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Le verdict est connu d’avance

Huit mois ! C’est la durée du séjour de l’opposant camerounais, Moïse Kamto, dans les geôles du président Paul Biya et cela, tenez-vous bien, sans procès. Ecroué aux lendemains de la présidentielle avec pour seul tort de s’être proclamé vainqueur, c’est aujourd’hui qu’en principe, s’ouvre à Yaoundé, son procès. Le challenger malheureux du chef de l’Etat comparaît devant un tribunal militaire pour « insurrection, hostilité contre la patrie et rébellion », en compagnie de plusieurs dizaines de ses alliés et partisans. Ils risquent tous la même peine. Et parmi les preuves que brandit le parquet, il y a le saccage des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin, attribué à des groupuscules à la solde de l’opposant Kamto. Si l’on peut comprendre la paranoïa qui habite le sénile président Paul Biya du fait de son addiction maladive au pouvoir, l’on ne peut que regretter cette instrumentalisation de la Justice qui se met au service d’un dictateur pour embastiller un pauvre opposant. Dans ce procès dont le verdict est connu avant même que l’accusé ne soit entendu, la posture des juges camerounais est comparable à celle d’un homme qui, après avoir terrassé la victime, offre le couteau au bourreau afin qu’il lui tranche la tête. Et comble de sadisme, si dans quelques années, le régime tombe, il s’en trouvera parmi eux des lâches  pour dire, à qui veut  les entendre, qu’ils n’avaient pas les mains libres.

 

Moïse Kamto peut tirer de son martyr, de réels et légitimes motifs de satisfaction

 

Tout aussi coupable que les magistrats  qui vendent leur âme au diable, sont les intellectuels camerounais qui pérorent à longueur de journée sur les plateaux des médias internationaux sur la situation politique des autres pays et sont si prompts à donner des leçons, tout en  se refusant de balayer devant leur propre porte. Cela dit, quelle que soit l’issue de cette mascarade de procès, Moïse Kamto peut tirer de son martyr, de réels et légitimes motifs de satisfaction. Car son sacrifice n’est pas vain. La postérité, sans nul doute, saura lui rendre hommage. Mais une chose, en tout cas, est certaine : le régime lui offre, par cette parodie de justice, une publicité qu’il saura monnayer quand viendra le moment. Déjà, les résultats de cette publicité sont perceptibles dans la posture adoptée par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme et les puissances occidentales qui exigent simplement et purement sa libération.Quant aux Camerounais qui dorment dans l’illusion d’un douillet cocon en refusant de se battre pour la libération de leur compatriote dont le seul tort est d’avoir voulu leur proposer une alternative politique, leur réveil sera des plus douloureux. Car c’est une règle de la nature qui veut que les longs règnes finissent toujours dans le chaos.

SAHO