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Maintes fois rejetée, la demande de liberté provisoire de l’ex-chef de la junte malienne et ses co-accusés, a été finalement agréée. Ainsi donc, le capitaine Amadou Haya Sanogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, et une quinzaine de ses compagnons d’armes dans les liens de la détention depuis plus de deux ans, ont été remis en liberté. Accusés d’avoir ordonné l’assassinat de 21 Bérets rouges retrouvés dans une fosse commune en 2013, les tombeurs d’Amadou Toumani Touré (ATT) doivent attendre le jugement au fond de cette affaire qui, non seulement avait provoqué colère et indignation, mais aussi a contribué à fragiliser l’armée gagnée désormais par la méfiance. La liberté provisoire de Sanogo, faut-il le rappeler, intervient au moment où les autorités maliennes, de guerre lasse, annoncent des négociations avec des groupes armés, en l’occurrence Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa. Faut-il y voir une volonté de Bamako de s’inscrire dans une logique d’apaisement en mettant à contribution toutes les intelligences dans la perspective d’un retour de la paix ? Cela y ressemble fort.

D’autant que le procès de Sanogo revêt pour beaucoup, une dimension politique comme l’ont, naguère, relevé les syndicats des magistrats du Mali, qui, dans un communiqué, dénonçaient l’intrusion sans cesse du pouvoir exécutif. Si fait que prévu pour s’ouvrir en début janvier courant, ce procès, sur décision du pouvoir, a été reporté sine die jusqu’à ce qu’intervienne cette décision de la chambre d’accusation de la Cour d’appel du Mali. S’achemine-t-on donc vers un classement sans suite du dossier au nom de la concorde et de la réconciliation nationales ? Difficile pour l’instant de répondre à cette question.

Sanogo et ses hommes ont été  à l’origine de tous les malheurs que vit aujourd’hui le Mali

Pour le moins, on sait que du côté des parents des victimes, la libération de Sanogo et compagnie provoque colère et incompréhension au point que certains n’hésitent pas à parler de prime à l’impunité. Ont-ils vraiment tort ? Assurément, non ! Car, voilà des soldats qui ont tué et massacré leurs frères d’armes pour des raisons bassement égoïstes et égotistes et qui, finalement, pourraient profiter de la situation de crise que vit le Mali, dont on oublie parfois qu’ils ont été les auteurs. Rappelons que tout a commencé le 22 mars 2012, lorsque des soldats mutins du camp de Kati, en l’occurrence des Bérets verts, ont perpétré un coup de force contre le président ATT qui était à trois mois de la fin de son mandat et prêt à faire valoir ses droits à la retraite. La suite, on la connaît. Les forces armées maliennes ayant passé le temps à se combattre pour le leadership, notamment entre Bérets verts et Bérets rouges, les terroristes ont profité de la situation pour mettre sous coupe réglée le septentrion du Mali avant d’en être chassés plus tard grâce à l’intervention des troupes françaises. C’est dire donc que Sanogo et ses hommes ont été  à l’origine de tous les malheurs que vit aujourd’hui le Mali.

 

B.O