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Le poisson pourrit par la tête

La présidence RD congolaise dont un rapport épingle le train de vie dispendieux, est sur la sellette. Mais elle n’est pas la seule à coûter bonbon à la République car le rapport d’exécution du budget au premier trimestre, puisque c’est de lui qu’il s’agit, révèle que les institutions, dans leur ensemble, pompent énormément de sous à la RDC qui continue, pour ainsi dire, à vivre au-dessus de ses moyens. Tant et si bien que le pays n’a de cesse de creuser son déficit, malgré les centaines de millions de dollars versés par le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale. On ne le sait que trop ; cette mauvaise santé financière n’est pas étrangère à ce qui continue de caractériser les institutions congolaises à savoir leurs effectifs pléthoriques. Et l’arrivée à la tête de l’Etat, de la fameuse alliance Tshisekedi-Kabila, n’a pas contribué à changer la donne. Car, en pareille occurrence, il faut bien récompenser politiquement tout le monde ou presque, même si cela doit engendrer une inflation des institutions. Gourmandise pour gourmandise, les députés estimant n’être pas assez bien traités, et se fondant sur la revue à la hausse des rémunérations au sein d’institutions comme la Présidence, ont réclamé que l’Etat reconsidère leur part du gâteau, à savoir une augmentation de 2000 dollars par mois, de leurs émoluments. En s’octroyant un tiers supplémentaire de ses rétributions, la Présidence donne-t-elle le bon exemple, surtout qu’elle s’était attiré bien des critiques acerbes, avec ses 54 conseillers spéciaux qui ont rang de ministres ? Il faut rappeler que la RDC compte une soixantaine de ministres, un peu moins de 500 députés et une centaine de sénateurs.

Le deal qui a favorisé l’arrivée de Tshilombo au pouvoir, fait plus de mal que de bien à son pays

Trop cher à nourrir et à entretenir pour un Etat qui doit, en plus, mobiliser des ressources pour payer régulièrement 294 agents recrutés en janvier dernier par la Présidence, mais aussi se conformer au nouveau barème revu à la hausse pour l’ensemble du personnel du cabinet du chef de l’Etat. L’adage selon lequel « le poisson pourrit par la tête » ne saurait mieux coller à cette situation.  Tout se passe, hélas, comme si la RDC pouvait s’offrir le luxe de telles dépenses alors que la pauvreté y est toujours prégnante. Combien de Congolais peuvent-ils s’offrir plus d’un repas par jour ? L’implacable et triste réalité est que ce pays a toujours mal à sa gouvernance qui continue de charrier ses scories en termes de scandales financiers en tout genre et dont le dernier en date vient d’envoyer en prison, le Directeur de cabinet du président Tshisekedi, Vital Kamerhe. Cela dit, comment réagira le président congolais à ce rapport accablant la gestion de son institution et plus globalement celle de bien d’autres institutions de la République ? Accueille-t-il favorablement la mise sur pied du collectif budgétaire constitué pour réduire de près de la moitié, les dépenses de l’Etat ? Ce comité aura-t-il toutes ses bénédictions ? En attendant, on peut faire l’amer constat que le deal qui a favorisé l’arrivée de Tshilombo au pouvoir, fait plus de mal que de bien à son pays qui va sans doute continuer à se plier à la logique de la reconnaissance du pouvoir au camp Kabila. Félix Tshisekedi est-il, dès lors, capable de sursaut ? Rien n’est moins sûr. Assurément, le dirigeant congolais est loin d’agir en homme libre. Il pourrait s’être tracé une ligne rouge à ne pas franchir, au risque de froisser l’allié Kabila et ce faisant, d’en subir toutes les conséquences politiques et sociales.

« Le Pays »