dimanche, janvier 17, 2021
Ethiopie : l’armée aurait « pris le contrôle total » de Mekele
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Ethiopie : l’armée aurait « pris le contrôle total » de Mekele



Ethiopie : l’armée aurait « pris le contrôle total » de Mekele

Ethiopie : l’armée aurait « pris le contrôle total » de Mekele

Que s’est-il passé à Mekele ? Une nouvelle fois, le black-out imposé sur la région du Tigré – toutes les communications ont été coupées, les journalistes ont interdiction d’y accéder – commande la prudence.

Comme depuis le début de la guerre, déclenchée le 4 novembre, c’est le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, qui impose son récit des événements. Samedi, il a annoncé dans un communiqué posté sur Twitter que « le gouvernement fédéral [avait] maintenant pris le contrôle total de la ville de Mekele », la capitale du Tigré, marquant l’accomplissement de la « phase finale » de l’opération militaire contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Le parti armé, qui contrôle la région d’une main de fer, est ouvertement opposé au gouvernement central d’Addis-Abeba depuis que les élections législatives de cet été ont été repoussées, entraînant un allongement du mandat des députés – et du Premier ministre – jugé inconstitutionnel par le TPLF. Entre Abiy Ahmed, qui a rogné les prérogatives d’un parti naguère tout puissant en Ethiopie, et les autorités régionales de Mekele, qui ont organisé leurs propres élections en septembre, le feu couvait en réalité depuis des années. Des deux côtés, la guerre se préparait.

Celle-ci est-elle déjà terminée, comme le prétend le Premier ministre ? Un tel scénario est improbable. Dans la nuit de samedi à dimanche, plusieurs roquettes se sont abattues sur Asmara, la capitale de l’Erythrée, voisine du Tigré et considérée comme alliée d’Addis-Abeba. Même si les troupes fédérales sont effectivement entrées dans Mekele et se sont emparées de sites stratégiques, ce qui reste à confirmer, le TPLF, fort de dizaine de milliers de combattants aguerris et équipés, pourrait basculer dans une lutte de guérilla. N’est-ce pas ainsi que le mouvement armé tigréen a commencé, dans les années 70, jusqu’à renverser le régime de Mengistu Haile Mariam, en 1991 ?

Volontés de vengeance

La guerre a également réveillé des vieux démons identitaires. Des massacres à connotation ethnique ont été signalés dans le sillage des opérations militaires. L’effroyable tuerie de Mai-Kadra (plus de 600 morts civils), le 9 novembre, documentée par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, n’est certainement pas un cas isolé. Une fois le brouillard de guerre retombé dans les vallées du Tigré, la liste des victimes, et des exactions commises par les deux parties, pourrait s’allonger, et avec elle les volontés de vengeance.

A Mekele même, agglomération d’un demi-million d’habitants avant la guerre, Abiy Ahmed affirme que l’armée « mène l’opération avec la précision et le soin nécessaires […] pour s’assurer que les civils ne sont pas ciblés » et qu’elle a pris le contrôle de l’administration régionale. Le chef de l’état-major, Berhanu Jula, indique que les troupes fédérales « chassent les membres du TPLF qui se cachent ». Le leadership du TPLF, de son côté, maintient sa rhétorique guerrière : « Leur brutalité ne fait qu’ajouter à notre résolution à combattre ces envahisseurs jusqu’au dernier, a écrit samedi le dirigeant du parti, Debretsion Gebremichael, dans un message envoyé à l’agence Reuters. Il s’agit de défendre notre droit à l’autodétermination. »

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Avec La Libre Afrique

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