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« J’ai des appréhensions »

Il est arrivé comme un sapeur-pompier pour éteindre le feu qui consumait l’Office national d’identification (ONI) en octobre 2018. Et moins de deux ans après, Aristide Béré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a réussi à faire taire les divergences qui entravaient le bon fonctionnement de la nationale des CNIB. Mieux, cet administrateur et ex-Directeur général des affaires politiques, a apporté une kyrielle d’innovations pour améliorer le fonctionnement de l’ONI mais aussi pour booster la production des CNIB. C’est, du moins, ce qu’il nous révèle à travers cette interview qu’il nous a accordée le 17 février 2020 à son bureau à Ouagadougou. Outre ces innovations, Aristide Béré s’est prononcé sur divers autres sujets dont le coût d’établissement des passeports que d’aucuns jugent élevé, les difficultés auxquelles fait face sa structure, les opérations spéciales de délivrance de CNIB dans certaines ambassades du Burkina à l’étranger.

« Le Pays » : On sait que vous êtes arrivé à la tête de l’ONI dans un contexte de crise. Quel est aujourd’hui l’état de vos rapports avec vos partenaires sociaux en particulier et avec vos collaborateurs en général ?

Aristide Béré : Je voudrais d’abord remercier les Editions « Le Pays » qui nous offre encore une fois l’opportunité d’expliquer davantage le sens de notre action à la tête de l’Office national d’identification. C’est vrai, nous sommes arrivé à la tête de l’ONI en octobre 2018, dans un contexte relativement difficile marqué par une crise de défiance entre les parties prenantes dans le processus de production de la Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB) qui a entraîné une baisse de la production. A ce jour, après de multiples concertations avec les acteurs, notamment les syndicats et les autres agents de tous les segments de la production de la CNIB ainsi que les autres segments de l’Office, mais aussi avec les partenaires extérieurs qui participent techniquement à l’élaboration de tous les documents majeurs que nous produisons, notamment la CNIB et le passeport ordinaire, nous avons pu juguler la crise, relancer la production et ramener la sérénité dans la maison. C’est d’ailleurs le lieu pour moi de remercier l’ensemble des partenaires qui ont compris l’enjeu qu’il y avait à taire un certain nombre de divergences à l’intérieur de la maison pour aller à l’essentiel, à savoir assurer un service de qualité, un service d’identification de qualité au profit des citoyens du Burkina Faso.

Justement, de façon succincte, quelles sont les principales missions de l’ONI ?

L’Office national d’identification a reçu pour missions, conformément à ses statuts et le décret qui le créent, d’identifier tous les Burkinabè dès le berceau. Certes, de façon pratique, l’identification commence à partir de 15 ans. Mais d’une manière globale, notre mission fondamentale, c’est identifier par plusieurs canaux. Il peut s’agir de la CNIB, des cartes professionnelles, du passeport qui participent également à l’identification. Notre deuxième grosse mission, c’est la participation à la sûreté de l’Etat. En ce moment, nous assurons l’intégrité de la base de données de l’identification nationale en collaboration avec les services de sécurité et aussi en veillant à ce que les différentes expressions de besoins des services de sécurité, notamment à travers les investigations et les recherches en matière délictuelle ou criminelle, soient satisfaites. Nous participons également, par extension, à la police judiciaire parce que nous collaborons étroitement avec les tribunaux et certains ordres professionnels pour que les besoins de certification d’identité soient assurés. Nous travaillons dans la même veine avec certains services privés comme les sociétés de téléphonies mobiles, comme certains experts attitrés qui font recours à l’ONI toujours dans le domaine judiciaire pour permettre d’identifier au mieux les personnes qui sont poursuivies et d’accélérer le cours de certaines enquêtes. Voilà en gros les deux grosses missions : identification, puis de sécurisation et sûreté de l’Etat.

Quelles sont les innovations que vous avez apportées depuis votre arrivée en tant que DG de l’ONI ?

La principale innovation a consisté à doter l’ONI d’outils de pilotage qui lui manquaient comme par exemple, un manuel de procédure, les fiches d’indication des agents, la description des postes de travail, un règlement intérieur qui n’existait pas, la mise en place d’un comité mixte paritaire, l’élaboration de documents sur le conseil de discipline. Ce sont, entre autres, des outils de pilotage qui n’existaient pas que nous avons travaillé à mettre en place pour un meilleur fonctionnement du service. Nous n’avions pas non plus de document de planification à long terme. C’est pourquoi nous avons élaboré, en accord avec le Conseil d’administration, un plan de développement stratégique et institutionnel sur les trois prochaines années, qui permet de donner une visibilité à l’ONI. Toujours dans le cadre des innovations, nous avons redéployé utilement le personnel de sorte à absorber le flot de demandes qui viennent en nombre suffisant. Nous avons aussi recruté du personnel, nous avons mis sur pied des équipes qui travaillent 24 heures sur 24, de 6h à 14, de 14h à 22h et de 22h à 6h pour permettre d’absorber le flot de demandes. Le plateau technique a été complètement changé aussi bien à Ouagadougou qu’à Bobo-Dioulasso. Nous avons procédé également à l’ouverture d’un centre secondaire de passeports à Bobo-Dioulasso parce que depuis 1960, il n’y avait qu’un seul centre de production de passeports, celui de Ouagadougou. En plus, sur le plan de la déconcentration des centres de collecte, nous sommes passés de 11 à 25 centres de collecte pour la ville de Ouagadougou et de 1 à 5 pour la ville de Bobo-Dioulasso. Cela dans le souci de rapprocher au mieux les services de l’Office d’identification au plus près des citoyens. En un an, cela est, sans doute, satisfaisant mais l’effort est continu pour faire en sorte que le service soit de qualité mais aussi plus près des populations.

Pourquoi le passeport burkinabè est-il l’un des plus chers de la sous-région?

Dire qu’il est l’un des plus chers n’est peut-être pas justifié parce qu’en comparaison avec certains pays, nous constatons que le passeport burkinabè est relativement dans les mêmes canaux, un peu à l’image de la CNIB, nous sommes dans la même tendance des prix.

« La production du passeport coûte excessivement cher »

Pourquoi c’est ainsi ? Parce que la production du passeport coûte excessivement cher. D’abord, l’outillage est très coûteux, ensuite le système de production qui utilise l’internet, des documents particuliers qui n’existent pas au Burkina, le sont également. Nous importons chaque année 80 000 passeports vierges de la France pour absorber les demandes de passeports. Donc, le coût est lié à l’extranéité qui caractérise la matière première de la production du passeport dont le coût est très élevé.

Justement, le coût du passeport est passé du simple au double. Comment expliquez-vous cela ?

Avant, le passeport burkinabè n’était pas biométrique ni doté de carte à puce. Aujourd’hui, il l’est parce que certains aéroports ont besoin de pouvoir lire toutes les informations qui sont cachées dans le passeport. Cela renforce la crédibilité de notre passeport, ça crédibilise notre pays aux yeux des autres Etats. Donc, l’intégration de cette nouvelle puce-là, accompagnée d’autres éléments de sécurité beaucoup plus renforcée, a engendré un coût qui est vraiment difficile à supporter exclusivement par l’Etat.

Mais, n’y a-t-il pas lieu de revoir le coût pour tenir compte du niveau de vie des populations ?

C’est vrai que comparaison n’est pas raison, mais certains pays pratiquent des coûts plus élevés que les nôtres. Par exemple, à Bamako, au niveau du centre VIP, le prix est du simple au double, c’est-à-dire que l’amélioration de la qualité du service en matière du passeport engendre des coûts incompressibles. Et aujourd’hui, très sincèrement, on n’est pas en mesure de baisser les coûts parce que la matière première coûte excessivement cher, l’assistance technique coûte aussi cher ; l’entretien des réseaux coûte également très cher et on ne comprendra pas, par exemple, qu’on fasse une semaine sans pouvoir produire de passeports parce que nous avons des problèmes. Donc, les coûts doivent aussi être supportés par les citoyens et nous pensons que jusqu’à cette date, ce coût est relativement moyen et supportable par ceux qui veulent voyager. En tout état de cause, il faut bien comprendre que le passeport est un document de voyage. On ne cherche pas le passeport pour le posséder rien que pour le posséder. Il n’est pas de la même nature que la CNIB ; c’est quand la nécessité de voyager s’impose qu’il faut chercher le passeport. Donc, cela étant compris, nous pensons que les voyageurs burkinabè peuvent toujours se procurer le passeport à ce prix-là (ndlr 50 000 F CFA).

On sait que l’obtention de la CNIB était devenue difficile à cause d’un manque d’imprimés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous n’avons plus de problèmes d’imprimés parce que nous avons conclu un contrat sur une durée de 2 ans. En fonction de notre plan de développement stratégique, nous savons quelle est la situation des cartes qui expirent et nous savons aussi, en regardant les statistiques de l’Institut national des statistiques et de la démographie, combien de personnes atteignent l’âge de 15 ans actuellement. Donc, nous avons une fourchette d’environ 600 000 à 800 000 personnes par an. Donc, objectivement, nous sommes en mesure d’assurer une planification d’au moins sur les deux années et c’est sur cette base-là que le contrat avec la Canadian Bank Note Compagny a été conclu et qui permet une livraison en fonction du niveau d’évolution de la demande. En début d’année, par exemple, nous avons reçu 1 000 000 de cartes d’identité vierges qui nous permettent d’aller jusqu’à la moitié de l’année. Mais d’ici à mai également, nous recevrons une autre moitié même si le stock n’est pas épuisé. Aujourd’hui, un effort de planification couplé avec un effort aussi de compréhension du partenaire, permet de juguler la question liée à l’approvisionnement.

On sait que dans le cadre des élections de 2020, l’ONI a effectué des missions à l’étranger pour permettre aux Burkinabè de l’extérieur de se faire établir des CNIB. Pouvez-vous nous faire le bilan de ces opérations spéciales de délivrance de CNIB dans certaines ambassades du Burkina à l’étranger ?

Nous avons effectivement organisé des missions consulaires spéciales, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangère et de la coopération ainsi qu’avec celui de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’étranger, principalement. Nous avons parcouru 22 pays et avons pu enrôler en tout, 21800 personnes pour l’ensemble des 22 pays que nous avons sillonnés. Pour le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, nous avons fait deux missions. L’une en début d’année 2019 et l’autre en début de cette année 2020. Cette dernière mission a permis d’enrôler environ 10 000 personnes en Côte d’Ivoire. Le résultat pour nous est satisfaisant. Lorsque nous avons effectué la première mission dans ce pays, deux interprétations s’imposaient. La première était de savoir si les citoyens possédaient déjà la CNIB et le passeport ou bien ils n’en possédaient pas. Donc, c’est possible qu’ils en possèdent et que le besoin ne se fasse pas sentir. La seconde interprétation était que le citoyen ne trouve pas tout de suite l’utilité opératoire de la CNIB. Etant à étranger, l’utilité opératoire de la carte d’identité ne lui est pas imposée quotidiennement. Donc, du coup, il fallait attendre de vérifier un certain nombre de paramètres. Mais l’un dans l’autre, ces missions ont permis de régler un certain nombre de problèmes auprès des citoyens à l’étranger, de baisser la pression qui s’exerçait sur certains Burkinabè parce que certains étaient confrontés au renouvellement par exemple de leur contrat, de leur bail en raison de l’expiration de la carte d’identité ou de leur passeport. Certains étaient obligés de prendre l’avion pour venir au Burkina Faso renouveler leur CNIB ou passeport. Donc, tout cela a permis de soulager près de 22 000 personnes et nous pensons que cela n’est pas négligeable en dépit de certaines considérations.

Que répondez-vous à ceux qui lient la faible participation des Burkinabè de l’étranger à l’enrôlement biométrique de la CENI à la difficulté d’obtention de la CNIB?

Nous, nous disons que la question de la participation électorale doit être lue en regardant d’abord par le passé. De par le passé, nous avons organisé 17 élections au Burkina Faso et sur ces 17 élections, le plus fort taux de participation était de 60%. En 2015, le taux de participation était de 60%, un an plus tard, le taux de participation aux élections municipales qui sont des élections de proximité était d’environ 45%. En 2014, j’ai eu la chance de participer au processus électoral quand j’étais Directeur général des affaires politiques. Nous avons participé activement à l’enrôlement de 2014. On s’est retrouvé après toute l’échéance, à environ 550 000 personnes enrôlées au niveau du fichier de la CENI. C’est pourquoi nous disons de ne pas passionner le débat. Regardons par le passé. Est-ce que ce faible taux d’enrôlement des citoyens à l’étranger peut paraître surprenant quand on regarde par le passé ? La réponse est non. Parce qu’il y a comme une tradition qui fait que les citoyens ne s’enrôlent pas beaucoup. Nous pensons aussi que ce faible taux d’enrôlement doit être aussi lu au regard de l’actualité du Burkina Faso.

« Organiser des élections à bonne date, à échéance régulière dans un pays en proie au terrorisme et à des difficultés de cette nature, est déjà une prouesse qui doit être saluée par les acteurs politiques »

L’actualité du pays est marquée aujourd’hui principalement par le problème terroriste et les conflits communautaires. Aujourd’hui, organiser des élections à bonne date, à échéance régulière dans un pays en proie au terrorisme et à des difficultés de cette nature, est déjà une prouesse qui doit être saluée par les acteurs politiques. C’est pourquoi nous disons qu’il faut dépassionner le débat et en dépit de tout, s’assurer que les conditions de transparence, d’équité et de crédibilité du processus électoral sont réunies, notamment dans le contexte particulier que nous connaissons. Le reste me paraît surabondant et superfétatoire.

L’Opposition dit que certains citoyens du Boulkièmdé détiennent des CNIB de tierces personnes par devers eux et de ce fait, accuse le pouvoir d’organiser une fraude en perspective, de connivence avec l’ONI. Que lui répondez-vous ?

Il faut d’abord expliquer le mécanisme des enrôlements spéciaux qui sont demandés par les diverses associations et structures. Il faut préciser que dans notre procédure de traitement de ces dossiers, nous exigeons que chaque demandeur fasse une demande expresse qui est adressée à l’ONI.  Cette demande précise la localité, le nombre de personnes concernées par l’enrôlement, et éventuellement son apport. Par exemple, si la personne souhaite financer la confection de la CNI qui est de 2500 F CFA, le demandeur peut dire qu’il supporte pour 1000 personnes à raison de 2000 F CFA ou pour l’entièreté de la somme de la carte d’identité. Sur cette base, nous opérons une certaine planification des missions pour tenir compte des contraintes matérielles et logistiques, parce que ces enrôlements spéciaux ne doivent pas venir perturber le système d’enrôlement continu que nous avons mis en place de façon officielle. Une fois donc les différentes données arrêtées de concert avec le demandeur, nous déployons une équipe dans la zone et nous procédons à l’enrôlement. Il est bon de préciser que les enrôlements ne sont pas faits par une autre personne en dehors du personnel assermenté de l’ONI. Sur cette base, les données sont collectées et transmises à l’ONI pour production. Et une fois produites, les cartes repartent vers un point qui n’est autre que le point du Centre de traitement intermédiaire de données (CTID) qui est l’agent régional qui est basé dans chaque chef-lieu de région et dans chaque chef-lieu de province. Cet agent prend les CNIB ainsi faites et les retourne à l’agent collecteur photographe qui est l’agent de première ligne sur le terrain. Donc, nous ne remettons jamais des CNIB directement à qui que ce soit, en dehors du circuit de l’ONI. Il peut arriver qu’au moment de la remise comme au moment de l’enrôlement, des personnes extérieures comme des écrivains publics ou comme des élèves nous aident à distribuer très rapidement ou nous aident dans le remplissage des fiches pour qu’on aille vite. Mais c’est sans plus. Ils n’influencent pas le processus de délivrance. Ils ne sont pas en mesure de nous amener à délivrer des CNIB en dehors des conditions légales qui sont prévues ou à les distribuer en dehors du circuit officiel. C’est pour dire qu’au-delà de cette considération politique, nous essayons de transcender toutes les considérations et de satisfaire les besoins des citoyens. Parce qu’avant d’être un document de vote, la carte nationale d’identité est un document de sûreté de l’Etat, c’est un document de sécurité nationale et nous veillons à ce qu’il n’y ait aucun doute sur ce document et nous le délivrons à tous les Burkinabè qui remplissent les conditions légales. C’est dire donc que nous sommes ouverts à toutes les personnes et toutes les personnes de diverses appartenances politiques nous sollicitent. Nous avons été sollicités par des députés ou par des maires UPC (Union pour le progrès et le changement), nous leur avons donné satisfaction. Nous avons répondu favorablement à des demandes formulées par des militants du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), nous leur avons donné satisfaction. Nous avons satisfait à de demandes venant de militants du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès). Nous leur avons donné satisfaction. Il n’y a pas un préjugement de l’appartenance de quelqu’un afin d’accélérer ou de ralentir le processus de production, parce qu’une fois enrôlés, ce sont eux peut-être qui savent qui est militant et qui ne l’est pas. Nos agents ne savent pas qui est militant de qui et nous délivrons les CNIB sans aucune considération d’appartenance politique.

On dit que des personnes détiennent des cartes nationales d’identité par- devers elles. Comment expliquez-vous cette situation?

Je ne vois pas l’utilité. Personne ne peut détenir par devers lui des cartes. Si quelqu’un en détient, nous n’allons pas juger, nous demandons juste à voir. Si la preuve de matérialité de ce qui est dit est faite, nous sommes totalement ouverts. S’il y a lieu de rectifier le tir, s’il y a des complétudes à certains niveaux, nous sommes d’accord pour réviser nos procédures. Mais nous ne sommes pas au courant de personnes qui détiendraient des cartes par- devers elles. Pour en faire quoi d’ailleurs ? Comme vous le savez, la carte d’identité est personnalisée. Si vous détenez une carte d’identité appartenant à quelqu’un d’autre, vous ne pouvez pas vous enrôler avec. Vous ne pouvez pas effectuer une opération bancaire avec. Vous ne vous pouvez rien faire avec parce que c’est personnalisé. Donc, il n’y a même pas d’utilité à détenir la carte d’identité d’une autre personne. Mais, nous sommes ouverts. Nous ne sommes pas fermés. Si effectivement, ils ont constaté des choses que nous n’avons pas, par nous-mêmes, constatées, nous souhaitons simplement que les preuves soient établies et s’il y a lieu pour nous de rectifier le tir, nous le rectifions sans difficultés.  Quelles sont les difficultés auxquelles l’ONI fait face ?N La principale difficulté de l’ONI est liée au nombre limité de centres de production. Les récriminations qui sont portées aujourd’hui contre l’Office national d’identification, sont dues au délai de délivrance de la carte d’identité. La principale difficulté est due au fait que nous n’avons que deux centres de production à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Le centre de Ouagadougou prend neuf régions, celui de Bobo-Dioulasso 4 régions. Ce qui est énorme par rapport au nombre de demandes à saisir par jour. Du coup, la principale difficulté, c’est de pouvoir délivrer à temps des cartes nationales d’identité aux citoyens. C’est pourquoi nous avons entamé la réflexion pour avoir des centres de production à l’intérieur du pays. Parce que chez nous, le problème n’est pas lié à la capacité de production intrinsèquement considérée parce que si les demandes sont là, nous sommes capables de les traiter mais encore faut-il qu’elles arrivent dans un court délai. Imaginons une demande qui va quitter Batiébougou pour venir jusqu’à Ouagadougou, une demande qui va quitter Nako dans le Sud-Ouest pour venir jusqu’à Bobo-Dioulasso, une demande qui va quitter Barani pour arriver à Bobo-Dioulasso, une demande qui va quitter Djibo, Thiou ou Diguel pour arriver à Ouagadougou, etc., cela engendre nécessairement un temps fou en terme de délai de route. C’est pourquoi la réflexion est engagée pour que des centres de production secondaires soient construits en régions, pour faire en sorte que la carte nationale d’identité soit produite dans les régions. Et l’objectif qui nous a été fixé cette année, c’est de faire en sorte que les centres de production de Fada N’Gourma, Kaya, Dédougou, Ouahigouya et Gaoua soient opérationnels avant la fin de l’année, pour que les citoyens puissent avoir la carte d’identité à temps.

Quels sont vos autres projets pour les années à venir ?

Justement, nos projets, c’est de construire ces centres de production dans les régions. L’optimum, c’est d’aller vers une région, un centre de production. L’optimum aussi, c’est d’aller vers la déconcentration du service du passeport. A ce niveau, la réflexion est également en cours et la déconcentration du service des passeports devra se faire à deux niveaux, à savoir aux niveaux national et international. Au niveau national, le centre de Bobo-Dioulasso est déjà opérationnel et la réflexion est en cours pour voir comment poursuivre cette déconcentration au niveau national. Vous vous rendez compte que durant les festivités du 11-Décembre à Tenkodogo, nous avons enrôlé 70 personnes qui avaient besoin du passeport. Ces personnes sont restées chez elles, n’ont pas dépensé beaucoup d’argent pour venir s’enrôler à Ouagadougou. Cela montre que le besoin existe et qu’il faut poursuivre la réflexion. La déconcentration devrait aussi se faire au profit de nos compatriotes à l’étranger pour faire en sorte que le passeport puisse se faire à Paris, à New-York ou à Djeddah pour éviter que le citoyen soit toujours obligé de venir à Ouagadougou pour se faire établir un passeport. C’est vrai qu’il y a un système d’enrôlement papier qui existe, mais cela engendre aussi des lenteurs qu’il faut travailler à corriger. Nous comptons aussi, dans les années à venir, développer le e-service, faire en sorte que l’authenticité de la carte nationale d’identité puisse être vérifiée partout où besoin sera par les services d’investigation et de recherche, par les banques, les établissements financiers, les notaires, etc., pour que si quelqu’un vous tend une carte, que vous puissiez l’authentifier automatiquement. Imaginons que quelqu’un se présente à un guichet de banque et qu’on doute de la fiabilité de sa CNIB. Quel moyen vous est offert pour l’authentifier? Aucun. Donc, il faut arriver à faire en sorte que la carte nationale d’identité serve au-delà des considérations sécuritaires ou électorales.

D’aucuns disent que l’ONI est une boîte à sous. Que leur répondez-vous ?

C’est totalement une fausse impression. En réalité, l’ONI n’est pas aussi nantie que cela. Nous n’avons peut-être même pas le dixième du budget de certains établissements publics ou de certaines sociétés d’Etat. Nous vivons exclusivement des recettes des CNIB et même pas encore des recettes des passeports qui sont reversées au niveau du budget de l’Etat. Donc, sincèrement, je ne le sens pas. N’eût été la franche collaboration que nous avons avec la Direction générale de la police nationale, qui abrite aujourd’hui nos centres de collectes, nous serions dans des difficultés. Les 374 points de collecte qui sont sur le territoire national sont quasiment logés dans les commissariats de police. Si l’ONI devrait s’autonomiser de ces centres, construire ses propres centres de collecte, les entretenir, les équiper, payer ses factures d’eau et d’électricité, on n’en serait pas là. C’est peut-être une fausse impression de croire que l’ONI est une boîte à sous. Mais c’est toujours bon à prendre (rires).

Avez-vous des appréhensions par rapport aux élections de 2020?

Pour ce qui concerne les documents de votation comme la CNIB ou le passeport, notre défi, c’est de faire en sorte que tout citoyen qui désire avoir un de ces documents-là, puisse l’avoir au plus tard le soir du 21 novembre pour pouvoir voter le matin du 22 novembre 2020. Donc, nous travaillons à renouveler toutes les cartes nationales d’identité et en établir de nouvelles pour toute personne qui en ferait la demande. Mais, il faut que tout le processus électoral soit empreint d’une certaine sérénité, surtout dans le contexte actuel où le pays est en proie à certaines difficultés telles que les attaques terroristes. J’ai des appréhensions, parce qu’il y a des zones difficiles d’accès même en temps normal a fortiori dans ce contexte un peu difficile, mais nous avons foi en la capacité de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de pouvoir déployer des équipes sur le terrain et pouvoir tenir les élections. C’est un objectif, c’est même un impératif parce qu’il y va de la crédibilité de notre pays. Je voudrais dire aux citoyens d’avoir un œil attentif sur leur CNI, d’abord en terme d’entretien parce que la carte dure dix ans et si elle n’est pas bien entretenue, elle peut se détériorer plus vite que prévu. Ensuite, sur la date de validité, parce qu’aujourd’hui, nous constatons que beaucoup de citoyens sont surpris de la date d’expiration de leur carte d’identité. C’est une fois arrivés en banque ou au poste de contrôle de police ou de gendarmerie, que certains se rendent comptent que leur carte d’identité est expirée et qu’il faut la renouveler. Donc, j’invite tous les citoyens à prêter une attention beaucoup plus soutenue à la date d’expiration de leur carte d’identité. En tout état de cause, le gouvernement a autorisé un renouvellement par anticipation d’une carte d’identité nationale. Même si votre carte d’identité expire le 20 décembre 2020, déjà en février, vous pouvez procéder à son renouvellement.

Propos recueillis par Dabadi ZOUMBARA