A la uneDialogue intérieur

La série noire continue au Burkina Faso.  10 à 70 morts, selon les sources. Tel serait  le bilan macabre de la dernière incursion meurtrière des forces du mal dans le Nord du Burkina. Selon des témoignages, ce samedi 24 janvier, les assaillants, avant de passer à l’acte, auraient fait le tri entre femmes et hommes et même contrôlé  les pièces d’identité, comme s’ils recherchaient une catégorie bien précise de personnes. La question que tout le monde se pose après cet énième massacre de populations civiles, est la suivante : que cache cette nouvelle stratégie des Hommes armés non identifiés (HANI)  qui nous attaquent ?

Ces massacres à grande échelle des populations peuvent d’abord être interprétées comme des actions de représailles face à la montée en puissance des Forces de défense et de sécurité (FDS) burkinabè. L’on a, en effet, en mémoire que les dernières tentatives des terroristes de s’attaquer à des garnisons militaires burkinabè, se sont soldées par des échecs cuisants qui ont laissé sur le carreau bien des combattants fanatisés.

En désespoir de cause, les groupes armés s’en prennent aux   civils

L’exemple le plus illustratif est l’attaque du poste avancé d’Arbinda où plus de 80 assaillants avaient trouvé la mort. L’on pourrait penser donc qu’en désespoir de cause, les groupes armés s’en prennent aux   civils qu’ils soupçonnent de fournir des informations aux forces armées nationales.

Une autre explication de ces massacres serait que les bandes armées qui sont à la recherche d’un territoire, travaillent à vider la zone sahélienne, plus précisément le Soum, de ses habitants. Elles créeraient ainsi à leur profit un corridor où elles pourraient s’adonner à toutes sortes de trafics illicites qui, on le sait, constituent l’une des mamelles nourricières du terrorisme dans la bande sahélo-saharienne.

Par ailleurs, dans ce changement de stratégie des groupes terroristes, l’on ne peut occulter l’ambition à peine dissimulée d’asphyxier l’économie de la zone. En effet, après avoir perturbé le bon déroulement de la saison pluvieuse en réduisant les activités champêtres à la portion congrue  et scié l’essor de l’élevage par des rapts de troupeaux entiers, ils s’attaquent aux marchés qui sont les points névralgiques des échanges entre producteurs et entre les villes et les campagnes.

Une autre explication et pas des moindres, au regard du modus operandi qui a consisté à épargner les femmes,  est qu’il n’est pas exclu que les terroristes ambitionnent de se créer des harems de femmes en vue de les réduire en  esclaves sexuelles. La pratique est monnaie courante dans ce milieu avec les enlèvements fréquents de femmes dont nous ont rendu coutumiers, par exemple, les combattants de Boko Haram au Nigeria. Plus près de nous, l’on se rappelle que les FDS burkinabè étaient intervenues dans le Loroum pour libérer plus d’une vingtaine de femmes qui avaient été enlevées et réduites en esclaves sexuelles.

Enfin, ce massacre d’hommes pourrait être mis en parallèle avec le recrutement annoncé par le gouvernement, de volontaires pour appuyer les FDS. En tout cas, les terroristes chercheraient à dissuader les populations de s’engager dans cet enrôlement volontaire qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Il faut que les stratèges militaires anticipent les mutations possibles des stratégies des forces du mal

Cela dit, quelles que soient les visées de ces massacres à grande échelle des populations civiles, la certitude est désormais définitivement établie que ces groupes terroristes ne combattent pas au nom d’Allah comme ils le font croire ; tant ils tuent indistinctement musulmans et adeptes d’autres religions. Sans risque de se tromper, l’on peut dire que ceux qui attaquent le Burkina Faso, sont des hordes de criminels sans foi ni loi qui veulent créer un chaos favorable au développement de toutes sortes de contrebandes.

Comment arrêter cette course folle à l’abîme que nous imposent ces hommes qui ont vendu leur âme au diable ?   Telle est la question qui se pose. L’unanimité est faite qu’il faut   une thérapie de choc. Et celle-ci doit commencer par l’armée burkinabè qui doit prendre pleinement conscience que sa vocation première n’est pas de se protéger mais de protéger les populations civiles. Elle  se doit donc d’être proactive en augmentant ses moyens de surveillance du territoire et en augmentant et réadaptant ses capacités de mobilité pour désorganiser les stratégies de l’adversaire et l’empêcher d’agir. Pour ce dernier massacre en date, l’on peut d’ailleurs se demander pourquoi les FDS ne sont pas intervenues alors que l’alerte avait été donnée que le village était assiégé depuis plusieurs jours.

Une autre solution serait que les populations s’organisent elles-mêmes pour sécuriser les marchés. En mettant en place un dispositif d’alerte et de riposte en attendant qu’interviennent les FDS, elles pourraient ainsi amoindrir les bilans de ces exécutions et  donner du temps  aux couches les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, de se mettre à l’abri.

Mais au-delà de ces actions sur le terrain, il faut surtout que les stratèges militaires au niveau national, anticipent, par la réflexion, les mutations possibles des stratégies des forces du mal pour mieux les prévenir car, tout laisse croire que celles-ci peuvent aller dans tous les sens et sans limites. En tout cas, faute d’une thérapie de choc, il faut craindre le chaos au Burkina, comme on le voit en Afghanistan.

 

« Le Pays »