lundi, juillet 6, 2020
Kemi Seba, de pharaon à gourou anti-français
Afrique

Kemi Seba, de pharaon à gourou anti-français



Kemi Seba, de pharaon à gourou anti-français

Kemi Seba, de pharaon à gourou anti-français

Par Marie-France Cros.

L’activiste franco-béninois Kemi Seba est une figure montante en Afrique de l’Ouest depuis qu’il a brûlé publiquement un billet de 5000 F CFA (7,5 euros) en 2017 à Dakar pour dénoncer le “colonialisme” français. La décision de réformer cette monnaie, récemment annoncée par la France et les pays utilisateurs de la région, donne à Kemi Seba une aura de visionnaire que son passé est loin de confirmer.

Né à Strasbourg, en 1981, Stellio Gilles Robert Capochichi s’était fait connaître en avril 2005 lorsqu’il avait organisé à Paris, à la tête de son “organisation politico-mystique” la Tribu KA, un meeting où les “leucodermes” (blancs) et “hyksos” (juifs) étaient interdits; seuls les “kémites” (noirs) étaient admis.

Cette discrimination poussa son ami Dieudonné M’Bala M’Bala à prendre ses distances: métis franco-camerounais, l’humoriste appréciait peu les propos de la Tribu KA sur le métissage, “une infection de plus parmi le large panel des procédés utilisés pour l’anéantissement du peuple kémite”.

Grande manif anti-française ce vendredi à Bamako

Nation of Islam

A 18 ans, Capochichi était entré dans la section française de l’organisation noire américaine Nation of Islam, pour en ressortir bientôt: l’islam, pensait-il désormais, “fait partie de la matrice semito-centriste” (sic) qui opprime les noirs. A 22 ans, en 2003, il fonde donc le Parti kémite (de “Kemet”, l’Egypte ancienne) avec un camarade, avant de le trouver trop peu “radical” et de créer en 2004 la Tribu KA, sous sa seule autorité, en gardant les références à l’Egypte de pacotille du Parti kémite.

A l’instar de Nation of Islam, l’activiste assure que les pharaons étaient tous des noirs et refute ainsi l’étude de la momie de Ramsès II effectuée en 1976 par le Musée de l’Homme à Paris, qui le décrit comme un blanc à cheveux roux et au profil d’aigle: “Tout le monde sait” que le Musée de l’homme “a falsifié” l’étude. “Tout le monde sait que lorsque les égyptologues viennent en Egypte faire des prélèvements ADN sur certaines momies, la logique d’utiliser des colorants ou des marqueurs de dépigmentation leur permet de raconter n’importe quoi”. (Novopress 11-6-2006)

Selon Capochichi, désormais rebaptisé Kemi Seba (traduisible, selon lui, par “l’Etoile noire” ou “la sagesse kémite”) , la Tribu KA (pour « Kemet Aton »), dont il est le “fara” (pharaon) est “un ordre afrocentrique d’hommes et de femmes noirs s’appuyant sur la spiritualité monothéiste africaine, à savoir le culte d’Aton, et qui n’a que pour seul et unique objectif de remettre le peuple dit “noir” là où il aurait dû être, c’est-à-dire à la tête de l’humanité” (interview à Kamayiti).

Appui à Youssouf Fofana

En janvier 2006 est enlevé à Paris, en vue d’extorsion, le jeune Ilan Halimi, supposé riche parce que juif; il succombera à trois semaines de tortures par un “Gang des Barbares” dirigé par un petit délinquant franco-ivoirien, Youssouf Fofana. Le drame fournit à Semi Keba l’occasion de menacer des organisations communautaires juives: “Que notre frère soit coupable ou pas, nous vous prévenons que si d’aventure il vous prenait l’envie d’effleurer ne serait-ce qu’un seul des cheveux du frère, au lieu de lui laisser un procès équitable, nous nous occuperons avec soin des papillotes de vos rabbins”. Fofana sera arrêté le 22 février 2006 en Côte-d’Ivoire, extradé et condamné à la réclusion à perpétuité en 2009 à Paris.

Dissolutions et recréations

La Tribu Ka, qui semble n’avoir jamais regroupé plus d’une centaine de personnes, est dissoute le 29 juillet 2006 par décret du gouvernement français pour avoir provoqué des incidents antisémites le 28 mai à Paris; Kemi Seba promet “des réactions sanglantes” mais se contente de créer “GSK” (Génération Kemi Seba).

En février 2007, il est condamné à cinq mois de prison, dont deux fermes, pour menaces de mort contre le directeur de la Sécurité publique d’Indre-et-Loire. En juin, à six mois avec sursis pour provocation à la haine raciale. En 2008 à 6 mois, dont deux fermes, pour reconstitution de ligue dissoute – ce qui ne le décourage pas puisqu’en 2009 un nouveau décret gouvernemental dissout “Jeunesse Kemi Seba”, considérée comme une milice privée.

Toujours aussi peu suivi, Kemi Seba finit par jeter l’éponge et migrer en Afrique, abandonnant son délire égyptien au profit d’un mouvement “Urgences panafricanistes ». Vivant au Sénégal depuis 2011 comme “chroniqueur politique”, il en est expulsé en septembre 2017, après l’épisode du billet brûlé. Il s’installe alors au Bénin de ses pères, financé, selon ses dires, par “bon nombre de footballeurs africains qui sont des amis”.

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Avec La Libre Afrique

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