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Quand le manque de consensus sert d’alibi à la Transition  

Initialement prévues dans la troisième semaine du mois de décembre après un premier report, les Assises nationales de la refondation (ANR) au Mali, ont été reportées à une date ultérieure. C’est ce qui ressort d’un communiqué de la transition, publié le 23 novembre dernier. Raison invoquée : « Les concertations entamées avec les forces vives de la Nation en vue de trouver le  consensus le plus large possible pour une participation la plus inclusive ». Quand on sait qu’une importante frange de la classe politique malienne a décidé de boycotter ces assises nationales dont elles ne voient ni l’utilité ni l’opportunité en raison des différents fora qui se sont déjà tenus sur la question, on ne peut pas reprocher aux autorités de la transition de chercher à ratisser large pour donner plus de crédit et de légitimité à ces consultations nationales censées tracer les sillons et poser les jalons du Mali nouveau que tout le monde attend.  De ce point de vue, c’est un report qui peut se justifier à bien des égards.

 

 

Les autorités de la transition malienne ont reculé dans l’espoir de mieux sauter

 

 

Car, à quoi sert-il de tenir des rencontres d’une si grande importance, qui engagent la Nation entière, si c’est pour se retrouver avec un groupuscule de personnes de la même sensibilité ? Quelles chances les conclusions de telles assises auront-elles d’être adoptées par la majorité des Maliens si une bonne partie de la classe politique et pas des moindres, ne s’y reconnaît pas ? En rappel, pas plus tard que le 19 novembre dernier, une coalition de partis et d’organisations politiques au nombre desquels l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement pour le Mali de l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) et le parti Yelema de l’ancien Premier ministre Moussa Mara,  a réitéré au président de la transition, Assimi Goïta, son refus de prendre part à ces consultations nationales qu’elle ne veut pas voir liées au délai de la transition, pour pouvoir « aller à l’organisation rapide des élections ». Alors que le gouvernement en fait un événement déterminant avant la tenue desdites élections. Et le président Goïta avait personnellement sollicité la participation des partis et regroupements politiques, des mouvements et associations membres du Cadre d’échange des partis, à ces assises nationales, lors de l’audience qu’il leur a accordée la semaine dernière.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que les autorités de la transition malienne ont reculé…la date des assises nationales dans l’espoir de mieux sauter… avec le maximum de participants. Tout le mal qu’on leur souhaite, c’est de parvenir au consensus nécessaire à la tenue de ces assises nationales par lesquelles les autorités de Bamako veulent visiblement faire passer le chemin de sortie de crise. A preuve, le Premier ministre Choguel Maïga dit « préférer créer, grâce aux Assises, les conditions pour que les élections ne soient pas contestées ». Cela est de bonne guerre. Seulement, avec des positions aussi divergentes, l’on se demande si le consensus tant recherché pourra être rapidement trouvé pour permettre à la transition d’aller de l’avant.

 

 

Que va faire à présent la CEDEAO?

 

 

Rien n’est moins sûr. En tous les cas, cela ne fait que confirmer le glissement du calendrier électoral pour lequel les autorités de la transition s’étaient engagées pour fin février 2022 devant la CEDEAO, avant de notifier récemment à l’institution sous-régionale, leur incapacité  à tenir cette échéance. Mais cette façon de repousser aux calendes …maliennes les élections multipartites censées signer le retour du pays à l’ordre constitutionnel normal, donne encore moins de lisibilité à la transition en cours sur les rives du fleuve Djoliba. Or, c’est sur ce terrain-là que sont plutôt attendues les autorités de Bamako. Et la CEDEAO, qui maintenait jusqu’à son sommet extraordinaire du 16 septembre dernier, ses exigences de « respect strict du calendrier de la transition », n’avait pas manqué de prendre des sanctions individuelles contre certaines personnalités accusées de freiner le processus. C’est dire si elle attend d’être fixée sur la date des prochaines élections que les autorités maliennes conditionnent à la tenue de ces consultations nationales. Que va-t-elle faire à présent ? On attend de voir. Toujours est-il qu’elle n’est pas seule à être dans l’expectative puisqu’en fin octobre dernier, une délégation du Conseil de sécurité des Nations unies en visite au Mali, avait aussi signifié aux autorités de Bamako, l’importance que la communauté internationale accordait au respect du calendrier électoral censé permettre le rétablissement d’un gouvernement civil à la tête de l’Etat. C’est dire si en plus de courir le risque d’un isolement de leur pays, Assimi Goïta et ses camarades, à force de rebuffades et de changements de priorités, ne seront pas loin de donner raison à ceux qui pensent que tous ces atermoiements sont autant de manœuvres dilatoires et de diversion visant à prolonger indéfiniment leur bail à la tête de l’Etat malien. A eux de prouver le contraire, en levant une fois pour toutes le voile sur les échéances de la transition, s’ils ne veulent pas renforcer dans leurs convictions intimes, tous ceux au Mali ou ailleurs qui les soupçonnent de ruser avec le peuple malien.

 

 « Le Pays »