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A petits pas, la junte militaire qui a renversé le président Alpha Condé, le 5 septembre dernier en Guinée, est en train de poser les jalons de la transition. C’est dans ce cadre qu’elle a ouvert, le 14 septembre 2021, une série de rencontres qui s’étaleront sur toute la semaine et qui verront défiler successivement devant elle, les chefs des partis politiques, les leaders des confessions religieuses, les organisations de la société civile, les représentations diplomatiques, les patrons des compagnies minières, les représentants des organisations patronales, les directeurs des banques et les leaders syndicaux. Des concertations tous azimuts qui se veulent les plus inclusives possibles afin de ne laisser personne en rade, et qui sont un signal tout aussi positif que les libérations de prisonniers politiques au lendemain du coup d’Etat qui est venu brutalement écourter le troisième mandat de l’ex-maître de Conakry.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Colonel Mamady Doumbouya est sur la bonne voie dans sa volonté de tourner la page Alpha Condé.

On espère que tout ce ramdam n’est pas de la poudre de perlimpinpin qui répond à d’autres impératifs

Et on croise les doigts pour qu’il ait à cœur de sortir la tête haute de l’Etat d’exception dans lequel il a plongé le pays, et qui préoccupe au plus haut point, au-delà même des frontières de la Guinée. Va-t-il se montrer trop pouvoiriste au point de vouloir contrôler la transition de bout en bout avec les risques de dérapages que l’on sait ? Ou bien va-t-il aller au bout de ce qui semble être sa logique en laissant les Guinéens décider de la nature de la transition à mettre en place ? La question est d’autant plus fondée que les expériences en cours au Mali et au Tchad, ont laissé plus d’un démocrate du continent sur sa faim. C’est pourquoi l’on attend de voir la couleur de la transition qui se dessine au pied du massif montagneux du Fouta Djallon, au sortir de ces concertations nationales censées en dessiner les contours et dont l’importance n’est plus à démontrer. De quoi vont-elles accoucher ? On attend de voir. Mais on espère que ce ne sera pas d’une souris, mais plutôt de l’un de ces « Syli » (Eléphant national en langue Soussou) à l’image de l’emblème de l’équipe nationale, qui sera à la hauteur des attentes et des aspirations des Guinéens. En tous les cas, on espère que tout ce ramdam n’est pas de la poudre de perlimpinpin qui répond à d’autres impératifs, et qui cacherait mal, de la part des putschistes, une volonté de balayer le palais présidentiel pour mieux s’y installer. On espère aussi qu’en lieu et place du consensus recherché, l’issue de ces concertations ne conduira pas à une impasse et ne ressemblera pas in fine à l’un de ces accouchements par césarienne qui risque de créer plus de frustrations et de plonger la transition naissante dans une zone de turbulences faite de lendemains d’incertitudes. C’est pourquoi il est attendu du colonel Mamady Doumbouya, qu’il se montre à la hauteur de l’histoire. Pour cela, il doit garder toute sa lucidité pour éviter de tomber dans le piège des Raspoutine et autres laudateurs opportunistes qui ne pourront que le pousser à la faute.

Maintenant que les concertations sont lancées, on attend de voir ce qu’il en sortira

Dans ce sens, l’on peut déjà saluer les premières mesures d’interdiction de manifestations de soutien en sa faveur. C’est dire si le colonel Doumbouya a encore toutes les cartes en main pour entrer dans l’histoire de son pays par la grande porte, pour peu qu’il réussisse à montrer aux Guinéens et prouver à la face du monde, que son ambition, en renversant Alpha Condé, n’était pas de s’accaparer du pouvoir pour assouvir des ambitions personnelles, mais bien dans l’intérêt supérieur du pays afin de le remettre sur les rails de la vraie démocratie. Et du Nigérien Salou Djibo au Malien Amadou Toumani Touré en passant par le Ghanéen John Jerry Rawlings, ce ne sont pas les exemples d’officiers patriotes qui manquent pour l’inspirer dans le bon sens de l’histoire tumultueuse des coups d’Etat en Afrique. Dans le même temps, il ne doit pas perdre de vue que l’histoire est pleine de contre-exemples de putschistes à la petite semaine qui y sont entrés par effraction et qui ont fini par se brûler les ailes à l’épreuve du pouvoir. Ce n’est pas son compatriote Moussa Dadis Camara encore moins le Malien Hamadou Haya Sanogo qui diront le contraire.
En tout état de cause, maintenant que les concertations sont lancées, on attend de voir ce qu’il en sortira. Tout le mal qu’on souhaite à la Guinée, c’est de traverser au mieux cette période délicate et d’en sortir davantage renforcée pour aborder sa transition sous de meilleurs auspices. C’est le seul défi qui vaille encore et qui reste à être relevé après toutes ces années de souffrances endurées depuis l’indépendance, par le peuple martyr guinéen qui n’a jamais véritablement eu de dirigeant à la hauteur de sa grandeur encore moins de celle du pays.

« Le Pays »