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Candidat malgré lui

Pour une première fois, le père aura hérité du fils. C’est le moins que l’on puisse dire. En effet, après le décès d’Amadou Gon Coulibaly (AGC) qui était, par ailleurs, le candidat déclaré du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le Président Alassane Dramane Ouattara (ADO) s’est résolu à revenir dans  la course à la présidentielle, succédant ainsi à celui qu’il appelait affectueusement son « fils ». Pourquoi alors un tel revirement de la part du président Ouattara qui, naguère, avait promis de passer le témoin à la nouvelle génération ? Le décès brutal de son dauphin peut-il justifier ce rétropédalage ? Vraisemblablement, oui ! Dans la mesure où tout porte à croire que le président ADO avait tellement misé sur AGC qu’il n’avait pas envisagé de plan B. Tant et si bien qu’il se retrouve aujourd’hui face à un vide immense que seule sa propre personne peut combler. Et les cadres du RHDP en sont conscients ; eux qui, sitôt après l’inhumation de l’ex-Premier ministre, appellent de tous leurs vœux, une nouvelle candidature de leur mentor. C’est Adama Bictogo, le ci-devant directeur exécutif du RHDP, qui avait donné le ton, estimant que face à la situation, seul ADO est « la solution ». Suivront, dans la foulée, les élus du parti (députés, sénateurs, maires) et le Premier ministre par intérim, Ahmed Bakayoko, qui estiment que le renoncement de Ouattara au pouvoir, sera la porte ouverte à l’implosion du RHDP. Et ce n’est pas faux. Car, le parti regorge tellement de jeunes loups aux dents longues et acérées, qu’il serait risqué pour ADO de faire un choix, sous peine de raviver les tensions et les clivages. Déjà, on a vu le schisme que le choix de feu AGC avait provoqué au sein du parti, qu’il ne faudrait pas en rajouter.

 

Tout porte à croire que l’on s’achemine vers un remake de 2010

 

C’est dire donc qu’ADO qui semblait pressé de faire valoir ses droits à la retraite pour, disait-il,   se reposer et se consacrer à son institut qui aura pour objectif de mettre au service de qui le voudrait, son expérience africaine et internationale, redevient candidat malgré lui. Pour certains, la Constitution adoptée en 2016, qui a remis les compteurs à zéro, le lui permet. Tout comme elle a permis à l’ex-président Henri Konan Bédié (HKB) de briguer la magistrature suprême ; la clause limitant l’âge à 75 ans ayant été sautée. Tout porte donc à croire que l’on s’achemine vers un remake de 2010 où s’étaient déjà affrontés ADO et HKB au premier tour, pour finalement se coaliser au second tour contre Laurent Gbagbo qui, élargi par la Cour pénale internationale (CPI), fait des pieds et des mains pour retourner au bercail. Y parviendra-t-il ? Rien n’est moins sûr. On attend de voir. Cela dit, s’il est vrai que la candidature d’ADO peut contribuer à souder davantage le RHDP dont beaucoup de cadres voient leur beefteak menacé,  il n’en demeure pas moins qu’elle traduit un échec du président qui n’aura pas su préparer un plan B au sein de son parti. Ce faisant, il a tout intérêt à remporter la présidentielle d’octobre prochain. Car, s’il mordait, pour ainsi dire, la poussière face à ses adversaires, il pourrait sortir de l’Histoire par la petite porte.

 

Boundi OUOBA