ISEME : Gabon, économie « pré-émergente » ?
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ISEME : Gabon, économie « pré-émergente » ?

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ISEME : Gabon, économie « pré-émergente » ?

A la surprise générale, le Gabon, pays les moins-avancés (PMA) de la tranche supérieure, vient d’être classé 7e économie émergente d’Afrique sur un total de 45. Le Gabon se classe derrière l’Algérie et le Botswana et devant l’Egypte. Une position qui conforte les autorités nationales dans leur idéal consistant à faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025, mais qui suscite, cependant, des interrogations sur la fiabilité des critères retenus par l’Indice synthétique d’émergence économique (ISEME) émetteur de cette évaluation.

Depuis 2005, le Gabon se distingue par une forte progression, marquée par le dynamisme de sa croissance économique du aux réformes structurelles engagées, pour diversifier son économie. C’est ce qui ressort de l’analyse effectuée par l’Institut de l’Emergence. Lequel institut scrute le degré d’inclusion des économies africaines, leur dynamisme, leur transformation structurelle et la bonne insertion de celles-ci dans l’économie mondiale. Parmi les 45 économies répertoriées dans le rapport, le Gabon occupe le 7eme rang, avec un score de 0,41 en 2017. Un score reposant essentiellement sur les réformes engagées ces dernières années pour soutenir l’efficacité de son secteur public et accélérer la diversification de son économie.

« La croissance gabonaise est de moins en moins dépendante du cours des matières premières notamment du pétrole », souligne les auteurs du classement qui montrent que cette indépendance découle surtout de l’amélioration du climat des affaires et du recul de la corruption. Plus étonnant dans ce classement, le Gabon, pays les moins-avancés (PMA) de la tranche supérieure, classé juste derrière l’Algérie et le Botswana, devance des états comme la Cote d’Ivoire, le Cameroun, l’Egypte, le Sénégal, le Cap-Vert, l’Ethiopie et le Malawi. Une position d’autant plus surprenante, car les pays cités ont amorcé depuis quelques années, une sérieuse dynamique de développement qui surclasse celle du Gabon dans plusieurs domaines.

En effet, l’Egypte, qui figure parmi les pays devancés par le Gabon dans ce classement, est une référence dans ce sens. Première puissance économique du continent en 2017 en termes de PIB et PPA (Ndlr : parité du pouvoir d’achat) et troisième si l’on tient compte du PIB nominal, le pays se classe juste derrière l’Afrique du sud et le Nigéria. Comme ce pays, le Sénégal et la Cote d’Ivoire également devancés par le Gabon, ne sont pas en marge des belles performances économiques. Avec des marges de manœuvres économiques plus flexibles que celles du Gabon, ces deux pays d’Afrique de l’Ouest enregistrent une croissance économique moyenne de leur PIB de 7% depuis quelques années et figurent parmi les plus prospères d’Afrique du fait de la structuration de leurs économies respectives.

S’il y a des économies en Afrique plus adaptées à occuper cette position, c’est certainement celles citées plus haut, contrairement au Gabon qui accuse des faiblesses dans plusieurs domaines. Comment donc expliquer cette position alors que le pays peine à mettre en place les fondamentaux liés à l’émergence, c’est-à-dire, une croissance économique soutenable (5%) sur le long terme, un marché intérieur susceptible de faire le jeu économique, une diversification économique des pôles de croissance prouvée, afin de se défaire de la dépendance aux exportations des matières premières et enfin, l’instauration d’une stabilisé politique et sociale propice aux investissements ?

L’ensemble de ces facteurs qui sont les prémices du passage d’un état statutaire à l’émergence amène à s’interroger sur les critères de sélection retenu par l’ISEME pour établir son classement quand on connaît les difficultés que traverse le Gabon depuis quelques années. En effet, si l’« ISEME complète utilement les indices tels que l’indice de compétitivité globale ou l’indicateur de Doing Business qui mesurent plus un potentiel d’attractivité que des performances palpables pour le pays et pour les résidents, en termes d’emplois et de revenus supplémentaires » son analyse, en dépit de la référence aux données compilées issues des organismes internationaux certifiés, montre clairement que le Gabon arpente progressivement, grâce à son statut d’économie « pré-émergente », la voie de sa destinée tracée en 2009 par le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE). Et pourtant, cette analyse manque de s’accommoder à la réalité à savoir la crise économique qui sévit actuellement et rend inopérant les débouchés économiques du pays.


Michaël Moukouangui Moukala

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Avec Gabon Eco

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