A la uneDialogue intérieur

Libérés depuis le 28 janvier 2020, Amadou Haya Sanogo et ses 12 coaccusés dans l’affaire de l’assassinat de 21 bérets rouges suite au coup d’Etat de 2012 contre le général Amadou Toumani Touré (ATT) alors au pouvoir, attendent de connaître leur sort. Leur procès qui a repris le 25 février dernier dans la capitale malienne, a été aussitôt reporté au 11 mars prochain, pour ce qu’on croit être des raisons de mouvement de personnels judiciaires. Mais ce procès ne devrait pas, à en croire plusieurs sources, tarder à connaître son épilogue.

En effet, depuis son ouverture, le 30 septembre 2016, à Sikasso, jusqu’à sa suspension et sa récente reprise à Bamako, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts au Mali. Comme par exemple, cet accord d’indemnisation négocié en 2020  entre les accusés et les parties civiles, et qui « est en cours d’application pour le bonheur des victimes », selon un avocat des parties civiles. C’est pourquoi l’on se demande si ce jugement ne sera finalement pas un procès pour la forme, dès lors que les plaignants semblent avoir obtenu satisfaction à travers les dédommagements reçus qui vont, entre autres, du paiement d’un montant indemnitaire, à l’intégration de certains parents de victimes disparues dans la Fonction publique pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles respectives, en passant par l’acquisition de logements, le tout sur fond de promesse ferme du gouvernement, d’organiser des funérailles nationales à la mémoire des disparus.

Amadou Haya Sanogo et ses coaccusés s’acheminent doucement vers le bout du tunnel de leurs déboires judiciaires

C’est dire si des avancées notables, il y en a eu pour que le procès ne traîne plus en longueur et puisse connaître un aboutissement dans les meilleurs délais. Car, si les parents des victimes n’ont plus intérêt au procès auquel ils ne comptent plus participer aux dires de certains d’entre eux, il y a des raisons de croire que Amadou Haya Sanogo et ses coaccusés s’acheminent doucement vers la fin de leur calvaire et le bout du tunnel de leurs déboires judiciaires. Surtout si, comme d’aucuns le pensent, la Cour devait purement et simplement entériner l’arrangement entre les parties au procès, pour une raison ou pour une autre. Comme, par exemple, cette loi de 2018 que compte invoquer la défense, prise à l’issue de la Conférence d’entente nationale organisée sous le régime de Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et qui prévoit clairement d’exonérer de poursuites pénales, les personnes accusées de crime et de délit dans le cadre de la crise de 2012 et d’indemniser les victimes. Dès lors, l’on comprend l’optimisme exubérant affiché par le capitaine putschiste devenu général, qui arborait une sérénité à toute épreuve à la reprise du procès à Bamako. Surtout si l’on doit voir dans les dédommagements déjà reçus par des parents de victimes, un début d’application de cette loi. Dans la perspective de la réconciliation nationale que certains Maliens appellent de leurs vœux, cela peut être vu comme un signe manifeste de la volonté des autorités de Bamako, d’aller de l’avant. Car, que peut attendre de plus un parent de victime confronté aux dures réalités quotidiennes et dont rien ne ramènera à la vie, le disparu ?

Il est impératif que pour l’histoire, le droit soit dit

Cela dit, on peut craindre que dans le schéma dédommagement-justice qui se dessine, la vérité ne soit mise en berne ou reléguée au second plan. Alors,  saura-t-on jamais un jour la vérité dans cette affaire ?  Rien n’est moins sûr. Et ce serait bien dommage ! Car, au-delà des faits qui sont d’une extrême gravité, ce procès devait avoir une valeur pédagogique pour dissuader d’éventuels apprentis-putschistes encore tapis dans l’ombre et qui ne voudraient pas  se fixer de limites dans leurs dérives autoritaires, une fois parvenus au pouvoir par la force des armes. C’est pourquoi il est impératif que pour l’histoire, le droit soit dit pour que ces arrangements hors prétoire, n’aient pas l’allure d’une prime à l’impunité qui pourrait être perçue comme un encouragement à tous ces prédateurs de la démocratie et des règles de l’Etat de droit. D’autant qu’en la matière, il s’agit de crimes de sang sur des soldats froidement abattus et jetés dans des charniers, au moment où le Mali a suffisamment fait la preuve qu’il est loin d’avoir définitivement tourné la page des coups d’Etat.

En tout état de cause, un éventuel élargissement de cet ancien officier de Kati au moment où d’autres hommes forts de Kati sont au pouvoir à Bamako, pourrait faire tilt et constituer un véritable précédent dans l’histoire du Mali. Et avec le recul, il n’est pas difficile de se convaincre que Amadou Haya Sanogo a été pire que le mal qu’il voulait combattre. Un véritable accident de l’histoire s’il en est, qui ne laissera pas forcément dans la mémoire collective, l’image du héros solitaire et du redresseur de torts dont il a voulu se revêtir du manteau.

 

 « Le Pays »