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Ce petit pays de grande maturité

Les électeurs malawites se sont rendus de nouveau aux urnes, le 23 juin dernier, pour désigner entre le président sortant, Peter Mutharika, et son rival, Lazarus Chakwera, celui qui va présider aux destinées du pays dans les cinq prochaines années. Pour un scrutin inédit, c’en est un car jamais le pays n’avait connu une telle situation. En effet, saisie par l’opposition, la Justice malawite avait annulé la réélection de Peter Mutharika pour cause de fraude et ordonné la reprise du scrutin et ce, bien que ce dernier eût déjà prêté serment. Une décision rarissime sous nos tropiques. Sauf erreur ou omission de notre part, de mémoire de journaliste, seul le Kenya avait repris la présidentielle de 2017 qui avait opposé Uhuru Kenyata à Raila Odinga, après son invalidation par la Cour suprême pour cause d’irrégularités. Et plus récemment les Comores. C’est dire s’il faut saluer le courage des juges malawites qui auront fait preuve d’indépendance. A travers leur décision dont la conséquence directe est la reprise de la présidentielle, ces juges auront donné la preuve que la Justice est loin d’être inféodée au pouvoir et c’est tant mieux pour la démocratie. On est d’autant plus fondé à le penser que les fraudes électorales sont légion en Afrique mais les Cours constitutionnelles et autres juridictions similaires, acquises à la cause des princes régnants, ferment les yeux sur tous ces manquements. Les dernières élections au Mali, en Guinée Conakry et au Togo pour ne citer que ces seuls cas, en sont une parfaite illustration. En tout cas, la reprise de cette présidentielle est l’expression de la vitalité de la démocratie au Malawi. C’est la preuve de l’attachement de ce petit pays de grande maturité, à la démocratie. Et c’est peu dire que malgré sa petitesse, géographiquement parlant, le pays de Joyce Banda donne de grandes leçons de démocratie au reste de l’Afrique.

Tout laisse croire que la forte participation des électeurs à ce scrutin, traduit leur volonté de renforcer la démocratie

Cela dit, il faut saluer le comportement exemplaire du peuple malawite qui aura su faire preuve de patience et de retenue. Car, sous d’autres cieux, cette reprise du scrutin aurait constitué un motif suffisant pour mettre le pays à feu et à sang. Ce d’autant que le temps mis pour reprendre les élections, soit un an, aura mis à rude épreuve le fonctionnement des institutions de la république. Cela dit, quelles garanties la Justice a-t-elle pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? Quand on sait que seuls comptent, pour les hommes politiques, leurs intérêts, on ne peut que croiser les doigts. Comme le dit un adage, « quand on veut danser dans la lumière, on doit maîtriser ses pas ». En plaçant la barre haut pour la quête de la démocratie, le Malawi n’a plus droit à l’erreur. Au-delà des institutions chargées de l’organisation du scrutin, c’est la crédibilité du pays qui est en jeu. C’est dire s’il doit mettre un point d’honneur à organiser une présidentielle transparente, équitable et dont les résultants seront acceptés de tous. La Justice a fait sa part de chemin et il a appartient désormais à chaque acteur, y compris les électeurs, de jouer sa partition. C’est la seule et unique voie pour consolider les acquis démocratiques qui valent aujourd’hui, à ce pays enclavé d’Afrique australe, des lauriers. En attendant de connaître le nom du vainqueur de cette élection, l’on peut, d’ores et déjà, saluer le calme et la sérénité qui ont prévalu lors du vote. Tout laisse croire que la forte participation des électeurs à ce scrutin, traduit leur volonté de renforcer la démocratie. Et tout le mal que l’on souhaite à ce pays de vingt millions habitants, c’est de relever ce défi.

Dabadi ZOUMBARA