lundi, avril 19, 2021
Les verites de Noureddin Bongo Valentin - Les vérités de Noureddin Bongo Valentin
Gabon

Les vérités de Noureddin Bongo Valentin


Libreville, Lundi 8 Mars 2021 (Infos Gabon) – Dans un entretien accordé à nos confrères de l’Agence Ecofin, le coordonnateur général des Affaires générales présidentielles fait la lumière sur sa fonction, évoque la stratégie de lutte contre le Covid-19, de la relance économique et de plusieurs autres sujets d’actualité.

En quoi consiste, de manière concrète, le rôle de
Coordonnateur général des affaires présidentielles au Gabon ? D’aucuns
estiment qu’il s’agirait d’une vice-présidence qui ne dirait pas son nom…

La fonction nourrit beaucoup de fantasmes (sourire). A tort.
Car la réalité est beaucoup plus prosaïque. Le coordinateur général des
affaires présidentielles est un exécutant au service du chef de l’Etat. Selon
l’intitulé officiel, celui-ci a « vocation à se saisir de tout dossier qui
concerne le président de la République
».

Concrètement, le « CGAP » assiste le
Président dans la conduite de ses missions, veille à ce que ses
directives soient bien exécutées et en assure le suivi. Il s’agit donc d’une
fonction très technique, et non politique. J’ajoute que celle-ci n’est en rien
une nouveauté au Gabon. Elle a déjà existé par le passé.

Vous assumez cette lourde responsabilité alors que
vous n’avez pas 30 ans. En quoi cette jeunesse influe-t-elle sur votre mode de
gouvernance et sur votre conception de la politique ?

L’expérience est un atout précieux dans la conduite des
affaires publiques. Mais la jeunesse en est un aussi. A fortiori dans un monde
en pleine mutation où les évolutions technologiques s’accélèrent. En
matière de gouvernance, je fais partie d’une génération où la recherche de
l’efficacité est importante. Il ne s’agit pas de « faire pour
faire » mais de faire pour réellement, positivement et rapidement
changer les choses. C’est à cela que doit servir le pouvoir. En
termes de conception politique, ma génération est particulièrement
sensible à certains sujets. L’environnement bien sûr, mais aussi la
formation, déterminante dans le monde à venir, l’innovation, la lutte
contre les inégalités qui passe par le développement de l’emploi ou encore
l’endettement qui n’est pas mauvais en soi mais qui ne doit pas obérer le
futur.

Selon le FMI, à la fin septembre 2020, le
Gabon avait déjà engagé 300 millions$ pour lutter contre la Covid-19.
L’efficacité a-t-elle été au rendez-vous ?

Quand on a de l’ambition pour son pays, pour son peuple, on
veut toujours faire mieux. Mais force est de constater que le Gabon s’est
favorablement illustré lors de cette pandémie. En Afrique, il est l’un des pays
qui teste le plus sa population et où le taux de létalité, c’est-à-dire de
mortalité causée par le virus, est le plus faible. Force est de constater que le Gabon s’est favorablement illustré
lors de cette pandémie. En Afrique, il est l’un des pays qui teste le plus sa
population et où le taux de létalité, c’est-à-dire de mortalité causée par le
virus, est le plus faible. Les institutions internationales, membres de
la Task force mise en place par le président de la République et que j’ai eu
l’honneur de diriger, sont unanimes à ce sujet, à commencer
par l’OMS et les Nations unies. A la demande du président de la République, Ali
Bongo Ondimba, un effort budgétaire conséquent a été consenti pour apporter une
réponse forte en matière sanitaire et sociale. Mais la clé – et cela, nous le
devons au chef de l’Etat – a été l’anticipation. Nous nous
sommes toujours efforcés d’avoir un coup d’avance sur l’épidémie.

Comme partout dans le monde, on a noté la survenance
d’une deuxième vague de cas déclarés, mais pour le Gabon, on reste encore en
deçà des pics de la période juin-juillet 2020. Aujourd’hui, alors que vous
avez davantage de recul, à quelle stratégie de riposte doit-on
s’attendre ? Une réaction forte comme en 2020 ou bien des mesures plus
proportionnées ?

La stratégie retenue d’emblée par le Président de la
République n’a pas varié depuis le début de la crise. Un, nous anticipons.
Mieux vaut prévenir que guérir. Deux, nous adaptons la proportionnalité de
notre réponse à la gravité de la situation épidémique. Trois, nous affectons
l’ensemble des moyens nécessaires, que ce soit sur le plan budgétaire ou
sanitaire. Cette stratégie, qui a montré son efficacité durant la première
vague en mars dernier, est utilisée actuellement pour faire face à la
deuxième. Pour répondre à votre question, la riposte lors de cette
seconde vague sera aussi forte que nécessaire mais toujours
proportionnée à la gravité de la situation.

Cette deuxième vague survient, alors que le président
Ali Bongo Ondimba a annoncé un vaste plan de relance de l’économie
nationale. À quoi les Gabonais doivent-ils concrètement s’attendre dans
les jours à venir, surtout ceux pour qui la survenue de la Covid-19
est allée de pair avec une baisse, et parfois même une interruption totale, de
leurs activités ?

Le Plan d’Accélération de la Transformation 2021-2023 est un
point d’inflexion dans la mise en œuvre du Plan Stratégique Gabon Emergent,
lancé en 2009 par le Président de la République Ali Bongo Ondimba au début de
son premier mandat. Si les filières devant constituer les nouveaux piliers de
notre économie, au premier rang desquelles le secteur forêt-bois et
l’agro-industrie, ont connu une croissance constante et à deux
chiffres ces dix dernières années, elles n’occupent pas encore un poids
suffisamment significatif dans notre PIB, ce qui nous rend toujours vulnérables
aux aléas des cours des matières premières, pétrolières et minières, à
l’international.

Nous allons donc lancer des réformes radicales de
consolidation de notre amont forestier, pour avoir moins d’opérateurs, mais des
opérateurs mieux capitalisés, qui respectent les règles nationales et les
certifications internationales, et augmentent significativement le volume
annuel de bois exploitable par notre tissu industriel de deuxième et troisième
transformations. Nous comptons également démarrer des plantations de forêts sur
des essences de bois à croissance rapide, dans des zones peu ou pas
boisées naturellement, toujours dans cette optique d’augmenter
significativement notre production annuelle de bois, sans nuire à
l’équilibre de la biodiversité de notre forêt naturelle. Le Président de la
République prend aujourd’hui les décisions qui impacteront nos compatriotes
dans le futur. Il agit en homme d’Etat.

Pour ce qui est des mesures d’atténuation des impacts socio-économiques
du ralentissement économique lié à la deuxième vague de la COVID-19, nous nous
tenons prêts à réactiver différents leviers utilisés lors de la première
vague, comme un moratoire sur certains impôts, un moratoire sur les loyers des
ménages à plus faibles revenus, la gratuité temporaire de l’eau et de
l’électricité pour les ménages modestes, ou encore la gratuité des transports
publics urbains.

Vous avez récemment mené un audit de la dette
intérieure du Gabon, une initiative qui a fait école dans des pays voisins
comme au Cameroun. Quel est le bilan de cette opération ? Et au-delà de
l’argent économisé, quel impact cela a-t-il eu sur la manière dont est
désormais gérée la commande publique dans le pays ?

En période de crise, l’exigence de bonne gestion de l’argent
public doit être maximale. C’est pourquoi le Président Ali Bongo Ondimba a
ordonné la mise en place d’une Task force en juin dernier afin de conduire un
audit sur l’ensemble de la dette intérieure du pays. Son résultat est sans
appel. Sur les 1030milliards de francs CFA de dette intérieure audités, 623
milliards se sont révélés fictifs, soit un ratio de 62 %. Autant
d’argent qui n’aurait pas servi à financer nos dépenses
d’investissement ou nos dépenses sociales. Sur les 1030 milliards de francs CFA de dette intérieure audités,
623 milliards se sont révélés fictifs, soit un ratio de 62 %. Autant
d’argent qui n’aurait pas servi à financer nos dépenses d’investissement ou nos
dépenses sociales. Bien entendu, à la demande du chef de
l’Etat, les conséquences ont été tirées sur le plan institutionnel
puisqu’une nouvelle architecture a été mise en place pour garantir le bon usage
des fonds publics avec le renforcement de la Direction générale des marchés
publics ou encore la création de l’Autorité Nationale de Vérification et
d’Audit. Les procédures en matière de commande publique ont, elles, été durcies
et la transparence renforcée à toutes les étapes.

Au-delà de garantir la transparence et la
régularité sur les marchés publics, il y a la volonté exprimée par le
président de la République de réduire la dette extérieure du pays en la
ramenant en deçà de 70 % du produit intérieur brut. Quelle stratégie
sera mise en place pour y parvenir ?

En réalité, c’est l’ensemble de la dette publique,
c’est à dire à la fois la dette intérieure et extérieure,
qui s’élève aujourd’hui à 70 % de notre PIB. Avant toute chose,
je voudrais déplorer l’instrumentalisation politique – je dirais même
politicienne – qui est faite en ce domaine. C’est un sujet trop
grave, trop engageant pour donner lieu à d’aussi viles polémiques. La
dette n’est pas mauvaise en soi, surtout quand elle sert à investir ;
et la question de sa soutenabilité est plus complexe que la présentation
simpliste que certains pseudos-experts en font.

Ceci posé, l’objectif fixé par le Président Ali Bongo Ondimba
est clair : nous devons revenir à un niveau soutenable de notre dette
publique. Aujourd’hui, le remboursement de notre dette absorbe quasiment
45 % de nos ressources propres annuelles. C’est beaucoup trop ! Pour
rétablir la situation, nous devons d’abord corriger le déséquilibre de nos
finances publiques. Il s’agit du premier levier à actionner. Le cycle
d’endettement est alimenté principalement par le fait que nos dépenses
courantes sont supérieures à nos ressources propres. Conséquence :
nous devons emprunter pour financer ce déficit, ce qui crée un cercle vicieux.
Le Plan d’Accélération de la Transformation 2021-2023, adopté en début
d’année, prévoit des mesures rigoureuses d’amélioration de la collecte des
recettes publiques, de maîtrise de certaines dépenses comme la masse salariale
des agents de l’Etat, le service de la dette avec des rééchelonnements de
paiement ou encore la réduction ou la suppression de subventions
accordées à certaines agences publiques qui n’ont pas prouvé leur
efficacité ou qui doivent apprendre à fonctionner de manière
autonome.

Deuxième levier, l’accélération de notre croissance. Si nous
réussissons les réformes de nos filières à fort potentiel qui peuvent
puissamment contribuer à la diversification de notre économie,
mécaniquement, notre taux d’endettement sur PIB se réduira. Le meilleur moyen
de réduire la dette, c’est d’avoir une croissance solide qui génère plus de
rentrées fiscales. D’où la nécessité d’intensifier la politique de
diversification économique, de promotion du secteur privé et d’attraction des
investissements. Le meilleur moyen de
réduire la dette, c’est d’avoir une croissance solide qui génère plus de
rentrées fiscales.

Enfin, troisième levier à actionner, nous
n’excluons pas totalement la cession de certains actifs pour rembourser notre
dette. Le Gabon possède certains actifs dormants insuffisamment valorisés. Je
pense notamment aux crédits carbones que nous pourrions émettre et
vendre à des entreprises ou Etats qui polluent et souhaitent
compenser leur impact environnemental. Le Gabon a déjà signé un accord financier
avant-gardiste en ce sens avec la Norvège. Nous étudions par ailleurs d’autres
possibilités de partenariats et de valorisation de ces crédits carbones, qui
pourraient être une manière intelligente pour nous de mobiliser des
ressources financières tout en restant engagés dans une trajectoire durable de
valorisation de nos écosystèmes et de préservation de notre biodiversité. En ce
domaine, des avancées importantes devraient être réalisées par le Gabon
dès 2021.

Vous travaillez au quotidien à assainir la
dépense publique. Mais au sein de l’opinion, et malgré le classement sans suite
par la justice gabonaise d’une plainte de la société civile qui vous accusait
de corruption et de blanchiment d’argent, certains continuent de penser que
vous profitez de votre position pour vous enrichir et enrichir vos proches…

Si la Justice a classé sans suite la plainte dont vous
parlez, c’est pour une raison importante qu’il convient de rappeler : aucun des
plaignants, tous militants de l’aile la plus radicale de l’opposition,
n’a été capable de produire la moindre preuve à l’appui de ces
allégations. C’était de la pure diffamation. C’est d’ailleurs le but de ce
genre de procédé : salir la réputation d’une personne pour la
déstabiliser. Comme disait Francis Bacon, « Calomniez, calomniez, il
en restera toujours quelque chose
». Mais je ne suis pas
homme à vaciller. Les rumeurs m’importent peu. Je me concentre
sur mon travail au service du Gabon aux côtés du Président de la République. Je
n’ai pas de temps à perdre avec ce type d’enfantillages.

Comprenez-vous
le questionnement de ceux qui voient s’approcher du sommet de l’Etat une
troisième génération de Bongo ?

Je
suis fier du nom que je porte et je sais que les Gabonaises et les Gabonais me
jugeront sur les résultats, sur les améliorations significatives
apportées à leur quotidien et non sur un délit de patronyme que
certains, en manque d’arguments, agitent de manière pavlovienne. L’écrasante majorité des Gabonais se lèvent
le matin en pensant emploi, pouvoir d’achat, eau, électricité, éducation,
santé, transport, logement… Ce sont ces questions qui me préoccupent. Le reste
m’importe peu. C’est du bavardage sans intérêt.

Pour
vous dire le fond de ma pensée, « ceux » dont vous parlez sont
en réalité des responsables politiques, des commentateurs dans les médias ou
des activistes sur les réseaux sociaux. Ils représentent une infime minorité.
L’écrasante majorité des Gabonais se lèvent le matin en pensant emploi,
pouvoir d’achat, eau, électricité, éducation, santé, transport, logement… Ce
sont ces questions qui me préoccupent. Le reste m’importe peu. C’est du
bavardage sans intérêt.

Compte
tenu des ambitions que l’on vous prête, vous êtes la cible d’attaques
redoublées. Après vous avoir accusé d’enrichissement illicite, vous avez été
mis en cause récemment en raison de votre nationalité. Certains soutiennent que
vous ne seriez pas Gabonais.

La multiplication des « fakes news » est
un fléau qui touche tous les pays du monde et qui n’épargne hélas personne. Ce
phénomène est exacerbé par les réseaux sociaux qui sont, loin de leur ambition
originelle, en partie devenus un déversoir de haine et de mensonges. La
répétition de contre-vérités amène aujourd’hui les
internautes à croire quasi-religieusement ce qui s’y dit. Or, ces
fausses nouvelles distillées dans le monde virtuel ont parfois des impacts
dramatiques dans la vie réelle. En janvier 2020, deux de nos compatriotes sont
morts, lynchés par la foule, à cause de rumeurs sur une vague
d’enlèvements d’enfants, imaginaire.

Il faut savoir dire stop à ces dérives. C’est
pourquoi, en ce qui me concerne, je mets un point d’honneur à porter
plainte contre les auteurs d’accusations fantaisistes et mensongères. Tout
comme la justice m’a donné raison dans l’affaire des fausses accusations
d’enrichissement illicite, elle me donnera raison sur les mensonges colportés
sur ma nationalité. Ce procédé ne leurre d’ailleurs personne. Il est très
fréquemment employé par ceux qui sont vos opposants politiques, en Afrique
comme ailleurs dans le monde. Même Barack Obama en a été victime.

Vous avez fait partie de l’équipe dirigeante d’Olam
qui est devenue une entreprise stratégique pour le développement du Gabon.
Quelle relation avez-vous gardé avec votre ancien employeur ? Comment
faites-vous la part des choses dans vos nouveaux rapports ? En particulier,
comment évitez-vous les potentiels conflits d’intérêt ?

Olam est un acteur important au Gabon. Il s’agit du premier
employeur privé du pays et sa contribution à la diversification de
l’économie n’est plus à démontrer. J’ai conservé d’excellentes
relations avec le management de l’entreprise. En particulier avec Gagan Gupta
qui est un grand dirigeant de classe internationale et pour lequel
j’ai beaucoup d’estime.

Cela dit, cette période de ma vie est derrière moi. Il n’y a
donc aucun conflit d’intérêt possible pour répondre à votre question.
Désormais, je suis tout entier dédié au service de l’Etat. Les seuls intérêts
que je défends, ce sont ceux du Gabon et des Gabonais. J’ai eu l’occasion de le
démontrer à de nombreuses reprises durant l’année écoulée.

L’expérience acquise dans le secteur privé m’est
aujourd’hui très utile pour rendre plus efficace la conduite de l’action
publique. Je veille à promouvoir certaines pratiques propres à
l’entreprise dans mes nouvelles fonctions, qu’il s’agisse de l’audit, du retour
sur investissement, du reporting, de l’évaluation etc.

Le Gabon souhaite s’appuyer sur la Zone de
libre-échange continentale africaine pour booster ses
exportations à destination de l’Afrique et soigner sa balance
commerciale. Dans quels secteurs, selon vous, le Gabon peut-il être
compétitif en matière d’exportation ?

Nous misons beaucoup sur notre industrie du bois. Le Gabon
est déjà le premier exportateur de contreplaqués d’Afrique. Aujourd’hui,
80 % des usines de la filière bois implantées au Gabon font de la première
transformation, c’est-à-dire du découpage des grumes, à faible valeur
ajoutée. Notre ambition est d’avoir une masse critique d’usines de deuxième et
de troisième transformations, pour devenir à terme le premier
producteur de meubles en bois tropicaux d’Afrique. Or, notre marché national ne
sera pas capable d’absorber une telle offre ; c’est pour cela que la ZLECAF
est aussi stratégique pour nous, en nous donnant accès à plus d’un
milliard de consommateurs sans barrières tarifaires. Pour y parvenir, il est
nécessaire d’améliorer notre plateforme logistique et ainsi tirer pleinement
profit de ce potentiel.

Nous avons également des ambitions en matière
d’agro-industrie, en particulier dans les produits dérivés de l’huile de palme
comme l’huile alimentaire ou les biocarburants, ainsi que dans la filière
café-cacao pour laquelle nous espérons vendre des produits finis à
l’international, et dans les produits dérivés du manioc. 

La CEDEAO a entamé un processus de création d’une
monnaie commune, affranchie du franc CFA. L’Afrique centrale devra-t-elle,
selon vous, suivre le même chemin ?

Les Chefs de l’Etat de la zone CEMAC ont mandaté la
Commission de la CEMAC ainsi que la Banque des Etats de l’Afrique Centrale
(BEAC) pour mener une réflexion sur les axes de réforme de la gestion de notre
monnaie commune. Les premières conclusions intermédiaires ont été rendues, qui
doivent faire l’objet de discussions supplémentaires.

Parmi les éléments supplémentaires à considérer, figure
le processus de rapprochement institutionnel entre la CEMAC et la CEEAC,
enclenché par le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba quand il était président en
exercice de la CEEAC. La
réflexion que nous devons mener en Afrique centrale dépasse largement le lien
avec la France. Nous devons bâtir une monnaie du XXIème siècle. Nous focaliser
sur des combats du XXème siècle risque de nous faire perdre de vue les vrais
enjeux auxquels nous faisons face.

Le renforcement de l’intégration économique avec des pays
comme la République Démocratique du Congo, l’Angola ou le Rwanda, doit fixer
comme point d’ancrage futur une intégration monétaire. Il importe de préciser
toutefois les préalables à une telle intégration, et surtout la
logique économique du nouvel ensemble, mais aussi les relations économiques,
monétaires et géopolitiques de cet espace économique avec le reste du monde,
ainsi que les mesures de solidarité que nous sommes prêts à prendre
entre nous. Tout cela pour dire que la réflexion que nous devons mener en
Afrique centrale dépasse largement le lien avec la France. Nous devons bâtir
une monnaie du XXIème siècle. Nous focaliser sur des combats du XXème siècle
risque de nous faire perdre de vue les vrais enjeux auxquels nous faisons face.

La diversification de l’économie et
l’industrialisation du pays sont des thèmes très présents dans le discours
public. Quels sont vos objectifs en la matière ?

Le Président Ali Bongo Ondimba a une formule pour illustrer
cette ambition. « D’ici 2030, l’or vert devra remplacer l’or noir». Pour avoir une croissance plus
soutenue, plus inclusive et plus durable, le Gabon doit davantage développer
certains pans de son économie. Son industrie, afin de créer plus de valeur
ajoutée localement. Son agriculture, afin que le Gabon produise davantage ce
qu’il consomme. Mais aussi ses services, que ce soit en matière financière, de
télécommunication ou de tourisme.

En dépit des efforts méritoires réalisés ces dix dernières
années, la bonne santé économique de notre pays dépend encore beaucoup trop des
fluctuations du cours international des matières premières. Nous avons besoin
d’une croissance plus endogène. C’est sur cette trajectoire que nous sommes
engagés, comme le montre le développement de notre secteur du bois. Incontestablement,
nous sommes en bonne voie. Il nous faut simplement aller plus loin et plus
vite.

Le Gabon est considéré comme un fer de lance sur le
plan continental, en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Concrètement, comment le pays entend-t-il s’y prendre pour faire de l’économie
verte un relais de croissance et, peut-être, à terme un
substitut à l’extraction de matières premières ? Je rappelle que le
pétrole continue de représenter près de 80 % des recettes budgétaires du
pays.

Certes, le pétrole continue de représenter près de 80 %
des recettes budgétaires du Gabon, mais je vous ferais observer que le poids du
secteur pétrolier est passé de 42,2% du PIB en 2010 à 32,7 % en
2019. Cela dit, vous avez raison de rappeler que le Gabon est, en Afrique, le
fer de lance de la lutte contre le réchauffement climatique. Cela n’est
d’ailleurs pas un hasard si notre pays a été choisi pour piloter le groupe des
négociateurs africains en vue de la prochaine COP 26 de Glasgow en novembre
prochain, ou si le président de cette COP, M. Alok Sharma,
était à Libreville fin janvier. En ce XXIème siècle, la conciliation de l’économie et de l’environnement
n’est pas une option. C’est une obligation.

Le Gabon est résolu à transformer son
modèle économique pour le rendre plus durable et plus profitable. Le bois
en est le parfait exemple. Cette industrie, qui ne cesse de monter en puissance
et en valeur ajoutée, opère suivant les normes environnementales les plus
strictes au niveau international. Ainsi, la ressource prélevée aujourd’hui,
pourra l’être à nouveau dans les années à venir, et ainsi
de suite.

Quant aux autres industries, notamment pétrolière ou minière,
elles doivent se conformer à une réglementation de plus en plus
protectrice de la nature.

C’est une tendance mondiale à laquelle le Gabon
adhère pleinement. En ce XXIème siècle, la conciliation de l’économie et de
l’environnement n’est pas une option. C’est une obligation. Il en va non
seulement de l’avenir de notre pays, mais également de notre continent et de
notre planète toute entière.

Propos recueillis par Idriss Linge

Agence Ecofin

FIN/INFOSGABON/SM/2021

Copyright Infos Gabon



Avec Info Gabon

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