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Attention à ne pas tuer l’intérêt du public !  

Créé en 1956 par le journal français France Football, le Ballon d’Or est une récompense attribuée au meilleur joueur de football de l’année. L’Anglais Stanley Matthews a été le premier à inscrire son nom au palmarès de cette cérémonie de récompense dont la notoriété est allée aussi grandissante que la longévité, en 64 éditions. Mais depuis 2008, les cérémonies se suivent et se ressemblent, avec un mano à mano entre l’Argentin Lionel Messi et le Portugais Cristiano Ronaldo qui ont chacun à son actif, cinq trophées. Seul le Croate Luka Modric mettra temporairement fin, en 2018, à une décennie de domination de ce duo hors pair, en montant sur la plus haute marche du podium pour ses performances avec son club, le Real Madrid, triple vainqueur successif de la Champions League européenne de football en 2016, 2017 et 2018. Modric a aussi été finaliste de la Coupe du monde de football avec son pays, la Croatie, en 2018, en Russie. Le 2 décembre dernier, Lionel Messi a décroché son sixième trophée du genre, devenant ainsi le joueur le plus capé de l’histoire du Ballon d’Or.

 

A force de toujours récompenser les mêmes, le Ballon d’or finira par être ennuyant

 

Mais les choses n’ont pas été aussi simples pour la pépite du FC Barcelone. Car, pour attendu, le verdict officiel du Ballon d’Or 2019 l’était par les amoureux du football qui se comptent par millions sur les cinq continents. Et si le suspense est pratiquement demeuré jusqu’au bout, le verdict, sans remettre en cause le talent du vainqueur, est loin de faire l’unanimité.  Et c’est peu de dire que c’est la mort dans l’âme que les Africains ont vu le trophée filer entre les doigts de Sadio Mané qui paraissait, à leurs yeux, le mieux placé pour décrocher le Saint Graal, au regard de ses performances tout au long de l’année écoulée.  En effet, l’attaquant sénégalais de Liverpool a non seulement fait preuve de constance dans ses performances aussi bien en club qu’en équipe nationale, mais il aussi été décisif dans les résultats de ces équipes. Vainqueur de la prestigieuse Champions League européenne des clubs, finaliste de la Coupe d’Afrique des Nations, on se demande encore ce qui a manqué au Natif de Sédhiou pour  échouer si près du but. Surtout que du haut de son impressionnante carrière, la star du FC Barcelone  ne présentait qu’une carte de champion d’Espagne, humilié en demi-finale de la Champions League par le Liverpool d’un certain Sadio Mané, après une remontada de 4 buts à 0 qui a réduit à néant les 3 à 0 du match aller en faveur du club catalan. En Copa America, le natif de Rosario en Argentine échouera une nouvelle fois avec son équipe, éliminé en demi-finale par le Brésil. C’est pourquoi il y a lieu de croire que pour cette édition 2019, c’est plus le critère de la carrière d’ensemble qui a prévalu sur les performances de l’année. Mais attention à ne pas tuer l’intérêt du public car, à force de toujours récompenser les mêmes, le  Ballon d’or finira par être ennuyant. Et si Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont indiscutablement les meilleurs de leur génération,  sur les performances de l’année sportive écoulée, ce ne serait pas un scandale si Sadio Mané était promu vainqueur. Au contraire, après tout ce qu’il a pu montrer de son talent sur les terrains d’Afrique et d’ailleurs, le Sénégalais méritait certainement mieux.

Sadio Mané restera aux yeux de nombreux Africains voire au-delà, le joueur de l’année 2019

 

Pour sûr, l’attribution de ce Ballon d’Or 2019 laissera des traces. Surtout en raison  des nombreuses frustrations tant au sein des amoureux du ballon rond que des premiers acteurs que sont les joueurs eux-mêmes. Et l’on peut comprendre l’amertume des supporters africains qui peuvent  finalement avoir le sentiment que leurs joueurs ne sont pas jugés sur les mêmes critères que les autres et que pour prétendre finalement au Ballon d’Or, les joueurs africains doivent montrer deux fois plus de talents que leurs collègues européens ou  sud-américains. A ce rythme, le Ballon d’Or risque de perdre de sa crédibilité voire de son intérêt pour un certain public, notamment africain,  qui ne sent pas toujours que ses représentants sont appréciés à leur juste valeur.  Surtout que depuis le Libérien George Weah en 1995, aucun joueur du continent n’a été jugé digne de soulever le prestigieux trophée. Or, de Samuel Eto’o et Didier Drogba à Sadio Mané et Mohamed Salah en passant, entre autres, par Jay Jay Okocha, Yaya Touré et on en oublie, Dieu seul sait ce que les Africains ont pu vivre comme frustrations en voyant les leurs échouer à chaque fois au pied du podium. Si dans la forme, cela n’enlève rien au talent de ces joueurs,  un trophée majeur comme le Ballon d’Or sera toujours un plus dans la carrière d’un brillant footballeur africain.  En tout état de cause, Messi a beau être considéré comme le roi de la planète foot, Sadio Mané restera aux yeux de nombreux Africains voire au-delà, le joueur de l’année 2019.

« Le Pays »