Déplacés internes du Centre : Un drame humanitaire en cours
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Déplacés internes du Centre : Un drame humanitaire en cours


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Déplacés internes du Centre : Un drame humanitaire en cours

Ahmadou CISSE

Envoyé spécial

Mopti, 10 novembre (AMAP) Depuis deux ans, les sévices sociaux de l’Etat assiste, impuissants, à un déplacement massif de populations fuyant la guerre et l’humiliation dans la Centre du Mali. Derrière, elles ont laissé leur terroir. Elles ont abandonné leurs champs et leur bétail. Certains d’entre eux sont tués et enterrés sur place. Mais tous n’ont pas cette chance. Plusieurs ont péri dans le feu, brûlés. Les souvenirs des attaques meurtrières sont encore vivaces dans les esprits des déplacés.

A Sévaré, derrière l’Institut de formation des maitres (IFM), se trouve le stade de football construit en 2002 à la faveur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) pour les séances d’entraînement des équipes participantes basées à Mopti. Après l’euphorie de l’organisation de cette compétition continentale, rien ne prédestinait ce site sportif à l’accueil d’infortunés. C’est justement sur ce terrain qu’un camp de déplacés a poussé. Des tentes démontables à perte de vue. Hommes, femmes et enfants entassés dans un espace à peine aménagé pour accueillir des gens en détresse. De leur vie de chez eux, ils sont, désormais, réduits à tendre la sébile.

A 46 ans, Oumar Barry est le chef d’un clan de plusieurs familles. Il possédait des troupeaux de moutons et de bœufs. Ce qui est un signe apparent de richesse et de noblesse dans le milieu pastoral. Il a quitté, nuitamment, Bandiagara, depuis 6 mois, pour se réfugier dans le camp. Avant l’enlisement du Centre dans la crise qui s’est, quelque peu, déplacée du Septentrion, il vivait au milieu des siens, une vie de paisible rural avec ses deux bergères. Lui, faisait du commerce tandis que ses autres frères entretenaient les troupeaux.

Il y a six mois, le malheur s’est abattu sur sa famille. Dans les villages et hameaux, les rumeurs lui parviennent qu’une extermination des Peulhs est en cours. Les mauvaises langues crient au génocide.  Un mot lourd de sens qui rappelle le Rwanda, l’Ouganda, la République démocratique du Congo (RDC), la Tanzanie, l ;Arménie… et la Shoah. Mais le discours politique rassure : il n’en est rien. C’est donc du terrorisme est non un génocide en gestation.

Oumar rompt le silence. Les deux mains posées sur la tête. Le regard fuyant et désolé. Les yeux hébétés. Des souvenirs atroces se bousculent dans sa tête. Il revit une tuerie qui a, heureusement, épargné sa famille de 36 membres, majoritairement composée d’enfants. Une partie de son clan n’a pas eu la même chance. Plusieurs ont péri, fauchés par les projectiles d’assaillants tirant sur tout ce qui bouge à Ogossagou. « J’ai perdu des parents, tués par des bandits armés. Pour mettre ma famille à l’abri, j’ai pris la lourde décision de quitter le pays Dogon », explique timidement Oumar, sous la grande tente blanche que le HCR a mise à leur disposition. Le sort leur a été cruel. « C’est un fait de Dieu » se console-t-il.

PLUS de 2500 MENAGES PRIS EN CHARGE– Quand on lui demande où est passé son troupeau, il secoue la tête et dit d’un ton mélancolique que « les animaux ont été volés ». Lui et plusieurs milliers d’autres sont, désormais, dépendants de l’assistance d’organisations internationales comme le Programme alimentaire mondial (PAM) qui offre des vivres à  2663 ménages.

Selon le directeur régional du développement social, Bacary Bengaly, ils sont 11 228 ménages, totalisant 61 567 personnes recensées, à la date du 1er novembre 2019. L’exercice continue. Tous les jours, de nouveaux arrivants sont déclarés. Tous ne peuvent être logés sur les sites. Certains occupent des bâtiments inachevés. Ceux qui ont plus de chance vivent chez l’habitant.

M. Bengaly précise que dans la seule ville de Mopti, ses services connaissent 14 880 déplacés répartis entre 2781 ménages venus de différents cercles de la Région.

Oumar est physiquement affaibli. Son cousin qui vient de prier « asr » est plus mince. La tente est presque vide. Seule une moto et quelques ustensiles de cuisine y sont arrangés. Le temps des vaches maigres. Dehors, des femmes font la sieste. Un peu plus loin. quelques jeunes filles pilent du mil pour la bouillie du soir. Les enfants eux, s’amusent, loin des soucis des adultes. A une dizaine de mètres, de nouvelles tentes sont dressées. Cette fois, de couleur bleue. « De nouvelles vagues sont attendues », assure Oumar.

Le directeur régional du développement social a, lui aussi, prévenu que la crise mobilisera encore des populations. La gestion des crises, c’est son métier. Celle de ces dernières années dépasse ses prévisions. « En tant que service public, notre rôle est de les accueillir et en connaître le nombre pour agir. Mes équipes sont sur le terrain tous les jours pour mettre à jour notre fichier. Les informations sont partagées avec nos partenaires pour les dispositions idoines à prendre. Les premiers soutiens viennent de nous. Pour le long terme, nos partenaires prennent le relai », explique le directeur régional, confortablement installé dans ses bureaux nouvellement construits.

En plus du couvert et du gîte, si l’on ose dire, l’Etat met à disposition une sommaire équipe médicale. Les maladies sont fréquentes dans cet environnement singulier. Confort suprême pour un déplacé, le site est éclairé par un équipement solaire. Dans l’attente d’un lendemain meilleur, les déplacés du Centre prient pour le retour de la paix. Leur nouvelle vie leur est imposée. Pire, l’horizon reste pour le moment obscurci. En attendant de jours plus heureux.

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Avec AMAP

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