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Le 23 janvier dernier, s’est tenu, par vidéoconférence, le 58e sommet ordinaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La Covid-19, l’ECO et le Mali étaient au menu de ce sommet. Par rapport au premier point, c’est-à-dire la Covid-19, les chefs d’Etat préconisent des concertations entre les différents Etats de la CEDEAO, l’OOAS (Organisation ouest-africaine de la santé) et l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

L’objectif de ces actions concertées est de permettre l’accès aux vaccins contre la Covid-19, aux pays membres de l’Organisation ouest-africaine. L’on peut, d’emblée, se réjouir de cette initiative de la CEDEAO pour deux raisons essentielles.

La première est liée au fait qu’elle est opportune. En effet, la volonté affichée des chefs d’Etat de doter les pays membres de la CEDEAO, de vaccins anti-Covid, intervient à un moment où l’Afrique est en proie à une deuxième vague de la pandémie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci est plus meurtrière.

On a des raisons d’être pessimiste quant à un approvisionnement diligent des pays membres, en vaccins contre la Covid-19

En effet, le taux de mortalité de la pandémie de la Covid-19 en Afrique, dépasse celui de la moyenne mondiale. Et pour ne pas arranger les choses, la variante du virus détecté en Afrique du Sud, est en train de se répandre sur le continent comme une trainée de poudre. La situation donc commandait que la CEDEAO se penchât sur les solutions à dégager pour l’approvisionnement des pays en vaccins. L’autre raison pour laquelle l’on peut se réjouir de l’initiative de la CEDEAO, c’est le fait d’avoir perçu la nécessité d’envisager de manière solidaire, l’approvisionnement de l’espace ouest-africain, en vaccins. Une telle démarche de solidarité sous-régionale, a de fortes chances de permettre à la CEDEAO d’obtenir les vaccins à des prix considérablement réduits. Cela dit, une chose est de préconiser des concertations entre les différents Etats de la CEDEAO, l’OOAS et l’OMS pour dégager des solutions  sur l’approvisionnement des pays en vaccins, une autre est d’obtenir ces vaccins dans des délais raisonnables. Et quand on connaît le mode de fonctionnement de la CEDEAO connue pour son caractère bureaucratique, l’on a des raisons d’être pessimiste quant à un approvisionnement diligent des pays membres, en vaccins contre la Covid-19. L’on peut même craindre que ces fameux vaccins se fassent attendre comme Godot. Bref, comme toujours et dans presque tous les domaines, l’Afrique est attachée aux basques des autres. En effet, dans cette course éperdue aux vaccins contre la Covid-19, l’on peut faire le constat que le continent noir brille par son absence. Ce qui fait de ses populations, d’éternelles consommatrices des fruits des découvertes des autres. Un continent qui est réduit à cela, ne peut jamais se hisser au niveau des autres. Et la transition est toute trouvée pour parler du deuxième point au menu de ce 58e sommet ordinaire de la CEDEAO, c’est-à-dire l’ECO. Sur la question, on peut retenir ceci : une nouvelle feuille de route a été adoptée, avec en perspective l’entrée en vigueur de l’ECO à l’horizon 2025. En rappel, l’entrée en vigueur de la monnaie commune était initialement prévue pour juillet 2020. Ce rendez-vous n’a pas été respecté.

Si l’échéance de 2025 n’est pas tenue, l’ECO sera perçue comme une arlésienne

Désormais, c’est 2025 qui a été retenue. Les raisons avancées pour justifier cela sont d’ordres technique et sanitaire. En effet, la conférence a suspendu l’application du Pacte de convergence en 2021 avec l’espoir qu’il sera mis en œuvre à partir du 1er janvier 2022. In fine, il s’agit de réaliser en trois ans, les critères de convergence nécessaires à la réalisation de la monnaie unique en 2025. La conférence a pointé du doigt la Covid-19 pour justifier cet état de choses. L’on peut lui concéder cela.  Mais plus les années passent, plus l’on peut avoir l’impression que l’ECO a peu de chances d’être une réalité,  tant les divergences entre le Nigeria et la Côte-d’Ivoire  sont profondes sur bien des aspects de cette monnaie.

En tout cas, si l’échéance de 2025 n’est pas tenue, l’ECO sera perçue comme une arlésienne. C’est pourquoi tout doit être fait pour cesser de jouer avec les nerfs des populations. Ces dernières, franchement, sont en train de perdre patience quant à la réalisation effective, un jour, de la monnaie unique. Et connaissant le manque   d’anticipation de nos dirigeants, l’on peut affirmer que la nouvelle échéance ne sera pas respectée. Et ce sont les populations qui, une fois de plus, trinqueront. Le dernier point abordé par la conférence  est lié à la situation politique au Mali. A ce sujet, le 58e sommet ordinaire a été, on ne peut plus clair : des élections doivent avoir lieu sur l’ensemble du territoire malien dans 14 mois. Pour éviter la moindre entrave  à ce processus, la CEDEAO, peut-on dire, a remonté les bretelles aux autorités de la Transition. En effet, la conférence a rappelé au Mali, ses engagements et a demandé la dissolution immédiate du Comité national de salut  du peuple (CNSP). La CEDEAO est dans son droit. Car, c’est elle qui accompagne le Mali depuis le coup d’Etat du 18 août dernier, pour que le pays revienne à une vie constitutionnelle normale. Et depuis lors, la CEDEAO veille sur le Mali, comme du lait sur le feu afin que la feuille de route remise à la Transition, soit scrupuleusement respectée. Après avoir entendu leur homologue malien, Bah N’Daw, les chefs d’Etat ont écouté le rapport de Goodluck Jonathan, le médiateur de l’organisation ouest-africaine. Le rappel à l’ordre du Mali est intervenu après ces deux auditions. En tout cas, la CEDEAO a fait bien de durcir le ton, car avec ces putschistes-là, il faut être vigilant jusqu’au bout.

En tout état de cause, sur l’ensemble des trois points qui étaient au menu de ce 58e sommet ordinaire de la CEDEAO, seuls les résultats compteront.

« Le Pays »