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Gabon/Nécrologie: Yantché, mort d’un communiquant hors-pairs !

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Gabon/Nécrologie: Yantché, mort d'un communiquant hors-pairs !

Il faisait partie des professionnels des médias que j’ai côtoyés avec assiduité. Il, c’est Moulombi Guivolou de son vrai nom, Yantche de son nom d’artiste, qui vient de nous quitter après plusieurs décennies de service bien rendus au sein de Radio Gabon. Ceux qui étaient jusqu’à il y a quelques heures à son chevet relèvent que la disparition de l’animateur se confond avec celle du philosophe Socrate, mort en consommant la cigüe, produit qu’il savait pourtant mortel. En effet, Yantché cultivait, pour ne pas dire semait la bonne humeur autour de lui par bons et mauvais temps. Y avait-il de mauvais temps pour l’enfant de Guiétsou dans le département de la Mougalaba dans la Ngounié ? C’est à cette question que l’on tentera toujours de répondre après sa disparition tellement ce sexagénaire prenait la vie du bon côté au point d’oublier, pour faire partager à ses proches sa vision du monde, qu’il n’y a rien qui soit de nature à ébranler l’homme s’il consent à se définir comme « l’étranger » d’Albert Camus.

S’il est des gens qui ont embrassé la carrière d’animateur radio par vocation et passion, Yantche en faisait en vérité partie, lui, qui y est arrivé dans le début des années 70, alors qu’il n’était encore que lycéen, fasciné par l’un de ses illustres prédécesseurs dont il sera l’un des fans pour la vie, le Congolais Ignace Mabéka, prestant à la « Voix du Zaïre » à Kinshasa. C’est ce dernier qui l’inspirera profondément et le convaincra de réaliser ce que son cœur lui disait : se consacrer à la carrière d’animateur radio durant toute son existence, ce en dépit d’un cursus universitaire qui le prédisposait à bien d’autres choses, l’enseignement par exemple aurait pu lui aller comme un gant. Parti du lycée technique et de l’université Omar Bongo de Libreville, Moulombi Guivolou a poursuivi des études en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bordeaux III en France, études sanctionnées par un diplôme de doctorat de troisième cycle.

De retour au Gabon son pays natal qu’il avait hâte de rejoindre, le mal du pays l’absorbant, il fut l’objet de nombreuses sollicitations dont celle des responsables de la radio Africa Numéro I qui se souvenaient qu’à Radio Gabon bien avant son départ pour l’Hexagone, il s’était déjà positivement illustré dans la présentation d’une émission matinale « Matin d’Afrique », un réveil qui cadrait, selon les dirigeants de la radio africaine, avec l’esprit qu’ils entendaient insuffler à la dynamique enclenchée dans les années 80. Yantché n’avait rien à envier à un homme de théâtre puisqu’il était humoriste dans le sang et dénonçait à la manière d’un Jean-Baptiste Poquelin dit Molière les vices de la société en riant. Ce qui faisait dire à certains qu’il ne prenait pas l’existence au sérieux comme pour expliquer à ses semblables que s’il est généralement admis que rien ne vaut la vie, la vie ne vaut rien.

Son émission riche en anecdotes très amusantes les unes que les autres était souvent ponctuée par des soupirs entre lesquels il s’adressait aux habitants du quartier « Nous-mêmes, nous-mêmes », fruit de son imagination fertile, un peu comme Patrick Nguema Ndong d’Africa N°I avait, lui, crée le quartier « Bangoss » auquel les populations de la banlieue de Libreville ont fini par donner une existence physique. L’on retiendra ce sempiternel « Auditeurs, Auditrices, je m’en vais, M.O.I, s’en va, ma Buango » suivi de sa version Vungu, ethnie qu’il parlait « …Nya wendo… ».

Yantché est mort, vive Yantché !

Il vous souviendra que son côté humoristique ne lui a pas valu que des admirations, bien au contraire, sa reprise (risquée) d’un disque congolais dans lequel les musiciens chantaient « (…) zakomba, faut pas essailler… » en « avec les bakota, (etnhie) du Gabon, faut pas essayer » fut fatale en quelque sorte, les Kota d’un des quartiers de Libreville, Akébé Plaine, lui ayant infligé lors d’une de ses apparitions dans ledit quartier, une mémorable bastille aux dires de certains Librevillois auxquels l’histoire fut racontée. Ce frère de feu le général Moussavou Kombil’ Pacôme, ayant également des liens de parenté avec le professeur Léon Mbou Yembi avait tout de l’humour qui caractérise le peuple Vungu du sud du Gabon, humour qu’il partageait toutes les fins de semaine sur Radio Gabon avec le journaliste Jean-Claude Moukambi Nzengui, lui aussi disparu, qu’il appelait affectueusement « Wagner ».

C’était un véritable régal pour les auditeurs de suivre le duo s’investir dans ce qu’il affectionnait le plus : informer, éduquer, distraire. Avec le départ de ces deux voix disparait une certaine façon de faire la radio. La question est désormais celle de savoir quel héritage ils auront tous deux laissé. A quoi Yantché a-t-il consacré ses derniers jours ? Peut également préoccuper plus d’une personne quand on sait que sous d’autres cieux, des hommes de cette nature constituent des témoins privilégiés de l’histoire en immortalisant leurs faits et actes pour ne pas dire leur expérience à travers les écrits qu’ils lèguent à la postérité dont cela devrait à n’en point douter constituer un atout indéniable pour conduire ses pas avec assurance. Ce, alors que l’on sait la jeunesse actuelle presque sans repères, d’où la tendance à l’aventure qui l’emporte sur la conduite de la vie de façon responsable et guidée. Mais qu’à cela ne tienne, Yantché n’aura pas manqué de faire des émules parmi ceux qui ont choisi de faire carrière dans l’animation radio. Si cela pouvait constituer notre unique soulagement !


Dounguenzolou

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Avec Gabon Eco

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