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Pitié pour les pauvres parents!

C’est, en principe, aujourd’hui, 1er juin 2020, que les élèves en classes d’examens reprendront le chemin de l’école, et ce, après plus de deux mois de vacances forcées. Si cela fait plaisir à plus d’un parent d’élève, il faut cependant reconnaître que les risques que l’année se termine en queue de poisson, ne sont pas écartés. Loin s’en faut! En effet, des organisations syndicales et pas des moindres, à savoir la F-SYNTER, le SYNAPAGER, le SYNATEB, le SYNTAS et le gouvernement ne parlent pas le même langage. Même si ces organisations syndicales n’appellent pas explicitement leurs militants à boycotter la reprise des cours, elles posent des prérequis avant toutes discussions avec le gouvernement, notamment le rétablissement préalable et sans condition des suspensions de salaires des travailleurs, le remboursement de toutes les sommes coupées, etc. Et comme pour se montrer plus menaçantes, elles ont claqué la porte lors d’une récente rencontre avec le ministre de l’Education nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN), le 29 mai dernier, soit 48 heures avant la rentrée.  C’est dire s’il ne faut pas tomber dans un optimisme béat. D’autant qu’on a le sentiment que le gouvernement et les syndicats sont dans une logique de rapport de forces. Or, tant qu’il en sera ainsi, le différend ne fera que perdurer au grand dam des élèves et parents d’élèves. Il urge donc que les partenaires sociaux se départissent de cette posture, en s’inscrivant dans une dynamique de dialogue. Cela est d’autant plus nécessaire qu’il faut, à tout prix, sauver l’école burkinabè. Et pour ce faire, chacun devrait mettre de l’eau dans son vin. Il est vrai que le gouvernement a l’obligation de réunir les conditions idoines pour achever l’année scolaire. Mais quid de la détermination des syndicats ?

L’école burkinabè se meurt à petit feu

Ils donnent parfois l’impression de trop tirer sur la corde. Sans leur dénier le droit de revendiquer de meilleures conditions de travail, les syndicats devraient se rendre à l’évidence qu’il est difficile pour le gouvernement de pouvoir répondre hic et nunc, à certaines de leurs exigences. D’autant qu’il n’est un secret pour personne que le Covid-19 est venu empirer une situation économique qui n’était déjà pas reluisante. Certains enseignants syndiqués n’hésitent pas à dire souvent qu’ils sont aussi parents d’élèves. Soit. Mais ce qu’ils ne disent pas toujours, c’est qu’ils bénéficient comme faveur liée à leur statut, de deux places gratuites pour leurs enfants, dans leurs établissements respectifs. C’est dire qu’il peut y avoir deux catégories de parents d’élèves. Alors, pitié pour ceux-là qui souffrent pour s’être bien souvent endettés pour offrir une éducation à leurs rejetons. En tout cas, à ce rythme, les syndicats risquent de s’aliéner la sympathie d’un large secteur de l’opinion nationale.  L’école burkinabè se meurt à petit feu parce que les années académiques sont, et ce, depuis quelques années, achevées à la va-vite. Et si l’on ne rompt pas avec ce cycle infernal, c’est la qualité de l’enseignement qui suscite déjà des interrogations, qui risque d’en prendre un sérieux coup. Cela dit, si au MENAPLN, la machine éducative est, tant bien que mal, en marche, il faut reconnaître qu’au niveau de l’enseignement supérieur, le risque d’une année chaotique est beaucoup plus grand. On est d’autant plus fondé à le penser que jusque-là, aucun calendrier clair de reprise des cours, n’est établi pour les nouveaux bacheliers et les étudiants qui sont en première et deuxième années. Certes, des initiatives telles que l’enseignement via l’Internet sont prises, mais force est de reconnaître que cela ne saurait remplacer l’enseignant. Quand on sait que les problèmes de connexion sont criards au pays des Hommes intègres, l’on ne peut que déplorer le sort de ces nombreux étudiants qui scrutent chaque matin, l’horizon avec anxiété, ne sachant pas à quel saint se vouer.

Dabadi ZOUMBARA