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Le dernier des pharaons s’en est allé

Il était considéré comme le dernier pharaon d’Egypte. Mais il vient de tirer sa révérence à l’âge de 91 ans. Hosni Moubarak, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était pourtant en liberté conditionnelle. Né le 4 mai 1928, dans le delta du Nil, il a dirigé l’Egypte d’une main de fer pendant près de trois décennies et ce, jusqu’à sa chute le 25 janvier 2011. C’est à partir de cette date d’ailleurs que la descente aux enfers a commencé pour celui-là dont on dit que le parcours dans l’armée fut «sans faute » et qui se serait bien illustré pendant la guerre du Kippour en 1973. Reclus après sa chute à la station balnéaire de Charmel Cheick avec sa famille, Hosni Moubarak sera transféré au Caire pour y être jugé. Condamné, dans un premier temps, à la prison à perpétuité, l’ex-raïs sera, on ne sait trop pour quelle raison, libéré par la Cour de cassation qui avait ordonné la tenue d’un nouveau procès. C’est ainsi qu’en novembre 2014, Moubarak a été blanchi à la surprise des insurgés qui réclamaient justice pour les huit cent cinquante manifestants tués au cours de la révolte égyptienne. Tout se passait, en effet, comme si l’armée qui avait repris fermement les rênes du pouvoir, se montrait magnanime vis-à-vis de l’ex-président tant et si bien que Moubarak avait fini par être définitivement acquitté en 2017 pour les accusations de meurtre de manifestants et pour détournement de fonds publics pour lequel il avait écopé de trois ans de prison ferme.

C’est au creux de la vague que celui qui a dirigé le pays le plus peuplé du monde arabe, a quitté ce monde

Le pouvoir étant ainsi fait que quand on le perd, on ne dispose plus d’aucune marge de manœuvre, Hosni Moubarak faisait l’objet d’autres poursuites judiciaires et était dans l’attente de son procès. C’est dire donc que c’est au creux de la vague que celui qui a dirigé le pays le plus peuplé du monde arabe, a quitté ce monde, tant il aura vu des vertes et des pas mûres. Rappelons qu’avant sa chute, Hosni Moubarak que d’aucuns surnommaient « l’ami américain », du fait du soutien dont il bénéficiait des Etats-Unis à titre de récompense directe des Accords de Camp David, a échappé à six tentatives d’assassinat, ourdies par ses adversaires dont les plus redoutables étaient les Frères musulmans. Ces derniers, faut-il le rappeler, avaient pris leur revanche sur l’histoire en accédant au pouvoir après la chute de l’ex-raïs. Mais la joie n’aura été que de courte durée puisque très vite, l’armée, avec à sa tète Al-Sissi, a repris le contrôle de l’appareil d’Etat et n’a pas hésité à envoyer le leader des Frères musulmans, Mohamed Morsi, derrière les barreaux. Malade, ce dernier a fini par passer de vie à trépas, exacerbant ainsi les tensions entre l’armée et la confrérie musulmane qui, finalement, a été dissoute. En tout cas, au bilan, on peut dire que l’Egypte, après le règne de Moubarak, ne s’en porte pas mieux, tant les crises se succèdent les unes aux autres, liées au système de gestion actuelle basée sur l’une des dictatures les plus féroces du continent.

Boundi OUOBA