dimanche, février 28, 2021
« Le vol du Boli »: l’opéra-spectacle qui chante 800 ans d’histoire africaine
Afrique

« Le vol du Boli »: l’opéra-spectacle qui chante 800 ans d’histoire africaine



« Le vol du Boli »: l’opéra-spectacle qui chante 800 ans d’histoire africaine

« Le vol du Boli »: l’opéra-spectacle qui chante 800 ans d’histoire africaine

A travers l’histoire d’un objet d’art volé, Abderrahmane Sissako et Damon Albarn retracent les relations Afrique-Europe sur huit siècles. Un spectacle filmé à Paris, à voir ce vendredi sur France 5, à 20h55, dans le cadre de la Saison Africa 2020. (vidéo)

Les voix, les danses et une atmosphère magique enveloppent la scène. Ce n’est pas seulement le fruit des éclairages irisés ou des costumes élégants, ni même de la rencontre féconde entre musique électronique et percussions africaines. Ce sont tous ces éléments conjoints qui créent l’instant en suspens. Les premiers à retenir le regard sont ces personnages majestueux issus de l’Empire mandigue. Ndjata, fils de Sogolon, assis sur son trône, au milieu de la scène et de sa cour, en habits d’apparat. Vision d’une Afrique souveraine qui avait réussi à unir les peuples de sept pays dès le XIIIe siècle. Mais il a suffi d’un groupe de voyageurs avides, de quelques armes à feu et d’un projet scélérat pour fouler aux pieds cette organisation ancestrale.

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Du Mali au Congo en passant par le Burkina Faso

Des premiers colons au vol des objets sacrés, de l’esclavage aux travaux harassants dans les mines, du caoutchouc d’antan au coltan et au tantale d’aujourd’hui, se dessine une ligne de fuite : celle des trésors volés d’Afrique. Ce fil rouge est celui suivi par le nouveau spectacle mis en musique par Damon Albarn, ex-leader de Blur, mais écrit par le cinéaste Abderrahmane Sissako, épaulé par Charles Castella. Pour mettre cette histoire en mouvement, le réalisateur multiprimé de Timbuktu et Bamako, a fait appel au metteur en scène Dorcy Rugamba afin d’imaginer le trajet de cet objet sacré, de forme animale, à la fois guide et protecteur du peuple : le Boli.

Tandis que Sissako imaginait la dramaturgie de cet opéra moderne – dansé, chanté, conté -, Albarn élaborait sa conception musicale, tissant avec inspiration blues, pop, percussions et musiques traditionnelles. Si Sissako mêle traditions et récits de différents peuples, afin d’évoquer les crises passées et les défis présents, Albarn marie les sons et les langues du Mali, du Burkina Faso et du Congo afin de propager les échos du continent. Ainsi naît cette pérégrination au fil de l’histoire africaine qui prend sa source dans l’Empire mandingue, le plus vaste que l’Afrique ait connu, et se poursuit de nos jours. À travers le Boli, c’est le patrimoine qu’interrogent la narratrice et les deux griots. Ce fétiche animiste malien, volé en Afrique en 1930 par l’écrivain Michel Leiris, est conservé en Europe aujourd’hui encore. L’anecdote est extraite du livre L’Afrique fantôme dans lequel Leiris relate les souvenirs de la Mission Dakar-Djibouti. Au fil du temps, ce vol, et de nombreux autres, pèsent sur sa conscience. La majorité des objets sacrés, ramenés en Europe, représentant un lien viscéral entre le monde des vivants et l’au-delà.

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En route vers l’Afrique de demain

Au fil des siècles, le spectacle Le vol du Boli*** égrène les spoliations, saccages, privations et traites des êtres humains pour souligner les liens anciens entre les deux continents et le fait que le plus redevable des deux n’est pas celui que l’on croit. Des souvenirs douloureux transcendés par une mise en scène électrisante qui pousse à l’action commune et au changement de regard. Privilégiant les tableaux courts, incisifs (chorégraphiés par la Sud-Africaine Mamela Nyamza) plutôt que les discours pesants.

Cette réflexion s’inscrit parfaitement dans le projet de la Saison Africa 2020 dont le but est justement d’interroger la place du continent africain, aujourd’hui et demain. Raison pour laquelle France Télévisions, partenaire du projet, a décidé de filmer et retransmettre ce spectacle.

Pour guider le public au fil du récit, le duo Albarn-Sissako a choisi trois conteurs hors pair : Fatoumata Diawara, blueswoman malienne dont la voix puissante provoque étincelles et frissons, le Congolais Jupiter Bokondji, corps effilé et voix de stentor, et Baba Sissoko, griot malien, armé de son éternel tama. Sur scène, un ballet de 37 musiciens, danseurs et chanteurs, de toutes origines et de toutes couleurs, anime le plateau au fil de tableaux à la musicalité innovante dont l’esthétique emporte et séduit.

Karin Tshidimba

Créé par le théâtre du Châtelet, en octobre 2020 à Paris, cet opéra-spectacle sera repris en 2021.

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Avec La Libre Afrique

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