RDC : Dissolution, bras de fer ou poker menteur ?
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RDC : Dissolution, bras de fer ou poker menteur ?

RDC : Dissolution, bras de fer ou poker menteur ?

Le président congolais menace de dissoudre l’Assemblée nationale. Une annonce faite loin de Kinshasa. Au pays, les proches de Kabila, qui ont la majorité dans la chambre basse, évoquent la menace d’une destitution.

À quelques jours du premier anniversaire de sa prestation de serment en tant que 5e président de la République démocratique du Congo/Zaïre, Félix Tshisekedi a-t-il allumé définitivement la mèche de la discorde avec son prédécesseur qui l’a assis à la magistrature suprême ?
Lors de son déplacement à Londres, le week-end dernier, dans la foulée de son passage par le Vatican lors duquel il a été reçu “chaleureusement” par le pape François (un entretien très différent de celui qui s’était déroulé en avril 2016 entre le Souverain pontife et Joseph Kabila) Félix Tshisekedi a lancé qu’il pourrait sanctionner les ministres qui refusent d’appliquer ses ordonnances, avant de laisser planer la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale où le Front commun pour le Congo (plateforme politique de Joseph Kabila) dispose d’une majorité plus qu’absolue.
Une sortie devant un parterre de supporters et qui a été accueillie par une salve de vivats.
Ce mardi 21 janvier, vu l’ampleur prise par cette déclaration présidentielle, la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, a pris la parole devant la presse congolaise pour mettre les choses au point. Mme Mabunda a rappelé l’article 148 de la Constitution qui évoque le scénario d’une destitution de l’Assemblée nationale en cas de “crise persistante entre le gouvernement et l’Assemblée nationale, le président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale”.
https://afrique.lalibre.be/34797/rdc-mise-au-point-de-felix-tshisekedi/
Pour la présidente de la chambre basse, Tshisekedi ne peut donc dissoudre l’Assemblée nationale sans la consulter, elle, son collègue du Sénat, Alexis Thambwe, et le Premier ministre. Un trio installé à ces places stratégiques par Joseph Kabila. Et si Tshisekedi était tenté par la dissolution sans consulter ces trois “interlocuteurs”, la dame brandit l’article 165 de la Constitution qui parle ni plus ni moins de “trahison” et de la destitution du président de la République en cas de viol intentionnel de la Constitution.
Dans le registre, “tu me menaces, je te menace”, on peut difficilement faire mieux.
Consulter… rien d’autre
Tshisekedi est-il donc complètement otage de ce trio kabiliste ? “La Constitution est claire, il s’agit pour le président de la République de consulter. Le texte ne dit pas qu’il est tenu par cette consultation”, explique Frédéric Bola, juriste congolais installé en Belgique. Quant à la notion de crise persistante entre l’Assemblée nationale et le gouvernement évoquée dans la Constitution et citée par Jeanine Mabunda, elle est “appréciée par le chef de l’État, conformément à l’article 69 de la Constitution”, poursuit-il. Si Félix Tshiseseki peut s’affranchir de ces deux points, il demeure tenu d’obtenir le contreseing du Premier ministre pour dissoudre la chambre basse. Et là, jusqu’ici, ça coince. Sa réaction sur Twitter ne semble guère augurer d’un rapprochement des points de vue avec le Président… du moins pour l’instant.
Menace à répétition
Cette sortie musclée de Félix Tshisekedi en rappelle une précédente, faite lors de son premier voyage en dehors du continent africain, en avril 2019, aux États-Unis. À cette occasion, portée par une administration américaine qui lui déroulait le tapis rouge, tout en ne lui ouvrant quand même pas les portes de la Maison-Blanche, Félix Tshisekedi avait annoncé son intention de “déboulonner » le “régime tyrannique” de Joseph Kabila.
Une déclaration saluée par ses hôtes mais sans lendemain. De retour au pays, le président et son prédécesseur s’étaient rapidement entretenus et tout “malentendu” semblait levé.
https://afrique.lalibre.be/34759/rdc-tshisekedi-se-fait-crosser-par-la-kabilie/
Pression internationale
Neuf mois plus tard, Félix Tshisekedi, de nouveau loin de ses terres et de la Kabilie, qui demeure le vrai détenteur du pouvoir en RDC avec une majorité absolue dans les deux chambres et la quasi-totalité des 26 gouverneurs du pays, remet le couvert et précise sa pensée. Depuis son installation sur le siège présidentiel, avec l’aval muet de certaines grandes nations et la frustration de certains voisins, beaucoup rappellent régulièrement l’alinéa 2 de l’article 148 de la Constitution qui prévaut qu’“aucune dissolution ne peut avoir lieu dans l’année qui suit les élections”. Laissant ainsi entendre que Félix Tshisekedi devra agir dès que ce délai sera écoulé. “Beaucoup ont accepté la situation post-électorale comme un moindre mal. Il s’agissait d’éviter un bain de sang, d’éloigner Kabila du pouvoir, d’installer quelqu’un d’autre afin de pouvoir envisager ce que l’on pourrait appeler un coup d’État constitutionnel”, expliquait voici quelques semaines un homme politique africain.
Une explication qui prend une toute autre saveur à la lumière du calendrier et de la dernière sortie en date d’un Félix Tshisekedi qui se propose de modifier l’ordre actuellement établi sans enfreindre la Constitution.
Pression et visite locales
Les tenants du pouvoir kabiliste n’ont pas perdu de vue ce calendrier. “La tension est palpable. La confiance nettement moins”, s’amuse un habitué du pouvoir en RDC. À tel point que Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe ont rendu visite, à la demande du président honoraire, à Félix Tshisekedi à la veille de son départ pour l’Europe. Ils ont croisé dans l’antichambre du palais le cardinal Ambongo, cheville ouvrière de la visite du président congolais au Vatican. Après une longue attente, ils ont pu s’entretenir avec le président pour le mettre en garde. “Ne faites pas d’erreur. Vous voulez dissoudre mais il n’y a pas de crise entre l’Assemblée nationale et le gouvernement”, lui ont-ils expliqué en substance, avant de poursuivre : “Si vous le faites, c’est vous qui serez poursuivi pour trahison” et d’évoquer la destitution.
Le Premier ministre au centre du jeu
En fait, cette tension entre les deux camps qui ont dû se partager le pouvoir en RDC met en lumière le rôle central que pourrait être amené à jouer le Premier ministre Sylvestre Ilunga. Un septuagénaire sans grande envergure dont pourrait dépendre l’avenir de la Kabilie. C’est lui qui pourrait être amené à contresigner l’ordonnance de dissolution de l’Assemblée. C’est lui aussi qui pourrait susciter et alimenter la crise entre l’exécutif et l’Assemblée nationale. L’article 146 de la Constitution prévoit en effet : “Le Premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager devant l’Assemblée nationale la responsabilité du gouvernement sur son programme, sur une déclaration de politique générale ou sur le vote d’un texte.” Si les deux premiers points sont passés sans souci, il pourrait présenter un projet de loi “imbuvable” pour la majorité qui provoquerait LA crise entre l’exécutif et l’Assemblée nationale…
https://afrique.lalibre.be/40797/rdcongo-sylvestre-ilunga-la-force-tranquille-ou-la-force-dinertie/
À moins, bien sûr, que de retour au pays, Félix Tshisekedi se contente de retourner chez son prédécesseur pour une nouvelle négociation, lui qui a dû se “contenter” de la présidence mais sans les autres artifices du pouvoir.

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Avec La Libre Afrique

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