samedi, mai 15, 2021
« Da Yie »: le court métrage sur deux enfants du Ghana aux portes des Oscars
Afrique

« Da Yie »: le court métrage sur deux enfants du Ghana aux portes des Oscars



« Da Yie »: le court métrage sur deux enfants du Ghana aux portes des Oscars

« Da Yie »: le court métrage sur deux enfants du Ghana aux portes des Oscars

Le film du belgo-ghanéen Anthony Nti est en lice pour les Oscars, un honneur pour ce court métrage réalisé avec très peu de moyens, qui met en lumière le destin parfois fragile des enfants d’Afrique… (vidéo)

« J’étais en train de regarder un film que le scénariste et le producteur de Da Yie m’avaient recommandé depuis un certain temps déjà. Je savais que la shortlist devait sortir et je me suis dit que c’était le bon jour pour le regarder et ne pas passer trop de temps à penser aux nominations. Puis, j’ai reçu un coup de fil de Chingiz Karibekov, mon ami scénariste. On se fait régulièrement des blagues, alors je lui ai dit que ce n’était pas un sujet sur lequel on pouvait blaguer. Il m’a assuré avoir reçu un mail du distributeur annonçant notre sélection parmi les 10 courts métrages finalement retenus. L’info n’a été publiée sur leur site que quelques minutes plus tard. J’ai appelé mon père pour lui dire qu’on était en lice pour les Oscars mais il était déjà tard et il dormait. Il m’a juste dit « félicitations, mon fils et puis, bonne nuit ». Je me suis dit que sa réaction me rappelait que je devais rester calme, surtout. » Le cinéaste Anthony Nti rit.

David propulsé au pays de Goliath

L’histoire de la sélection de Da Yie** est un peu celle de David contre Goliath. Un court métrage belgo-ghanéen autoproduit, tourné en équipe très réduite (5 personnes) en dix jours à peine. Se retrouvant en lice contre des films aux équipes et aux budgets plantureux.

01 DA YIE @CAVIAR FILMS Pieter Jan Claessens 787x425 - « Da Yie »: le court métrage sur deux enfants du Ghana aux portes des Oscars

Le début de l’aventure remonte à 2017. « Cela a pris longtemps car c’est un film autofinancé. Dans l’équipe, il n’y avait que cinq personnes venues de Belgique avec moi et des membres de ma famille au Ghana. Je suis resté un mois (octobre) sur place, le temps de trouver les comédiens et les lieux de tournage; on n’a tourné que les dix derniers jours. C’est à ce moment-là que l’ingénieur son et l’assistant caméra sont arrivés avec la caméra; ils ne pouvaient rester que dix jours. »

Le casting avait déjà été réalisé au sein d’une école ainsi que le choix des lieux de tournage dans la région où Anthony Nti a grandi et qu’il a quitté à l’âge de 10 ans.

« Quand nous sommes revenus en Belgique, cela a pris beaucoup de temps car nous n’avions pas d’argent. Le monteur est un de mes amis, il l’a fait entre deux boulots, quand il avait un peu de temps. »

Le film a été enfin prêt en 2019. Le temps a donc été un facteur clé dans cette aventure.
« J’avais cette idée depuis longtemps mais je pensais que c’était trop compliqué, trop ambitieux. J’avais donc déjà attendu longtemps avant de le tourner. »

L’innocence fragile des enfants

Cette histoire d’enfants propulsés très jeunes dans un monde d’adultes, de petites bêtises qui, parfois, s’enchaînent et « pourraient devenir plus graves est quelque chose qui m’est arrivé, enfant. On pense quitter la maison en cachette, seulement quinze minutes, pour aller jouer un match de foot et puis ça dérape. Ça m’est arrivé avec ma tante qui voulait me punir, je me suis enfui mais je suis revenu. Et je me suis demandé: que serait-il arrivé si je n’étais pas rentré ? C’est l’une des inspirations de Da Yie. »

« Petit, j’étais ce type d’enfant très énergique, je faisais un tas de choses: du foot, du rap, des acrobaties,… J’étais souvent entouré de gens plus âgés. C’est plus tard que j’ai réalisé que je m’étais parfois retrouvé dans des situations qui auraient pu mal tourner. C’est une chose à laquelle j’ai souvent repensé ensuite et aussi au fait que l’innocence d’un enfant peut être perdue lorsqu’il croise le monde des adultes, c’est un thème vraiment universel. »

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Deux jeunes comédiens formidables

Grâce à un de ses cousins qui connaissait la directrice d’une école primaire à Madina, Anthony Nti a pu faire passer une audition aux élèves.

« Au départ, le scénario était écrit pour deux garçons mais en lisant les caractéristiques des deux enfants, un professeur nous a demandé si les filles pouvaient participer aux essais aussi. Je lui ai dit que seules les caractéristiques (énergique, volontaire, aimant le rap, extraverti) importaient et que cela n’avait rien à voir avec le genre. Il m’a tout de suis dit: n’en dites pas plus… Et le premier enfant qui est arrivé pour les essais était Matilda, elle était vraiment très proche de ce que j’étais enfant. Elle était même meilleure que moi à son âge. » (Il rit) « C’est pour cela que nous avons donné son prénom au personnage. »

« La troisième personne à passer le test était Prince, donc nous avions réuni notre casting dès le 1er jour. Nous avons vraiment eu de la chance. Nous avons ensuite fait le tour des lieux de tournage avec les enfants pour qu’ils fassent partie du processus et qu’ils comprennent comment les choses allaient se passer. »

Un film fait par et pour les enfants

Toute l’école a été partie prenante du film pour former l’équipe de foot mais aussi parce que le film leur est adressé. La directrice a vraiment été formidable et s’est beaucoup impliquée pour que cette histoire puisse être racontée.

« Da Yie » est le deuxième film d’Anthony Nti tourné au Gahna. « Ces deux films sont très personnels. Il y a encore beaucoup d’histoires que je veux raconter au sujet du Ghana mais j’ai aussi des idées qui concernent la Belgique. Je pense que je peux raconter n’importe quelle histoire si je suis inspiré par le lieu ou les gens. »

Si son premier court métrage portait sur le Ghana, le deuxième parlait de deux frères bulgares, juste avant Da Yie. quant à son premier long métrage, son prochain projet, il devrait parler « de la traite d’êtres humains venus du Nigeria. Il sera tourné entre la Belgique et l’Italie. L’essentiel est que je me sente connecté au sujet. Le film sera inspiré du livre «On Black sisters street: a novel» de Chika Unigwe, auteure nigériane installée en Belgique. »

Légendes du cinéma africain

Anthony Nti confesse des inspirations multiples en tant que cinéaste, en tête desquelles Djibril Diop Mambety (Touki Bouki) et Ousmane Sembene, « deux légendes du cinéma africain. Un des films qui, pour moi, raconte les histoires d’une façon visuellement inspirante est La Cité des dieux ».

S’il n’avait jamais pensé être cinéaste, Anthony Nti était fasciné par les films quand il était petit. « On voyait des films tous les dimanches sur la télévision chez mon oncle. Je me souviens notamment de «Fresh» qui m’a beaucoup inspiré pour réaliser Da Yie. La semaine suivante, j’étais épaté de voir que tel comédien n’était pas mort, finalement, et qu’il jouait dans un autre film. C’est comme cela que mon oncle m’a expliqué que les films n’étaient pas réels. Je me posais beaucoup de questions: comment font-ils ceci ou cela ? Mais je n’ai jamais pensé réaliser des films avant mon arrivée ici en Belgique. »

Le déclic est venu au cours d’un atelier d’une semaine auquel il a participé lorsque il était en dernière année scolaire. « J’ai réalisé un petit film de deux minutes. L’animateur de l’atelier m’a dit que de tous les courts métrages qu’il avait vus au fil des ans, c’était l’un des meilleurs et que je devrais peut-être en faire quelque chose… Comme l’atelier m’avait vraiment plu, je me suis dit que c’était peut-être une bonne idée. C’est comme cela que je me suis dit que j’allais tenter une école de cinéma… »

Un choix qui mène Anthony Nti, aujourd’hui, presque aux portes d’Hollywood.

Karin Tshidimba

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Avec La Libre Afrique

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