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BRAS DE FER ENTRE LE PRESIDENT SUD-AFRICAIN ET L’ANC : Zuma sur les pas de Mugabe

BRAS DE FER ENTRE LE PRESIDENT SUD-AFRICAIN ET L’ANC : Zuma sur les pas de Mugabe

« Je n’ai rien fait de mal (…) Je suis en désaccord avec la décision de l’ANC. Je trouve très étrange que mon organisation  me dise de partir parce qu’il y a un nouveau président. Il n’y a pas de texte prévoyant une telle disposition ». Telle est la réponse du président sud-africain, Jacob Zuma, qui réagissait à l’appel à sa démission exprimée par son parti, l’ANC. Voilà qui est donc clair, Zuma n’entend pas se plier à la décision de son parti. Il veut résister jusqu’au bout, même si  bien des choses sont en train de se dérober sous ses pieds. Il est sur les traces du Zimbabwéen Robert Mugabe qui, poussé vers la sortie, a un tant soit peu fait dans la résistance avant de courber finalement l’échine sous les lazzis et les quolibets d’un peuple qui en avait gros sur le cœur.

Zuma mérite largement la clameur générale de désapprobation et d’indignation

En tout cas, après la mise en demeure de sa propre formation politique qui lui demande avec insistance de renoncer ici et maintenant au pouvoir et après que l’opposition politique n’a eu de cesse de lui indiquer la porte de sortie à coups de « Zuma must go » ou encore « Zuma must fall », voilà que ses principaux appuis financiers, pour ne pas dire ses principaux complices du monde des affaires, c’est-à-dire les Gupta, ont maintenant maille à partir avec la police. En effet, on a appris, hier matin, que la police anti-corruption a mené une perquisition chez les Gupta à Johannesburg, du nom de cette sulfureuse fratrie indienne, très proche de Jacob Zuma et fortement soupçonnée d’avoir contribué à installer les pratiques « de mode » au sommet de l’Etat, via son ami Zuma. Ces signes forts sonnent comme une chronique annoncée de la fin d’un système, celui du désormais banni et pestiféré Jacob Zuma. Et ce système dont les fondements reposent sur la prévarication, les passe-droits, la corruption et le goût immodéré du luxe et des choses mondaines, est aux antipodes de toutes les valeurs que Nelson Mandela a laissées en héritage à l’ANC en particulier et au peuple sud-africain de façon générale. Dès lors, l’on comprend pourquoi les flèches sont décochées de toutes parts contre celui qui a osé, par ses pratiques nauséeuses, brader le riche héritage du grand-homme que fut Nelson Mandela. De ce point de vue, l’on peut affirmer que Jacob Zuma mérite largement la clameur générale de désapprobation et d’indignation qui émane de l’ensemble de ses compatriotes, toutes sensibilités confondues, contre lui. Et s’il y a un homme qui est en train de se frotter fortement les mains, c’est bien le prédécesseur de Jacob Zuma, Thabo Mbéki,  sur qui pesaient des présomptions de pratiques peu orthodoxes quand il était au pouvoir, et qui avait daigné débarrasser le plancher tout en préservant une certaine dignité. Et l’ironie de l’histoire, c’est que c’est le même Jacob Zuma, présenté à l’époque comme le paragon de la vertu, qui était à la manœuvre. Celui-ci peut d’autant plus se réjouir sans modération du sort qui est celui de Zuma aujourd’hui, que le peuple sud-africain a eu toute la latitude de comparer sa gouvernance à celle de Zuma. Et sans forcément chercher à blanchir Thabo Mbéki, l’on peut affirmer que ce dernier est un ange par rapport à Jacob Zuma. L’erreur, dit-on, est humaine mais ce qui ne l’est pas du tout, c’est quand un homme en commet chaque jour que Dieu fait, et refuse obstinément d’en assumer toutes les conséquences. Dans le cas d’espèce, Jacob Zuma a commis plus que des erreurs. Il a accumulé des fautes non seulement contre l’ANC, mais aussi et surtout contre le peuple sud-africain.

L’Afrique du Sud n’est pas une République bananière

Et ce qui est davantage diabolique chez lui, c’est qu’il a encore l’indécence de s’accrocher à son trône, envers et contre tous. Cette posture est digne des hommes qui ont perdu non seulement la raison, mais aussi le bon sens. Dès lors, l’on comprend pourquoi ses camarades de l’ANC, y compris ceux qui lui sont très proches, ont décidé de passer par la manière forte pour l’extirper de la présidence de la République. En effet, face à ses refus réitérés d’annoncer lui-même son retrait des affaires, le dernier datant seulement d’hier, ses camarades de parti, à leur corps défendant peut-on dire, ont choisi de passer par la voie du Parlement pour le déposer. Et il ne fait l’ombre d’aucun doute que la motion de défiance qu’ils examineront aujourd’hui, si d’ici là Zuma ne se rendait pas à l’évidence en démissionnant purement et simplement, passera comme lettre à la poste. En effet, Jacob Zuma, en plus des députés de l’opposition, a réussi l’exploit de monter contre lui les députés de sa propre formation politique. Et c’est là où résident toute la beauté et la force de la démocratie sud-africaine. Ailleurs, au Gondwana, cet instrument démocratique n’aurait jamais été utilisé. Dans le meilleur des cas, c’est l’armée qui allait s’inviter au débat en s’emparant du pouvoir d’Etat. En cela, l’on peut dire sans risque de se tromper que l’Afrique du Sud n’est pas, quoi qu’on dise, une République bananière comme le sont bien des Etats africains. Et cela est un des legs de Nelson Mandela. Un autre grand enseignement que l’on peut tirer du malheur mérité qui frappe en ce moment Jacob Zuma, est ceci : quand le monde des affaires fait des amalgames au point de lier son destin à celui des hommes politiques, le premier peut s’attendre à ce que tôt ou tard, le ciel lui tombe sur la tête. C’est ce qui est en train d’arriver à la tristement célèbre famille Gupta. Et ce n’est que le début. Car, la probabilité est forte que de leur villa luxueuse de Johannesburg, ils atterrissent dans un endroit qui s’appelle la prison. Et si leur comparse de président continue à faire de la résistance, nul doute que leur sort s’en trouvera aggravé.

Mais tout cela n’est qu’un retour logique des choses. Car, ils ont spolié le peuple sud-africain, de connivence avec le clan Zuma, pendant longtemps. Le temps est venu simplement pour eux de rendre gorge.

« Le Pays »


Avec lepays.bf

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