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Dialogue d’Angondje: « Le Comité de suivi ne doit pas être un simple élément de cosmétique politicienne », dixit Alexandre Tapoyo (interview)

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Dialogue d’Angondje: « Le Comité de suivi ne doit pas être un simple élément de cosmétique politicienne », dixit Alexandre Tapoyo (interview)

Ainsi que nous vous l’annoncions dans un de nos précédents articles, daté du 11 mars dernier, nous vous proposons l’intégralité de l’entretien que nous a accordé l’ancien Ministre Alexandre Désiré Tapoyo, sur la situation précaire actuelle du Comité de Suivi des Actes du Dialogue d’Angondje.

 Investir Gabon: Avec d’autres membres représentant la société civile au sein du Comité de suivi des Actes d’Angondje, vous venez d’être reçu par le Président de l’assemblée nationale. Quel était donc l’objet exact de cette visite à Faustin Boukoubi? 

 Alexandre Désiré Tapoyo: il vous souviendra qu’à l’issue du Dialogue d’Angondje qui a, faut-il le rappeler, résulté des enseignements tirés des tumultes post-électoraux de 2016 par le Chef de l’Etat qui en a convoqué solennellement les assises, la mise en place d’un Comité de suivi des résolutions prises à cette occasion avait été actée par tous les participants. Cette décision correspondait à la volonté générale, clairement exprimée à l’époque, de faire en sorte que ces retrouvailles reconciliatrices, entre fils et filles du Gabon, de toutes les couleurs politiques et de toutes les conditions sociales, ne soient vouées aux oubliettes, à l’instar d’autres grands moments similaires que notre pays a connus. D’ailleurs, eu égard au lourd bilan des émeutes du 30 août 2016, nous disions tous, à ce moment-là, « Plus jamais ça! »

 Malheureusement, deux ans plus tard, au grand bonheur des plus sceptiques ou des plus pessimistes, et même de ceux qui n’y voyaient qu’une opération hors de propos, le Comité de suivi des Actes du Dialogue d’Angondje agonise! Et pour cause, il demeure sans textes de création et d’organisation, sans siège ni moyens de quelque nature que ce soit, en dehors de la ressource humaine que sont ses membres… bref, sans rien qui puisse lui permettre de jouer un tant soit peu le rôle qui lui avait été assigné au départ. Cet état de mort-clinique, je dirais même   ce manquement grave à nos propres engagements contre tous les germes multiformes qui ont produit nos pleurs et nos peurs en 2016, constituent l’ossature des préoccupations que nous avons souhaité soumettre à la sagesse du Président de l’assemblée nationale, et que nous comptons également évoquer avec d’autres autorités dans le cadre de cette démarche de réhabilitation de cet organe essentiel à nos yeux, aujourd’hui encore plus qu’hier.

 IG: Qu’est-ce qui peut donc expliquer un tel retard à l’allumage? 

 ADT : (soupir)…Honnêtement, cher ami, que dire? Nous constatons simplement cette situation désolante, sans en connaître les véritables ressorts qui ne peuvent relever, à mon avis, que d’une certaine inconséquence de la part de ceux qui étaient expressément chargés de donner corps à cette belle idée collective.

Depuis la nomination du collège composant cette structure en octobre 2017, celui-ci ne s’est réuni en plénière que deux fois jusqu’ici : l’une dans la foulée de sa mise en place, grâce aux efforts louables personnels du Co-president Eric Dodo Bouguendza; et l’autre en novembre 2018, à la demande de l’ancien ministre Raymond Placide Ndong Meyo qui avait pour charge ministérielle de suivre le bon déroulement du processus post-Angondje. Mais en réalité, Il faut dire que l’ancien gouvernement n’a pas réellement, dans cette affaire, joué franc-jeu. Au point que la parole présidentielle sur le sujet s’en est trouvée atteinte dans sa sacralité, voire snobée, par les artisans manifestement assidus de cette léthargie entretenue.

Certes des mesures ont été prises sur le plan politique par cet ancien gouvernement; certes l’ordonnancement juridique lié à ces changements a pu se faire avec une certaine célérité. Mais quid de toutes les propositions faites lors de la phase citoyenne du Dialogue? Quid de toutes ces contributions formulées avec foi dans le pacte républicain si mis à mal à l’époque? Pas grand chose, si ce n’est rien du tout. De plus, même à propos de ces mesures à caractère politique qui ont retenu l’attention de cette ancienne équipe gouvernementale, aucune d’entre elles n’a été soumise au regard du Comité de suivi, ne fût-ce qu’à titre purement consultatif ou au moins pour en certifier le parfait alignement à  l’esprit et à la lettre ayant prévalu à Angondje! Nous déplorons en outre que dans l’architecture gouvernementale actuelle, aucun ministère n’a dans son intitulé la moindre référence aux Actes d’Angondje. C’est dire toute la probable déception de tous ces Gabonais, très nombreux, qui, de jour comme de nuit, s’étaient impliqués dans cette grande réflexion collective et inclusive, avec l’espoir que nous, membres de l’élite administrative, politique et républicaine, serions à la hauteur des engagements forts du Président de la République vis-à-vis de la nation, sur cette question pointilleuse du maintien permanent de la cohésion nationale. 

En résumé et pour l’avenir, il faut que nous soyions capables d’un sursaut commun au moins mémoriel si ce n’est véritablement patriotique, car de par nos statuts respectifs nous avons tous décidé de nous consacrer à l’intérêt général, et non au triomphe inavoué de nos particularismes qui ne sont précieux qu’à l’aune de nos égos hypertrophiés et que l’histoire ne  jettera sûrement pas ailleurs que dans ses poubelles. Faisons tout le nécessaire pour être dignes des attentes du peuple et du Chef de l’Etat sur ce sujet, car le Comité de suivi ne doit pas être un simple élément de cosmétique politicienne. Mais l’espoir reste de mise, car a contrario de cette inertie nuisible, nous pensons que l’actuel Premier Ministre Julien Nkoghe Bekale  a les atouts politiques et personnels nécessaires pour faire évoluer positivement ce dossier, dans des délais raisonnables.

 IG : Pourquoi cette si forte implication de votre part sur  cette préoccupation, et comment expliquer que vous figuriez dans ce Comité comme membre de la Société civile alors que votre appartenance politique est connue de tous?

 ADT : (sourire)…Vous savez, je suis peut-être une sorte d’utopiste républicain, vu mon statut de chrétien engagé. Beaucoup d’ailleurs me le repprochent mais je veux y voir une marque distinctive de ma singularité. Je suis très attaché aux valeurs morales et citoyennes, sans le respect desquelles notre cohésion sociale ne serait qu’un leurre. C’est la première raison de mon implication dans cette bataille pour la réhabilitation du Comité de Suivi.

La deuxième raison est que notre pays fait face à une déperdition continue et progressive de ces valeurs, notamment avec  une sorte de « médiocratisation » de nos modes de pensées et d’action, aussi bien dans le monde de l’éducation, sur le scène  politique, qu’au sein de toute notre société et des forces vives de la nation. En ma qualité de membre de cette instance censée veiller à l’application des décisions visant, entre autres, à remettre nos valeurs ataviques méritoires aux premières loges de notre identité nationale, j’estime pouvoir contribuer à un retour de la vertu et du mérite au rang de tout ce qui préside à la sauvegarde de notre vivre-ensemble si malmené aujourd’hui.

Quant à ma qualité de membre de la Société civile au sein de ce Comité, en dépit de mon engagement résolu au service du PDG mon parti, je précise simplement que cela est inhérent au statut sous lequel j’ai participé au Dialogue d’Angondje. Inscrit comme personnalité politique non partie prenante à ce rendez-vous historique, j’ai ensuite eu l’honneur de Co-presider le panel 4 qui eut à plancher sur les problématiques de consolidation de la paix et de la cohésion nationale. Ce n’est donc qu’en vertu de cela que je suis membre du Comité de suivi, au titre de la Société  civile.

Je terminerais en disant que la parole politique consensuelle doit retrouver tous ses attributs rassembleurs et sa vocation fédératrice, notamment en étant à la hauteur de ses promesses faites au peuple gabonais à Angondje en mai 2017, suite aux graves incidents post-électoraux vécus par le pays en fin août 2016. Puisse Dieu permettre cette issue souhaitable, avec l’apport de toutes les bonnes volontés possibles. L’actualité brûlante nous y oblige.

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Avec Investir Gabon

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