

« Cette fois encore, en 2022, nous observons le même vieux schéma », explique-t-il à l’AFP: « Les visiteurs doivent savoir que la propreté des rues a un prix ».

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Avec La Libre Afrique

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