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QU’ENTEND-T-ON PAR LE CONCEPT “COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE”

Michel-Philippe-Nze-Journaliste-Conseiller-en-communication-stratégique

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RÉFLEXION POLÉMIQUE SUR LE CONCEPT DE “COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE”

S’il est un concept, une expression dont on peine à donner une définition précise, c’est bien celui qui a trait à la fameuse “Communauté internationale”. L’idée généralement admise est qu’elle consiste en un vaste ensemble homogène dans lequel, chacun des États constitutifs du “monde civilisé ” interagissent de concert pour le bien de l’ensemble, sur la base de règles préalablement établies et admises par tous. L’idée qui découle de ce postulat est que tous les États membres sont égaux en droits et devoirs, du moins en théorie. 

On peut situer l’instauration de ce concept à partir de la fin de la seconde guerre mondiale, même si la très peu efficace et éphémère SDN (Société des Nations) en avait jeté les bases dans les années qui ont précédé la 2e guerre. Il est donc raisonnable d’affirmer que l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui a succédé à la SEN est venue consacrer la volonté de l’humanité de travailler sinon à l’élimination, du moins à la limitation des risques d’une 3e conflagration mondiale par la concertation multilatérale et la pleine acceptation de la souveraineté de chacun. Tel est en tous cas, le postulat qui sous-tend l’existence de l’ONU. Un projet incontestablement séduisant.

En effet, tout au long de ses 72 ans d’existence (elle a été fondée en avril-juin 1945 à San Francisco-USA), les Nations Unies ont œuvré à la préservation de la paix, notamment lorsque le monde divisé en deux blocs (Est-Ouest), et que l’éclatement d’une guerre entre les deux blocs pourrait cette fois signer la fin de l’humanité à cause de la disponibilité de l’arme atomique. Pourtant, ce ne sont pas les “occasions” qui ont manqué. Il y a eu le blocus de Berlin (juin 1948) qui a engendré la scission de l’Allemagne entre l’Est et l’Ouest avec la construction du mur de séparation de la capitale allemande. Il y a eu ensuite la guerre de Corée (1950), puis la crise des missiles entre l’ex URSS et les USA (1962) qui a failli dégénérer en une 3e guerre mondiale. Un peu auparavant, entre 1945 et 1990, les troupes soviétiques envahissent la Pologne et imposent un régime communiste dans ce pays; les mêmes troupes soviétiques qui interviennent à Prague en 1968 pour écraser les velléités réformistes des dirigeants communistes tchécoslovaques du moment.

On le voit, le monde que nous connaissons aujourd’hui revient de loin; et on le doit en grande partie aux Nations Unies qui ont offert aux deux blocs un moyen de s’affronter autrement que par les armes.

Il y a eu d’autres victoires qui ont permis aux Nations Unies de “sauver” le monde grâce à sa stratégie du “moindre pire” qui consiste à “zigzaguer” entre les prétentions hégémoniques des deux “super-grands” tout en faisant valoir les intérêts des plus humbles. Cela a été le cas jusqu’à l’orée de ce 21e siècle où la volonté de puissance des uns, notamment des USA ne s’accommode plus des tergiversations de l’ONU, ce “machin” ainsi que l’a qualifié le général De Gaulle dans l’une de ses saillies légendaires. 

Depuis, les Nations Unies, à défaut d’influer sur le cours des événements, vont jouer les pompiers. Tant bien que mal elles n’interviennent que pour compter les morts et panser les plaies des estropiés de guerres déclenchées par les super-grands, en particulier les USA au gré de leurs intérêts géostratégiques. Cela a été le cas entre l’ex-URSS et les moudjahidines afghans de 1979 à 1988, puis des deux guerres du Golfe 1991 et 2001 déclenchées par les présidents américains Bush, père et fils. La Libye a elle aussi fait les frais de ces guerres “d’intérêts” sous l’instigation de la France et de ses alliés occidentaux, une guerre qui a abouti à un démembrement total de ce pays autrefois prospère. Le tour est revenu à la Syrie d’être plongée dans le chaos. Depuis plus de cinq ans, le gouvernement du président Bachar Al Assad fait face à diverses factions rebelles islamistes ou non, des factions soutenues par l’Occident et ses alliés régionaux. N’eût été le soutien militaire de son allié russe, le président Al Assad auraient déjà connu un sort plus néfaste.

A chaque foi, la volonté de la fameuse ” Communauté internationale” est invoquée pour donner un vernis de respectabilité aux agissements unilatéraux des grandes puissances notamment occidentales. On présentera ainsi telle intervention dans tel pays (de vraies agressions) comme une nécessité pour la “Communauté internationale” de restaurer le droit ou la paix et plus souvent aujourd’hui, on invoque “l’urgence” qu’il y a de protéger des populations civiles face à la brutalité de leurs dirigeants. Des élucubrations hypocrites qui ont fini d’altérer aux yeux du monde, La crédibilité de cette fameuse “Communauté internationale”.

En l’occurrence, ne devrait-on pas parler désormais d’une “Communauté internationale des forts” en opposition à la vraie communauté des hommes qui aujourd’hui s’interroge et s’oppose à ces guerres d’intérêts? Les conséquences dévastatrices de ces conflits ne laissent guère de place à l’hésitation. La réponse à la question est donc oui.

L’Afrique, à travers trois cas : la Libye, La Côte d’Ivoire et bien des années auparavant, le Congo belge, a-t-elle aussi fait les frais des turpitudes de cette “Communauté internationale” avec la grossière instrumentalisation de l’ONU qui a abouti à l’assassinat de Patrice Lumumba. Ainsi donc, chacun de nos pays ainsi que leurs dirigeants savent désormais qu’à tout moment, ils peuvent être déstabilisés, tués ou emprisonnés pour peu qu’ils représentent une menace pour les intérêts vitaux des puissances occidentales. 

Par un mécanisme de dévolution, elles se sont partagées le monde en zones d’influence exclusive qui donne à chacune d’entre elles, la liberté d’agir à sa guise pour peu que celle-ci y mette les formes. Au besoin, on en appelle au Conseil de Sécurité de l’Onu et on met en place une coalition internationale de bric et de broc qui va se charger de déloger le dirigeant “indiscipliné” mis en cause. Et tant pis si dans la foulée, il y a de la casse; c’est tout bénéfice pour les entreprises occidentales qui, inévitablement hériteront du juteux marché de la reconstruction des infrastructures détruites.

Dans ce schéma, on note bien qu’en dehors des USA, qui se sont exonérés de l’obligation du visa des Nations Unies, les autres membres permanents du Conseil de Sécurité (hormis Chine, Russie), s’arrangent pour concocter une résolution volontairement vague et ambiguë destinée à obtenir le vote de leurs adversaires traditionnels que sont la Chine et la Russie. Il en a été ainsi pour l’opération contre la Libye.

 

Auteur : Michel-Philippe Nze, Journaliste-Conseiller-en-communication-stratégique

Publié par le blog en ligne: AMDB
21 juillet 2017

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