A la uneLa chronique du fou

Dans quel sens veut-on aller ?

« Celui qui rentre et qui a un dossier en Justice, ira voir le juge ». C’est ce qu’a déclaré le ministre de la Réconciliation nationale et de la cohésion sociale, Zéphirin Diabré, au cours d’un point de presse animé le 1er juin dernier. Il répondait à une question des journalistes sur le sort qui sera réservé aux exilés dans le processus de réconciliation nationale. Je ne suis pas de ceux-là qui soutiennent qu’au nom de la réconciliation nationale, il faut passer par pertes et profits, certains crimes commis. Je n’encourage pas l’impunité. Loin s’en faut ! Mais quand j’entends celui-là même qui est aux devants des choses pour réconcilier les Burkinabè, tenir certains propos, il y a de quoi m’interroger. Quel contenu veut-on donner exactement à la réconciliation nationale ? Dans quel sens veut-on aller ? Je m’interroge d’autant plus que j’ai l’impression que pendant que l’on plaide le retour des exilés, l’on actionne le levier de la Justice. En témoigne la récente mise en accusation de Blaise Compaoré dans l’affaire Thomas Sankara. Je ne suis pas dans une logique de vouloir absoudre quelqu’un. Non, tel n’est pas mon objectif. Mais je dis que l’on ne peut pas vouloir d’une chose et de son contraire. C’est-à-dire vouloir que rentrent les exilés et leur demander d’aller répondre devant le juge. Que chacun de nous essaie de se mettre à leur place pour comprendre qu’une telle posture de nos dirigeants qui appellent de leurs vœux la réconciliation nationale, ne rassure pas. Surtout quand on sait que de plus en plus, les juges ont acquis leur indépendance. Si fait qu’ils n’hésitent même pas à ramer à contre-courant parfois des décisions du gouvernement. En fait, tout se passe comme si Roch lui-même était dépassé par les événements au point qu’il a de la peine à donner une ligne de conduite claire au processus de réconciliation nationale.

 

Je souhaite que l’on aille  le plus tôt possible au forum national

 

 

Je le dis parce qu’il doit mesurer aujourd’hui qu’il ne maîtrise pas l’appareil judiciaire comme ce fut le cas sous l’ancien régime.  Dans ces conditions, vous conviendrez avec moi qu’aucun exilé ne prendra le risque de retourner au bercail et se voir décerner un mandat d’arrêt dès sa descente d’avion. C’est pourquoi je souhaite que l’on aille  le plus tôt possible au forum national qui, je l’espère, nous permettra de connaître les contours et la forme que prendra la réconciliation nationale qui est sur toutes les lèvres. Cela dit, je voudrais saisir l’occasion pour rappeler aux uns et aux autres que lorsqu’on parle de réconciliation nationale, cela ne doit pas se résumer à la classe politique seulement. Je dis non ! Car, au-delà des conflits communautaires nés de la crise sécuritaire, il y a les problèmes liés au foncier qui constituent une véritable bombe sociale qui, si rien n’est fait, ne tardera pas à exploser. Il suffit d’écouter les sorties des propriétaires terriens, des promoteurs immobiliers et des acteurs de la société civile pour comprendre que le mal est plus profond que l’on y pense. C’est pourquoi je souhaite que les autorités en tiennent  compte pour autant que l’on veuille d’un Burkina Faso réconcilié avec lui-même et qui tournera résolument la page du passé. Ce n’est pas impossible, pour peu que l’on y mette un peu de volonté politique.

 

« Le Fou »