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Jeunisme : le Gabon se porte-t-il mieux depuis le 25 aout 2017 ?

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L’arrivée au poste très convoité de directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba le 25 août 2017 d’un jeune homme de 37 ans ex banquier, après le départ de Martin Boguikouma, a fait couler beaucoup d’encre. L’avènement de ce défenseur autoproclamé de la jeunesse via un livre intitulé « L’Or jeune, plaidoyer pour la jeunesse gabonaise », un ouvrage pour promouvoir la jeunesse gabonaise au cœur de l’appareil de l’Etat, a permis à ce dernier d’ouvrir les portes du pouvoir et de l’argent à une infime partie d’une jeunesse proche de lui-même et de son association l’AJEV.

Presque huit (8) mois après, ce sang neuf est-il à la hauteur des ambitions exprimées par son idéologue, et les jeunes choisis agissent-ils différemment de leurs aînés ? 


Jeunesse salvatrice 

Ceux qui veulent faire de la politique en Afrique en générale et au Gabon en particulier,  doivent se rappeler  des paroles d’Amadou Hampâté Bâ  qui disait : « quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».

Les premiers actes de gouvernance des jeunes hommes et femmes arrivés aux postes de responsabilités par la grâce de l’idéologue du 25 aout 2017, ont fait naître admiration et espoir.  Malheureusement à ce jour, il semblerait que la mayonnaise n’ait pas pris avec cette jeunesse dont la moyenne d’âge tourne autour de la quarantaine.

Pour les observateurs extérieurs, l’attrait du départ a fait place au doute et à l’inquiétude ; le « système » parait biaisé, ressemblant à une pieuvre, voire une nébuleuse n’ayant pour but que de s’emparer de la haute administration, des sociétés paraétatiques, et de phagocyter le parti démocratique gabonais de feu Omar Bongo Ondimba (PDG, au pouvoir). 

Aussi, le contrôle du secteur privé n’est pas en reste avec des prises de participations tous azimuts et sans états âme. Au Gabon, on ne parle jamais des délits d’initiés…

On trouve au sein de cette jeunesse régnante, des parcours qui ont un certain point commun : jeunes cadres fils et filles de grandes familles connues du fief présidentiel du Haut-Ogooué, membres de la franc-maçonnerie locale, des personnes ayant exercées dans le domaine bancaire et associatif, des personnes ayant eu mailles à partir avec la justice et ayant séjourné à la prison centrale de Libreville.

Autre facette commune :  l’affairisme effréné et le bling-bling, les voyages intempestifs sans raison transformés en missions qui obèrent le budget de l’Etat et des comptent des entreprises dont ils ont la charge.

Derrière ces fumeux personnages créés de toutes pièces, on a des proches du président Ali Bongo Ondimba tapis dans l’ombre qui tirent les ficelles au gré de leurs avidités et haines personnelles.


Les nouvelles pratiques

Les “oufs“ de soulagement poussés aux départs des anciens tant décriés qui ont conduit à l’échec politique, économique, social, culturel, n’ont été que de courte durée.  Les anciens sont partis mais les maux sont restés:  prévarication, enrichissement illicite, clanisme, opacité dans le gestion les ressources humaines et passations de marchés, désintérêt dans la défense de l’intérêt général, exclusion, etc…

Au pays où dit-on “coule le lait et le miel“, le pays autrefois appelé  « petit Dubaï d’Afrique centrale », l’Etat fonctionne avec l’aide de nouveaux apprentis, qui ne sont pas mieux que ceux dont ils ont mis le pied au cul.

Le sentiment qui domine quand on observe cette clique est la revanche; c’est du « ôte-toi de là pour que je m’y mette ». Certains devaient ronger leurs freins dans l’ombre, raison pour laquelle l’occupation des postes juteux carbonise les neurones des arrivistes. Décidément, le ” gâteau Gabon ” rend fou.

Pendant ce temps, les dindons de la farce, les populations gabonaises touchées par le mal vivre, le chômage, la précarité et la misère alimentaire, l’école en faillite, la délinquance juvénile, etc… attendent toujours.

Domaine de prédilection

Les nouveaux apprentis de la république adorent communiquer. Ils refourguent à tout va et jusqu’à écœurement les plans concoctés par leurs boites de communication. La parole présidentielle ne suffit pas pour eux. Ils en rajoutent; c’est seulement après qu’on a compris que tout cela se résume à une affaire de gros sous. L’audit récent du Comité de Coordination de la Communication (Cocom), entité en charge de la communication présidentielle a constaté l’explosion du budget.

À tout seigneur tout honneur; les apprentis excellent dans la maitrise des moyens de communication que sont les réseaux sociaux (Facebook, twitter, WhatsApp, Instagram, etc.…). Cette jeune nomenklatura décomplexée aime se mettre en scène: photos, posts, analyses foireuses à la gloire du bienfaiteur, commentaires inutiles et futiles, etc…

Monsieur ONANGA Y’OBEGUE Ali Akbar, Secrétaire Général du Gouvernement avait indisposé toute une assemblée dans le haut-Ogooué avec sa célèbre phrase, je cite : “On ne fait pas du neuf avec du vieux ». Aujourd’hui, on peut aisément lui rétorquer que « certains jeunes ne sont pas mieux que les vieux ».

De la jeunesse salvatrice censée aider l’ensemble du pays à changer de paradigme, à part le brassage de vent, la vente d’illusions et l’enrichissement personnel à la tractopelle, la nouvelle engeance aux commandes du pays, le changement se fait attendre.


La réussite du mandat d’Ali Bongo Ondimba en question

Pour accéder au pouvoir et devenir le plus jeune président de la 5ème République Française, M. Emmanuel Macron n’a pas fait dans l’exclusion, il a accepté tout le monde, M. Gérard Collomb, Ministre d’Etat Ministre de l’Interieur, M. Jean-Yves Le Drian, Ministre des Affaires Étrangères, etc… Ce ne sont pas des perdreaux de l’année et l’âge n’a jamais été un handicap. Le Gabon est un pays bantou; l’aîné n’est pas considéré comme un rebut mais plutôt comme une fierté qui inspire du respect à tous.

Dans sa nouvelle réforme des retraites, le gouvernement Gabonais fixe l’âge de celles-ci à 63 ans; le Gabon a besoin certes de jeunes, mais également des moins jeunes et des vieux. Le Gabon a besoin de toutes ses forces vives; le Gabon a besoin du talent en éclosion de sa jeunesse; le Gabon a besoin de l’expertise solide de ses aînés et de l’expérience construite au fil du temps.

Sans manichéisme ambiant, Ali Bongo Ondimba a 59 ans, Sylvia Bongo Ondimba a 55 ans, Edouard-Pierre Valentin a 80 ans,  ne sont-ils pas trop vieux pour le chantre du jeunisme ?

Division supplémentaire inutile

Nelson Mandela avait dit : “Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi“. Ce qui exclut la majorité active des gabonais, est fait contre eux et contre le pays. À la question – Jeunisme, le Gabon se porte-t-il mieux depuis le 25 aout 2017 ? – Réponse: Non

 

Anne Marie DWORACZEK-BENDOME
16 avril 2018

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