Yakutsk, Fédération de Russie : Discours du Prof. Ibrahim ALBALAWI
À LA UNEFrance

Yakutsk, Fédération de Russie : Discours du Prof. Ibrahim ALBALAWI

Dans le cadre de ses activités, l’Ambassadeur, Délégué Permanent du Royaume d’Arabie Saoudite auprès de l’UNESCO, le Prof. Ibrahim ALBALAWI a pris part les 1-5 juillet 2019, à Yakutsk (Fédération de Russie), à une conférence internationale ayant pour thème : ” Préservation des langues et développement de la diversité linguistique dans le cyberespace : contexte, politiques, pratiques”
Yakutsk, Fédération de Russie : Discours du Prof. Ibrahim ALBALAWIProf. Ibrahim ALBALAWI Ambassadeur, Délégué permanent du Royaume d’Arabie Saoudite auprès de l’UNESCO, Docteur en sociolinguistique, rédacteur en chef de la revue scientifique Synergies Monde Arabe et professeur des universités à l’Université du Roi Saoud à Riyad.

Discours du Prof. Ibrahim ALBALAWI

Les langues ne se réduisent pas à leur fonction de communication. Elles expriment des cultures et des identités, constituent des repères de ressemblance et de différenciation. Leur rôle de marqueurs culturels entraîne des tensions identitaires entre les groupes et les communautés. Ces tensions sont liées au contexte social. Les sociolinguistes les qualifient de « conflits de langues » ou de « guerre des langues ».

Le titre du thème qu’il nous est proposé de traiter à l’occasion de cette conférence nous incite à voir en quoi le cyberespace est-il un outil pour développer des contenus sur les langues et promouvoir leur diversité. Pour ce faire, il faudrait réfléchir en même temps aux contenus sur les langues dans le cyberespace, à la manière de les construire et au sens à leur donner.

Deux questions sont essentielles à ce propos :
1) Le cyberespace étant virtuel, comme articuler ses contenus avec l’espace réel qu’est l’espace social, celui-ci étant le lieu véritable de socialisation ?
2) Comment faire en sorte que le cyberespace, concernant les langues, les cultures et les identités, ne se réduise à un lieu de cumulation de données sur celles-ci ? Autrement dit, de quelle manière faudrait-il construire ces contenus pour en faire des outils d’éducation à l’altérité, une articulation fondamentale de la pluralité ?

L’objet de cette intervention est de montrer en quoi le cyberespace est un atout important pour préserver les langues et promouvoir la diversité linguistique, à travers un processus éducatif qui éduque à l’altérité. Une éducation qui assure un accès de qualité à l’information qui articule le virtuel et le réel. Articulation qui doit faire de la diversité un enjeu pour construire des valeurs communes, à travers une dynamique recherche-action qui entretient une pédagogie de l’interculturalité pour renforcer la cohésion sociale et bâtir un futur partagé dans le monde.

Intégrer de façon décisive l’accès au cyberespace dans le processus éducatif est indispensable dans le monde fragmenté d’aujourd’hui où les sociétés se morcellent. Morcellement conséquent aux bouleversements liés aux nouvelles technologies qui perturbent les repères éducatifs traditionnels. Cependant, si les technologies impactent fortement la société, elles constituent aussi des solutions quand elles sont utilisées à bon escient. D’où l’impératif de lier l’éducation à l’usage des technologies à l’éducation à l’altérité pour cimenter la société, notamment en éduquant à la diversité des langues et cultures, éléments fondamentaux de la construction sociale.

L’essor formidable, devenu banal, des nouvelles technologies et de l’Internet, laisserait croire que les contenus des langues se développent de manière construite et pertinente dans le cyberespace. Or, une telle construction ne va pas de soi et l’on devrait constamment avoir cette donne à l’esprit et se poser en filigrane de ce qu’on fait la question suivante : est-ce que les contenus sur les langues dans le cyberespace favorisent des connexions et des interactions entre elles qui construisent l’altérité ? Est-ce que le cyberespace favorise des espaces multilingues communs qui construisent l’interculturalité, nourrissent le dialogue des cultures, stimulent le rapprochement des identités et renforcent les valeurs partagées ?

Un constat de l’UNESCO alerte que « la grande fracture linguistique présente aujourd’hui dans le cyberespace » 1 risque d’accentuer « la fracture numérique déjà existante ». L’Organisation considère « la diversité culturelle et le multilinguisme sur Internet » comme des « points d’ancrage pour établir des sociétés du savoir pluralistes, équitables, ouvertes et accessibles à tous ». Si l’on veut consolider l’éduction à l’altérité et construire des sociétés inclusives et durables, il faudrait renforcer la diversité linguistique dans le cyberespace, car, comme le stipule l’UNESCO, « la possibilité d’utiliser sa langue sur Internet va déterminer le degré d’implication de chacun dans les sociétés du savoir émergente »

Dans le document « Le cyberespace : chance et défi pour les langues » 2 , présenté par Daniel PRADO et le réseau MAAYA, un schéma représente une comparaison entre le niveau de répartition des internautes et le niveau de la diversité linguistique. Il montre, par exemple, qu’en Asie de l’Est l’écart est significatif entre la répartition des internautes, qui est élevée, et la diversité linguistique, qui est faible. En Afrique, la comparaison montre l’inverse : il y a une diversité linguistique forte mais une répartition des internautes beaucoup moins élevée. En revanche, les courbes du schéma montrent qu’en Amérique latine le taux de répartition des internautes et le degré de diversité linguistique se croisent. Or, L’UNESCO considère « qu’il existe une forte corrélation entre la présence des langues sur Internet et la diversité des langues au sein d’un pays » 3

Il faudrait donc travailler à faire du cyberespace un reflet véritable de la diversité linguistique là où les écarts sont significatifs. Ainsi peut être garanti l’accès universel à « un internet multilingue » qui crée des espaces d’expression aux langues, aux cultures et aux identités, en construisant l’altérité.

Mais le cyberespace est un univers virtuel. Ce n’est pas un espace social, de socialisation des individus. C’est la raison pour laquelle les contenus liés aux langues doivent avoir un objectif d’éducation à l’altérité. Le cyberespace ne peut être efficace que si le virtuel est en interaction avec le réel.

Faisant partie du quotidien, Internet devient un geste banal, un réflexe. D’où la nécessité de le construire par l’éducation, car un geste non construit devient un problème social. S’il est réfléchi et construit, cet outil, par l’accès qu’il offre au monde, permet de construire l’altérité et de promouvoir l’idée de l’universalité qui, tout en reconnaissant les spécificité linguistiques, culturelles et identitaires, construit des valeurs communes.

Vivre dans un monde pluriel ne va de soi. Il requiert une éducation à la variété et à la pluralité à travers une altérité qui met du sens et de la cohérence dans les différentes socialisations dont fait l’objet l’individu, comme pourrait le dire le sociologue Bernard Lahire1 . Les éléments qui permettent une construction cohérente du monde sont les langues, éléments fondamentaux de compréhension et d’expression de la réalité, qu’Internet impacte continuellement de façons multiples et imprévisibles. Déterminer l’altérité en construisant la diversité linguistique permet de donner une cohérente à la réalité et empêcher qu’elle ne se dissipe dans la virtualité, surtout que l’Intelligence artificielle laisse présager des conséquences pour l’instant imprévisibles sur la société future.

Dans ce contexte, développer un cyberespace où s’exprime la diversité des langues et cultures, c’est faire de la diversité un socle commun de compétences et de culture pour éduquer à l’altérité, préserver la cohésion de la société et du monde. Or, la diversité linguistique dans le cyberespace connait des insuffisances en matière de contenus qui éduquent à une altérité universelle tout en promouvant la diversité linguistique.

Cependant, l’idée fait peu à peu son chemin. Différentes conférences ont été organisées sur le thème. En novembre 2015 s’est tenue la Conférence sur le « Multilinguisme dans le Cyberespace, Conférence internationale sur les Langues Indigènes pour l’Emancipation ». En octobre 2012 s’est tenu le 3 ème Symposium international sur le multilinguisme dans le cyberespace ». En juillet 2014 a été organisée à Iakoutsk la troisième conférence internationale sur la diversité linguistique et culturelle dans le cyberespace », après la seconde conférence qui avait eu lieu en juillet 2011 sur « la Diversité culturelle et linguistique dans le cyberespace », et la première qui s’était tenue en 2008, année internationale des langues.

Une réflexion et une expertise se construisent donc au fil du temps, depuis la recommandation de l’UNESCO de 2003, concernant le développement des langues et de la diversité culturelle et linguistique dans le cyberespace. Bien qu’un peu long, le chemin parcouru est important.

Il s’agit à présent de voir comment progresser et dans quel sens, en articulant la réflexion et l’action, notamment en mettant en œuvre les instruments à disposition, comme le cadre des indicateurs de l’UNESCO sur l’universalité de l’Internet1 qui s’appuie sur l’étude de l’UNESCO sur les « clés pour la promotion de sociétés du savoir inclusives », et sur l’expérience de l’UNESCO concernant les Indicateurs de développement des médias (IDM), adoptés dans le cadre du Programme international pour le développement de la communication (PIDC) en 2008 » 2 . Le projet des indicateurs de l’universalité de l’Internet 3 stipule que « la disponibilité du contenu dans des langues utilisées par la population locale est également essentielle à la valeur de l’accès Internet, notamment pour les locuteurs de langues minoritaires ».

Dans ce cadre, le texte de la recommandation de l’UNESCO de 2003, sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace, avait défini le cyberespace comme un « monde virtuel rendu accessible grâce aux communications numériques ou électroniques reposant sur l’infrastructure mondiale de l’information ».

Cependant, le problème essentiel demeure : comme articuler le virtuel et le réel ? La réflexion doit nourrir l’action et, inversement, l’action doit continuellement stimuler la réflexion. C’est la condition indispensable à toute progression en matière de recherche et de production du savoir pour développer une société de la connaissance, inclusive et durable.

La question est donc, pour le rappeler, comment, dans le cyberespace, préserver les langues, développer la diversité linguistique, en promouvant la pluralité par une éducation à l’altérité universelle? Il va sans dire que le cyberespace est un outil déterminant pour accompagner la transformation sociale, la théoriser à travers la recherche scientifique et la concrétiser dans l’action publique.

A ce stade de cette réflexion, il serait opportun de s’interroger sur le niveau de progression atteint en matière d’action pour assurer l’accès à l’information et de mise en œuvre de la recommandation d’octobre 2003 sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace1 . La recommandation vise notamment, dans son article 1., Alinéa 1, à « atténuer les obstacles linguistiques » et, dans l’alinéa 2 du même article, le « renforcement des capacités de production de contenus locaux et autochtones sur l’Internet », puis, dans l’alinéa 3, d’assurer « la survie des langues dans le cyberespace en vue de promouvoir l’enseignement des langues, y compris les langues maternelles, dans le cyberespace ».

Au sein du Comité directeur de l’Année internationale des langues autochtones 2019, nous réfléchissons aux actions permettant de promouvoir, de valoriser et d’inclure les langues autochtones dans la marche du monde. Le site dédié par l’UNESCO à cet événement peut être pérennisé. Cette plateforme assure aux langues et aux cultures autochtones un espace d’expression en visant les objectifs de l’ONU et de l’UNESCO, en matière d’éducation, de culture, de recherche, pour construire des sociétés inclusives, consolider le dialogue des cultures, l’interaction des identités, assurer l’entente entre les peuples, la stabilité et la paix. C’est une opportunité pour renforcer la mise en œuvre des indicateurs de l’universalité de l’Internet, la Convention de 2003 sur le multilinguisme et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

En effet, même si le site consacré aux langues autochtones est dédié spécifiquement à celles-ci, il ne leur est pas exclusif. Il a certes pour but de disséminer l’information et les connaissances sur ces langues, et sensibiliser à leur situation critique dans le monde, mais il a aussi une dimension universaliste. Défendre et promouvoir les langues autochtones se fait aussi en interaction avec les autres langues, cultures et identités.

Le cyberespace est évidemment aussi un outil puissant pour disséminer la recherche scientifique sur les langues et la diversité linguistique, pour développer des réseaux, et pour diffuser efficacement les appels à contribution aux projets de recherche, les publications. Le cyberespace permet d’informer immédiatement sur les financements, sur les bourses d’études, sur les voyages des jeunes, etc.

Le cyberespace permet de diffuser et de partager les savoirs linguistiques entre les communautés scientifiques et entre les étudiants, tout en permettant à toutes les langues de véhiculer le savoir à travers ses locuteurs internautes. Ce qui encourage à renforcer la recherche sur les langues et les échanges entre les universités. Afin d’appréhender les objets d’études et les phénomènes d’un monde de plus en plus complexe, il est nécessaire de développer les savoirs interdisciplinaires. Pour répondre au défi d’explication et de compréhension du monde, et afin d’être concrets et précis, les contenus concernant les langues devraient en effet être conçus et traités de façon interdisciplinaire. Un fait de langue peut ainsi être éclairé d’un point de vue linguistique, culturel, identitaire, social, etc.

Le cyberespace assure la sauvegarde des données qui sont immédiatement disponibles, et rend visible leur traduction dans les pratiques sociales. Il permet par exemple en matière de santé, comme le montre Patricia HUDELSON, de connaitre les caractéristiques de la population soignée, ses pratiques traditionnelles, la manière dont les facteurs sociaux et culturels affectent la santé, agissent sur les habitudes.

Les services sociaux ont besoin des données culturelles et linguistiques précises, pertinentes et actualisées et disponibles dans le cyberespace, avec la forte mobilité des individus et des populations dans le monde, notamment des migrants et des réfugiés, qui rend la réponse aux besoins et attentes souvent urgente.

Les contenus sur les langues et cultures sont déterminants pour accueillir, communiquer, inclure et intégrer des populations aux niveaux économique, social et citoyen. Les langues sont des vecteurs de développement, d’inclusion sociale et d’intégration, surtout quand il s’agit de populations éloignées des centres d’activités économiques et sociales, de banlieues et de migrants.

Par ailleurs, étant donné l’engouement des jeunes pour l’Internet et les outils technologiques, le cyberespace permet de cibler plus efficacement ce public et lui fournir, à l’école et à travers les activités associatives, des moyens pour échanger avec les jeunes d’autres pays. Ils peuvent ainsi échanger sur leurs langues, leurs cultures, leurs identités, raconter leur vie quotidienne, dire leur vision du monde. Ainsi peuvent être animés de façon pédagogique des échanges culturels, notamment à l’occasion événements sportifs mondiaux comme les jeux olympiques, la coupe du monde de football, etc.

Mais le cyberespace ne saurait faire l’objet d’une approche éducative véritable qu’à l’école qui permet de lier le savoir savant et l’éducation. L’éducation scolaire est le processus de base par lequel peuvent être articulés le virtuel et le réel, étant donné qu’il dote les individus en compétences pour vivre en société. Les contenus du cyberespace sur les langues peuvent donc être articulés avec la réalité sociale par l’Objectif 4 des Objectifs du développement durable, l’éducation étant le vecteur principal pour mettre en œuvre, de façon transversale, les autres ODD.

En même temps, l’Internet étant devenu un moyen de communication omniprésent, notamment chez les jeunes, cette articulation doit évidemment se faire aussi par les médias. L’école doit accentuer l’éducation aux médias pour assurer un accès équitable à l’information et une éducation de qualité qui permet à chacun d’être formé, de se former et d’acquérir les moyens pour trouver sa place et évoluer dans le monde.

Le cyberespace facilite la diffusion des contenus pédagogiques et l’échange entre les établissements scolaires à travers le monde, et permet à chacun l’accès autonome aux connaissances.

Afin d’augmenter le degré de leur pertinence et de leur efficacité, il est judicieux de relier entre les différents contenus sur les langues. Ainsi, en étant transversaux, ils suscitent chez leurs locuteurs des réflexes interculturels et des comparaisons constructives qui familiarisent à la présence de l’Autre et habituent à la différence.

Cette approche est encore plus pertinente en classe et dans les médias, comme par exemple les programmes de radio destinés aux jeunes, rendus très accessibles par l’Internet. Les radios sont des outils qui permettent par exemple aux langues autochtones et de l’immigration des espaces d’expression dans la société. Susciter la curiosité chez les jeunes incite à atténuer l’indifférence envers les autres, permet d’inculquer l’idée qu’en apprenant sur les autres on apprend sur soi-même. Puis, comprendre l’autre signifie comprendre le monde et faire face en commun aux défis de l’humanité.

Comme y invite l’UNESCO, l’un des objectifs essentiels du cyberespace est de former à la diversité linguistique et au multilinguisme. Or, s’il n’est pas expliqué et assimilé, le multiculturalisme est perçu, avec la mondialisation, comme une menace pour les identités culturelles et génère des attitudes de radicalité, de rejet et de violence. Les termes de plurilinguisme, de multilinguisme et de multiculturalisme, sont des concepts qui ne sont pas toujours lisibles et accessibles à tout le monde. Renvoyant à la multitude, ils peuvent prêter à confusion, générer des malentendus et susciter un sentiment de perte de l’identité. D’où la nécessité d’un cyberespace constructeur d’une altérité intégrant la diversité pour que la multitude soit comprise comme une variété, non comme une menace pour l’identité.

Le Rapport préliminaire sur le Projet de Recommandation relative aux ressources éducatives libres (Réf. : CL/4273, avril 2019), invite, dans son point 24, parmi les cinq domaines stratégiques visés par le Plan d’action de Ljubljana sur les REL 2017, à « prendre en compte les questions linguistiques et culturelles ».

En définissant le champ d’application, le Projet de Recommandation précise que « les technologies d’information et de la communication (TIC) peuvent grandement faciliter un accès efficace, équitable et inclusif aux REL », « notamment personnes handicapées ou issues de groupes marginalisés ou défavorisés ». Il précise des « enjeux essentiels », comme « celui de la promotion du multilinguisme et celui de l’accès des personnes handicapées aux REL ». Dans son point (III)- b, le Projet de Recommandation invite à « créer des REL dans les langues locales, en particulier dans les langues autochtones, qui sont moins utilisées et pour lesquelles les ressources sont rares ».

L’énonciation de tous ces enjeux prend soudain une dimension plus importante, à en devenir alarmante, lorsque nous nous rappelons du constat dressé par la Déclaration de Bruxelles, suite à la Réunion mondiale sur l’éducation 2018. Ce constat montre qu’« en dépit de quelques progrès obtenus à l’échelle mondiale, nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre les cibles de l’ODD4 d’ici 2030. Il y a toujours 750 millions de jeunes et d’adultes qui ne sont pas alphabétisés, dont deux tiers sont des femmes, et 252 millions d’enfants et de jeunes ne fréquentent pas l’école ».

En même temps il faudrait constamment avoir à l’esprit que beaucoup de langues maternelles ne sont pas des langues de scolarisation, et que l’adaptation à l’apprentissage scolaire peut très bien être effectuée, de façon transitoire, dans des langues locales et autochtones, préparant à la scolarité en créant un lien avec la langue de la scolarisation, de manière à fournir aux enfants des langues autochtones une adaptation scolaire de qualité.

Nous comprenons combien l’enjeu est crucial en lisant le point 1 du constat de la Déclaration de Bruxelles sur l’éducation : « « la moitié des enfants d’âge préscolaire ne participe pas à des programmes éducatifs de la petite enfance, malgré l’importance de ces programmes pour la santé, l’équité et leur apprentissage futur. Il n’y a que la moitié des adolescents et des jeunes qui achève l’école et leur apprentissage à l’école secondaire, seulement 18% dans les pays à revenu faible – et 1% des filles les plus pauvres »

Ce défi peut être en partie relevé grâce aux REL, à travers le cyberespace, par des contenus pédagogiques utilisables lors d’un enseignement en présentiel ou à distance. Cet accès permet de dispenser l’enseignement partout et à tout moment, comme l’y invite d’ailleurs le Projet de Recommandation relatives aux REL : en classe, pendant le temps périscolaire, à distance. Ce qui facilite l’accès à un public en difficulté, à un public adulte, en alphabétisation, en formation permanente, etc.

En somme, les contenus sur les langues et la diversité linguistique dans le cyberespace devraient donc articuler le virtuel et le réel, en œuvrant à la construction de l’altérité à travers les pratiques scolaires. Le but est de construire des identités constructives face aux identités destructrices conséquentes à l’instrumentalisation identitaire qui, de nos jours, génère des dérives menaçant les sociétés et la paix.

Cela nécessite l’édification et le renforcement de systèmes éducatifs performants, étant donné que la mise en œuvre de l’ODD 4 est le biais principal qui permet d’articuler efficacement le cyberespace et la société, à travers un processus éducatif qui va de l’école primaire à l’enseignement supérieur. L’école doit être à l’image de la société qu’elle contribue fortement à construire. Elle devrait tenir compte de la diversité et construire un tissu social qui correspond à la réalité de la société.

Il faudrait donc élaborer des contenus sur les langues du monde dans le cyberespace en les inscrivant dans une approche éducative à l’altérité, ce qui permet à la fois de les préserver et de construire l’interculturalité et la citoyenneté mondiale.

 

Prof. Ibrahim ALBALAWI
Ambassadeur, Délégué permanent du Royaume d’Arabie Saoudite auprès de l’UNESCO,
Docteur en sociolinguistique,
Rédacteur en chef de la revue scientifique Synergies Monde Arabe et professeur des universités à l’Université du Roi Saoud à Riyad.

(pdf, 395.4 kB)

10 JUILLET 2019

 

Les sources :

http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/access-to-knowledge/linguistic-diversityand-multilingualism-on-internet
2 PRADO Daniel, réseau MAAYA : Le cyberespace : chance et défi pour les langues, http://www.langue-francaise.org/Bruxelles/info_lettre_27_prado.pdf
3 « Mesurer la diversité linguistique », dans Une décennie de promotion du multilinguisme dans le cyberespace », Secteur de la communication et de l’information, UNESCO, 2015, p. 14, http://www/unesco.org/multilinguism-cyberespace

1 LAHIRE B., 1998, L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Nathan, « Essais et recherches », Paris, 1998

1 Cadre des indicateurs de l’UNESCO sur l’universalité de l’Internet, https://fr.unesco.org/feedback/indicateursuniversalite-internet-consultation-ligne-phase-ii 2 https://fr.unesco.org/internetuniversality/indicators 3 Appel à propositions : Définir les indicateurs de l’universalité de l’Internet, février 2017, https://fr.unesco.org/news/appel-propositions-definir-indicateurs-universalite-internet-0

1 Recommandation sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace, http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=17717&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html https://en.unesco.org/sites/default/files/fre_- _recommendation_concerning_the_promotion_and_use_of_multilingualism_and_universal_access_to_cyb erspace.pdf

AL-HAMAD Muntasir F., ALAOUI Hafid I. (coord.) : Enseigner l’arabe aux locuteurs non natifs; questions actuelles, revue Linguistica Communicatio, Al-Erfan Publisher, Fès, volume 18, n° 1-2, 2017.

BOYER Henri : Plurilinguisme : « contact » ou « conflit » de langues ?, L’Harmattan, 1997, Paris.

CALVET Louis-Jean : La guerre des langues et les politiques linguistiques, Payot, 1987, Paris.

DECLERCQ Karolien, « Une ethnographie sociolinguistique de deux classes multiculturelles à Bruxelles », revue diversité, ville école intégration, n° 151, CNDP, 2007, p. 61.

DIKI-KIDIRI Marcel, 2007, « Comment assurer la présence d’une langue dans le cyberespace ? », Laboratoire « Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire » (LLACAN), document Unesco, PIPT – Programme Information pour tous, https://docplayer.fr/7732880-Commentassurer-la-presence-d-une-langue-dans-le-cyberespace.html; www.unesco.org/webworld, Paris.

EL HANNACH Mohamed, ALBALAWI Ibrahim (Coord.): Enseigner l’arabe comme langue seconde à partir des contenus numériques, Revue Linguistica Communicatio, Al-Erfan Publisher, volume 19, n° 1-2, 2018.

HUDELSON Patricia, « Gestion de la diversité culturelle et linguistique aux HUG : défis et stratégies », https://www.health.belgium.be/sites/default/files/uploads/fields/fpshealth_theme_file/studieda g_25_jaar_ib_-_presentatie_patricia_hudelson_0.pdf

LAHIRE B., 1998, L’Homme pluriel. Les ressorts de l’action, Nathan, « Essais et recherches », Paris, 1998.

PRADO Daniel, réseau MAAYA : Le cyberespace : chance et défi pour les langues, http://www.langue-francaise.org/Bruxelles/info_lettre_27_prado.pdf

VANNINI Laurent, LE CROSNIER Hervé, Réseau MAAYA (coord.) : NET.LANG, réussir le cyberespace multilingue, C & F éditions, 2012, http://net-lang.net.

« Recommandation sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace », 2003, http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/CI/CI/pdf/official_documents/Fre %20%20Recommendation%20concerning%20the%20Promotion%20and%20Use%20of%20 Multilingualism%20and%20Universal%20Access%20to%20Cyberspace.pdf

Rapport préliminaire sur le Projet de Recommandation relative aux ressources éducatives libres, CL/4273, avril 2019, document UNESCO.

Projet de Recommandation sur les ressources éducatives libres (REL), CL/4273, avril 2019, document UNESCO.

Une décennie de promotion du multilinguisme dans le cyberespace, Secteur de la communication et de l’information, UNESCO, 2015.

Multilinguisme dans le Cyberespace, Conférence internationale sur les Langues Indigènes pour l’Emancipation, novembre 2015, Congrès international, document UNESCO. https://fr.unesco.org/events/multilinguisme-cyberespace-conference-internationale-languesindigenes-emancipation

« L’éducation aux médias et à l’information, http://www.unesco.org/new/fr/communicationand-information/media-development/media-literacy/mil-as-composite-concept/browse/5/

« La diversité linguistique et le multilinguisme sur l’Internet », http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/access-toknowledge/linguistic-diversity-and-multilingualism-on-internet/

 

« Mesurer la diversité sur l’Internet » http://www.unesco.org/new/fr/communication-andinformation/access-to-knowledge/linguistic-diversity-and-multilingualism-oninternet/measuring-linguistic-diversity-on-internet/

« Le PIPT se mobilise en faveur de la diversité linguistique et culturelle dans le cyberespace », https://www.bing.com/search?q=le+PIPT+se+mobilise+en+faveur+de+la+diversit%C3%A9+ linguistique+et+culturelle+dans+le+cyberespace&src=IE-SearchBox&FORM=IESR3A

 

« Un appel à la mobilisation lancé à Iakoutsk, un plan d’action en préparation du sommet mondial sur le multilinguisme (2017) », Portalingua, un observatoire des langues dans la société de la connaissance, 5/8/2011, https://www.observatoireplurilinguisme.eu/portalingua/www.portalingua.info/fr/actualites/arti cle/appel-Iakoutsk/index.html

Recommandation sur la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace, http://portal.unesco.org/fr/ev.phpURL_ID=17717&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION =201.html https://en.unesco.org/sites/default/files/fre recommendation_concerning_the_promotion_and_use_of_multilingualism_and_univers al_access_to_cyberspace.pdf

« Réunion mondiale sur l’éducation 2018. Déclaration de Bruxelles », https://en.unesco.org/sites/default/files/2018-12-07_brussels_declaration_fr.pdf

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.