A l’avant-veille des législatives, la peur règne au Cameroun anglophone
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A l’avant-veille des législatives, la peur règne au Cameroun anglophone


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A l’avant-veille des législatives, la peur règne au Cameroun anglophone

A l’avant-veille des législatives, la peur règne au Cameroun anglophone

Rideaux de fer baissés, habitants cloîtrés et patrouilles de soldats armés jusqu’aux dents: à Buea, dans l’ouest anglophone du Cameroun où une rébellion séparatiste sévit, la peur domine à l’avant-veille des législatives.

« Chacun est chez soi ! », témoigne un fonctionnaire qui ne veut pas donner son nom et s’empresse de rentrer chez lui. Sur des kilomètres, il n’y a pas âme qui vive.

Portes et volets des maisons sont inhabituellement fermés et les habitants ont déserté les jolies cours fleuries qu’ils apprécient tant d’ordinaire. Commerces et marchés sont quasiment vides. Toute la ville semble pétrifiée.

« c’est la peur des représailles », confie à l’AFP Derrick Mbua, un chauffeur de taxi.

Les séparatistes et l’armée s’affrontent dans des combats meurtriers depuis près de 3 ans dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, peuplées par la minorité anglophone camerounaise.

Les rebelles ont imposé des journées villes mortes dès jeudi. Leur objectif: empêcher les gens d’aller voter pour les élections législatives et municipales dimanche, que le parti du président Paul Biya, au pouvoir depuis 37 ans, est assuré de remporter haut la main.

-Plus de 3.000 morts-

Ce conflit a déjà fait plus de 3.000 morts en trois ans et forcé près de 700.000 personnes à fuir. L’un des deux principaux partis d’opposition, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a appelé au boycott en invoquant notamment l’insécurité en zones anglophones.

« La situation est tendue. Cette nuit, nous avons entendu des coups de feu », témoignait jeudi Blaise, un habitant qui refuse de livrer son nom.

Ces trois dernières semaines, en plus des exactions ordinaires des séparatistes et des militaires, un employé de la commission électorale a été kidnappé, un local de l’institution incendié, tout comme la maison d’un candidat, rapporte l’ONG Human Is Right (HIS), basée à Buea.

Un convoi d’une équipe de campagne du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a été mitraillé dans le Nord-Ouest par des séparatistes qui ont blessé cinq personnes.

Les deux régions comptent 4 millions d’habitants sur les 23 millions de Camerounais très majoritairement francophones. A la présidentielle de 2018, en plein conflit, seuls 15% des électeurs inscrits dans le Sud-Ouest ont voté et à peine 5% dans le Nord-Ouest.

Yaoundé, qui assure que le scrutin se tiendra sans heurts au Cameroun anglophone, y a dépêché des centaines de soldats en renfort.

Dans Buea déserte, de nombreux barrages de la police et de l’armée jalonnent la route bitumée qui grimpe vers le Mont Cameroun et des commandos cagoulés patrouillent sur des véhicules armés de mitrailleuses ou à bord de blindés.

Seul le RDPC ose mener campagne, mais timidement.

Derrière des militaires armés jusqu’aux dents, quelques centaines de militants ont écouté jeudi le Premier ministre Joseph Dion Ngute, en meeting à Buea.

Il a assuré que le pouvoir avait entendu les revendications des « anglophones » en accordant un statut spécial à ces deux régions meurtries par ce conflit, autrefois colonies britanniques quand le reste de l’actuel Cameroun était français.

-Civils pris en tenailles –

Depuis des années, les anglophones s’estiment lésés par rapport aux francophones dans ce pays où anglais et français sont les langues officielles.

Après des mois de manifestations d’avocats et d’enseignants réprimées férocement par le pouvoir, des séparatistes ont pris les armes fin 2017. Depuis, les combats sont quotidiens et les civils, pris en tenailles, sont victimes de crimes commis par les deux camps, selon les ONG internationales.

Les indépendantistes rejettent de récentes et tardives propositions d’autonomie par Yaoundé dans des domaines non régaliens.

« Il va falloir attendre que cela se traduise dans la vie quotidienne pour que les gens se déconnectent des sécessionnistes », estime cependant James Fotabong, un entrepreneur de Buea.

Fatigués, les habitants n’ont pas le coeur à élire des représentants qui n’ont jamais réussi à ramener la paix chez eux.

« Je n’irai pas voter », confie Francis Mukwele, gérant d’un pressing. « Et je ne peux pas imaginer que les gens aillent voter ici à Buea », ajoute le commerçant. « Je ne sais même plus où j’ai rangé ma carte d’électeur », lâche-t-il.

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Avec La Libre Afrique

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