Pourquoi Rose Christiane Ossouka Raponda est (peut-être) le plus grand premier ministre de l’Histoire du Gabon
Gabon

Pourquoi Rose Christiane Ossouka Raponda est (peut-être) le plus grand premier ministre de l’Histoire du Gabon


Ali Bongo Ondimba a toute confiance en Rose Christiane Ossouka Raponda © DR


Le premier ministre, qui a tenu bon la barre gouvernementale en pleine crise de la Covid-19, enchaine les succès au fur et à mesure de la mise en œuvre du Plan d’Accélération de la Transformation (PAT), initié début 2021. La première femme a occupé le poste de premier ministre au Gabon jouit de l’entière confiance du président Ali Bongo Ondimba.

Rose Christiane Ossouka Raponda est la femme des missions difficiles. « Impossibles serait plus adapté », rétorque un député qui la connait bien.

Première femme à avoir été élue maire de Libreville, en 2014, la plus grande ville du Gabon qui concentre à elle seule un tiers de la population du pays, elle en a redressé les finances de manière d’autant plus spectaculaire qu’en 2019, au moment de quitter son poste, elle a laissé un excédent dans les caisses là où, pendant des décennies, la gabegie avait entrainé d’énormes déficits.

Elle devient ensuite la première femme au Gabon ministre de la Défense. Un poste qu’elle récupère un mois seulement après la tentative de coup d’Etat manqué de la part du Lieutenant Kelly Obiang le 7 janvier 2019 alors que le président Ali Bongo Ondimba, victime deux mois plus tôt d’un AVC, est en convalescence au Maroc. Rose Christiane Ossouka a su tenir la troupe et y faire régner l’ordre dans un contexte particulièrement tendu.

C’est ce parcours qui lui vaut un an et demi plus tard, en juillet 2020, alors que le Gabon est frappé, à l’instar du reste de la planète, par la pandémie de Covid-19, d’être nommée, à la suite de Julien Nkoghe Bekalé, premier ministre et chef du gouvernement. Ici aussi, elle est la première femme à occuper le poste. « Elle a pris les rênes du gouvernement a un moment où beaucoup d’hommes auraient renoncé. A l’époque, la pandémie de Covid-19 commençait à produire ses terribles effets sur le plan sanitaire, mais aussi économique et social. Il fallait avoir du tempérament pour ne pas sombrer« , commente, admiratif, un ex-ministre des Affaires sociales.

Du tempérament, cela tombe bien, Rose Christiane Ossouka Raponda, qui est née en 1964 au quartier Toulon de Libreville, la capitale, en a à revendre. Économiste de formation, elle est diplômée de l’Institut gabonais de l’économie et des finances avec une spécialisation en finances publiques. Elle débute sa carrière comme directrice générale de l’Économie puis directrice générale adjointe de la Banque de l’habitat du Gabon, au début des années 2000.

2012 constitue le premier tournant de sa carrière. Elle entre au gouvernement comme ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. Un poste qu’elle conservera durant deux ans – un exploit en cette période d’instabilité gouvernementale – et qu’elle ne quittera que pour revêtir l’écharpe de maire de Libreville.

Pionnière

Aux élections municipales de décembre 2013, en huitième position sur la liste du parti présidentiel Parti démocratique gabonais, elle est élue conseillère du 3e arrondissement de Libreville. Le mois suivant, elle devient la première femme édile de la ville. Le début d’une ascension fulgurante pour cette femme au destin de pionnière.

Les un an et demi qu’aura passé Rose Christiane Ossouka Raponda au poste de premier ministre en valent peut-être dix fois plus, tant la période, Covid-19 oblige, n’aura pas été, c’est le moins que l’on puisse dire, de tout repos. Mais c’est à croire que la difficulté, les épreuves, la stimulent.

Certes, le pays est éreinté par la longue pandémie de Covid-19. Mais reste que le Gabon est l’un des pays d’Afrique où la stratégie de riposte face au virus et où la prise en charge des malades par le système de santé ont été les plus efficaces, comme l’a souligné à plusieurs reprises l’OMS. Ce n’est pas un hasard non plus si le Gabon est aujourd’hui l’un des pays du continent africain où le taux de vaccination est parmi les plus élevé (déjà 25 % de la population a été complètement vaccinée). Certes, c’est au niveau de la Présidence de la République que la stratégie contre la Covid-19 a été décidée et impulsée. C’est Ali Bongo Ondimba qui, très tôt, a pris les choses en main. Mais il a fallu ensuite assurer l’exécution de ces décisions sur le terrain. « C’est dans cette phase là, très opérationnelle, qui suppose un sens aiguë de l’organisation, que le premier ministre a fait valoir toutes ses qualités », commente un proche du chef de l’Etat. « Les Grecs anciens appelaient ça la praxis, l’une des qualités les plus rares au monde », ajoute-t-il.

Il n’y a pas que sur le front sanitaire que Rose Christiane Ossouka Raponda s’est faite remarquer. Début 2021, à l’initiative ici aussi du président Ali Bongo Ondimba, le Plan d’Accélération de la Transformation (PAT) est adopté. Objectif : d’ici 3 ans, faire aboutir des dossiers qui parfois sont encalminés depuis des décennies et changer le quotidien des Gabonais.

Aujourd’hui, le premier ministre est en passe de réussir son pari comme en témoignent de nombreux dossiers. C’est le cas notamment de la régulation des agents de la fonction publique. Un dossier explosif sur lequel beaucoup se sont cassés les dents. Aujourd’hui, ce dossier est en passe d’être définitivement réglé. Pour le premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda, qui s’est personnellement beaucoup investie, c’est un indéniable succès. « En l’espèce, tout a reposé sur la méthodologie. Manifestement, sur ce dossier, celle proposée par le chef du gouvernement a porté ses fruits. Nous, syndicats, y avons adhéré », déclare un responsable de la Fecorefi. Un éloge d’autant plus notable que ce syndicat est depuis plusieurs semaines en grève pour une question de primes (lire notre article).

Sens de l’organisation

C’est aussi le cas en matière d’eau et d’électricité, sujets sensibles pour les Gabonais qui ont longtemps été sources de mécontentement. « L’amélioration de la desserte en eau et en énergie sont des priorités assignées au Chef du gouvernement par le Président de la République », rappelle un collaborateur d’Ali Bongo Ondimba. En ce domaine également, grâce au savoir-faire et au sens de l’organisation hors-pair du premier ministre, mais aussi à son pragmatisme, la mise en œuvre des chantiers de réhabilitation et d’extension du réseau d’eau a connu d’importantes avancées conformément au chronogramme proposé dans le PAT. A tel point que les coupures d’eau et d’électricité ne devraient plus qu’être d’ici deux ans dans le Grand Libreville un mauvais souvenir. « Le premier ministre a pris les choses en main et les a organisés de façon quasi-militaire avec des conseils de cabinet réguliers consacrés à l’eau et à l’énergie ; des réunions de suivi impliquant les responsables d’entreprises adjudicatrices des marchés, les bureaux de contrôle pour la conformité des travaux, les ministres financiers, le Ministre d’état à l’énergie et ses collaborateurs en
charge ces secteurs. On avait jamais vu ça auparavant. Chacun fonctionnait seul dans son couloir sans coordination avec les autres acteurs », témoigne un professionnel du secteur.

Dans le cadre du PAT, bien d’autres dossiers ont connu d’impressionnantes avancées. C’est le cas notamment des routes avec de nombreux projets, jusqu’alors à l’arrêt, qui ont été relancés et dont certains sont même déjà achevés (c’est le cas de plusieurs dizaines de kilomètres de réseaux routiers dans Libreville et Owendo, ou encore à Oyem, Port-gentil, Mouila, Tchibanga ou Makokou ; sans compter la livraison en 2023 de la voie de contournement d’Akanda, tant attendue par nos populations, qui permettra de fluidifier le trafic routier et reléguer les embouteillages de cette zone à un mauvais souvenir ; ou encore, en 2023 aussi, de la Transgabonaise, l’une des plus grandes infrastructures routières d’Afrique, longue de 780 km traversant d’est en ouest le Gabon).

Pour autant, Rose Christiane Ossouka Raponda garde la tête froide. « Elle n’est pas grisée par sa position de premier ministre. Pas plus qu’elle ne l’est par la réussite de certains projets. Peut-être est-ce un trait du tempérament féminin », explique une ministre femme. « C’est un fait. Contrairement à ses prédécesseurs, Rose Christiane (Ossouka Raponda) sait rester à sa place (..). Elle court dans son couloir comme on dirait en athlétisme. Autrement dit, elle sait qu’elle est chef du gouvernement et pas président de la République. C’est un truisme mais beaucoup d’hommes avant elle l’ont oublié », analyse un ministre homme. « Elle n’est là que pour servir le président. Point barre », renchérit un autre.

Au fond, c’est peut-être cette alliance de l’efficacité et de la loyauté qui caractérise le mieux Rose Christiane Ossouka Raponda. Des qualités qui ont sans doute conduit le président Ali Bongo Ondimba à lui octroyer sa confiance et qui, sans conteste aujourd’hui, font d’elle l’un des grands – sinon le plus grand – premiers ministres de l’Histoire du Gabon.



Avec LaLibreville

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